QUATRIÈME PARTIE
consiste pas à piendre indifféremment toutes soi-tes de précautions» mais à choisir celles qui sont utiles et à négliger les superflues. Les huit jours pendant lesquels je les vais laisser ensemble suffiront peutêtre pour leur apprendre à démêler leurs vrais sentiments et connoitre ce qu'ils sont réellement Tun à Fautre. Plus ils se verront seul à seul, plus ils comprendront aisément leur erreur en comparant ce qu'ils sentiront avec ce qu'ils auroient autrefois senti dans me situation pareille. Ajoutez qu'il leur importe de s'accoutumer sans risque à la familiarité dans laquelle ils vivront nécessairement si mes vues sont remplies. Je vois par la conduite de Julie qu'elle a reçu de vqus des conseils qu*elle ne pouvoit refuser de suivre sans se faire tort. Quel plaisir je prendrois à lui donner cette preuve que je sens tout ce qu'elle vaut, si c'étoit une femme auprès de laquelle un mari pût se faire un mérite de sa confiance ! Mais quand elle n'auroit rien gagné sur son cœur, sa vertu resteroit la même: elle lui coûteroit davantage et ne triompheroit pas moins. Au lieu que s'il lui reste aujourd'hui quelque peine intérieure à souffrir, ce ne peut être que dans l'attendrissement d'une conversation de réminiscence, qu'elle ne saura que trop pressentir, et qu'elle évitera toujours. Ainsi, vous voyez qu'il ne '* faut point juger ici de ma conduite par les règles ordinaires, mais par les vues qui me l'inspirent et par le caractère unique de celle envers qui je la tiens.
Adieu, petite cousine, jusqu'à mon retour. Quoique je n'aie pas donné toutes ces explications à Julie, je n'exige pas que vous lui en lassiez un mystère. J'ai pour maxime de ne point interposer de secrets entre les amis : ainsi je remets ceux-ci à votre discrétion ; &ites-en l'usage que la prudence et l'amitié vous inspireront : je sais que TOUS ne ferez rien que pour le mieux et le plus honnête.
LETTRE XY