‹ Julie Ou La Nouvelle HéloïseChapitre 121 sur 126 · LETTRE A M · texte numérisé non relu

LETTRE A M

Ifontmoreod , iTOO.

Le mot propre me vient rarement, et je ne le regrette guère en écrivant à des lecteurs aussi clairvoyants que vous. La préface ' est imprimée ; ainsi je n'y puis plus rien changer. Je Tai déjà cousue t la pemière partie ; je Ten détacherai pour vous renvoyer, si vous voulez : mais elle ne contient rien dont je ne vous aie déjà dit ou écrit la substance; et j'espère que vous ne tarderez pas à Tavoir avec le livre même, car il est en route. Malheureusement mes exemplaires ne viennent qu'avec ceux du librahre : j'espère pourtant faire en sorte que vous ayez le vôtre avant que le livre soit public. Comme cette préface n'est que l'abrégé de celle dont je vous ai parlé, je persiste dans h pensée de donner celle-ci à part ; mais j'y dis trop ^ de bien et trop de mal du livre pour la donner d'avance : il faut lui laisser faire son effet bon ou mauvais de lui-même, et puis la donner après.

Quant aux aventures d'Edouard, il seroit trop tard, puisque le livre est imprimé ; d'ailleurs, craignant de succomber à la tentation, j'en ai jeté les cahiers au feu, et il n'en reste qu^un court extrait que j'en ai fait pour madr«me la maréchale de Luxembourg, et qui est entre ses mains.

A regard de ce que vous me dites de Wolmar, et du danger qu'il peut faire courir à l'éditeur, cela ne m'effraye point : je suis sûr qu'on ne m'inquiétera jamais justement, et c'est une folie de vouloir se précautionner contre l'injustice. Il reste là-dessus d'importantes vérités à dire, et qui doivent être dites par un croyant. Je serai ce croyant-là ; et, si je n'ai pas le talent nécessaire, j'aurai du moins l'intrépidité. A Dieu ne plaise que je veuille ébranler cet arbre sacré que je respecte, et que je voudrois cimenter de mon sang I mais j'en voudrois bien éter les branches qu^on y a greifées, et qui portent de si mauvais fruits.

* CeiU de la NoupeUe HiMig.

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