‹ Julie Ou La Nouvelle HéloïseChapitre 120 sur 126 · DE MYLORD EDOUARD · texte numérisé non relu

DE MYLORD EDOUARD

discours. Edouard la connoissoit trop pour en espérer plus rien : il s^en détachoit insensiblement sans pouvoir s'en détacher lout à fait ; il s'approchoit toujours de rindifTérence sans pouvoir jamais y arriver ; son cœur le rappdoit sans cesse chez la marquise ; ses pieds Ty portoient sans qu'il y songeât. On homme sensible n'oublie jamais, quoi qu'il fasse, Tintimité dans laquelle ils avoient vécu. Â force d'intrigues, de ruses, de noirceurs, elle parvint enfin à s'en faire mépriser; mais il la méprisa sans cesser de la plaindre, sans pouvoir jamais oublier ce qu'elte avoit fait pour lui ni ce qu'il avoit senti pour elle.

Ainsi dominé par ses habitudes encore plus que par ses penchants, Edouard ne pouvoit rompre les attachements qui l'attiroient à Rome. Les douceurs d'un ménage heureux lui firent désirer d'en établir un semblable avant de vieillir. Quelquefois il se taxoit d'injustice, d'ingratitude même envers la marquise, et n'imputoit qu'à sa passion les vices de son caractère ; quelquefois il oublioit le premier état de Laure, et son cœur frandiissoit sans y songer la barrière qui le séparoit d'elle. Toujours cherchant dans sa raison des excuses à son penchant, il se fit de son dernier voyage un motif pour éprouver son ami, sans songer qu*il s*exposoit lui-même à une épreuve dans laquelle il auroit succombé sans lui.

Le succès de cette entreprise et le dénoûment des bcenes qui s*y rapportent sont détaillés dans la XII* lettre de la Y* partie, et dans la m* de la VI*, de manière à n'avoir plus rien d'obscur à la suite de l'abrégé précédent. Edouard, aimé de deux maîtresses sans en posséder aucune, parolt d'abord dans une situation risibb : mais sa vertu lui donnoit ân lui-même une jouissance plus douce que celle de la beauté, et qui ne s'épuise pas comme elle. Plus heureux des plaisirs qu'ils refusoit que le voluptueux n'est de ceux qu'il goûte, il aima plus longtemps, resta libre, et jouit mieux de la vie que ceux qui Fusent. Aveugles que nous sommes, nous la passons tous à courir après nos chimères. Eh ! ne saurons-nous jamais que de toutes les folies des hommes il n'y a que celles du juste qui le rendent heureux?

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