‹ Julie Ou La Nouvelle HéloïseChapitre 56 sur 126 · LETTRE LU. DB H0H8IBUR D^ORBE À JULIE · texte numérisé non relu

LETTRE LU. DB H0H8IBUR D^ORBE À JULIE

Je me hâte, mademoiselle, selon vos ordres, de vous rendre compte de la conunission dont vous m'avez chargé. Je viens de chez mylord Edouard, que j'ai trouvé souffrant encore de son entorse, et ne pouvant marcher dans sa chambre qu*& l'aide d^un bâton. Je lui ai remis votre lettre, qu'il a ouverte avec empressement; il m*a paru ému en la lisant : il a rêvé quelque temps ; puis il Ta relue une seconde fois avec une agitation plus sensible. Voici ce qu'il m'a dit en la finissant : « Vous savez, monsieur, que les affaires d'honneur ont leurs règles dont on ne peut se départir : vous avez vu ce qui s'est psissé dans celle-ci ; il faut qu'elle soit vidée régulièrement. Prenez deux amis, et donnez- vous la peine de revenir ici demain matin avec eux; vous saurez alors ma résolution. » Je lui ai représenté que l'affaire s*élant passée entre nous, il seroit mieux qu'elle se terminât de même. « Je sais ce qui convient, m*a-t-il dit brusquement, et ferai ce qu*il faut. Amenez vos deux amis, ou je n'ai plus rien à vous dire. » Je suis sorti là-dessus, cherchant inutilement dans ma tête quel peut être son bizarre dessein. Quoi qu'il en soit, j'aurai Thonneur de vous voir ce soir, et j'exécuterai demain ce que vous me prescrire!* Si vous trouvez à propos que j'aille au rendez-vous avec mon cortège, je le composerai de gens dont je sois sûr à tout événement.

LETTRE LX

DE SAINT-PREUX A JULII

Calme tes larmes, tendre et chère Julie; et, sur le récit de ce qui fini de i0|Missery connois et partage les sentiments que j^èprouve»

1^0 LA NOUVELLE HËLOISE.

J'étois si rempli d^indignation quand je reçus la lettre, qa% peine pus-jé In lire avec Tattenlion qu'elle méritoit. ravois beau ne la pouvoir réfuter, Taveugle colère étoit la plus forte. Tu peux aroir raison, disois'je en moi-même, maïs ne me parle jamais de te laisser avilir. Dussé-je te perdre et mourir coupable, je ne souffrirai point qa*on manque au respect qui t^est dû ; et, tant quMl me restera un souffle de vie, tu seras honorée de tout ce qui t'approche comme tu Tes de mon cœur. Je ne balançai pas pourtant sur les huit jours que tu me demandois ; Taccirient de mvlord Edouard et mon vœu d'obéissance concouroient à rendre ce délai nécessaire. Résolu, selon tes ordres, d'employer cet intervalle à méditer sur le sujet de ta lettre, je m'oc* cupois sans cesse à la relire et à y réfléchir, non pour changer de sentiment, mais pour justifier le mien.

J'avois repris ce matin cette lettre trop sage et trop judicieuse à mon gré, et je la relisois avec inquiétude, quand on a frappé à la porte de ma chambre. Un moment après j'ai vu entrer mylord Edouard sans épée, appuyé sur une canne; trois personnes le suivoient, parmi lesquelles j'ai reconnu M. d'Orbe. Surpris de cette visite imprévue, j'attendois en silence ce qu'elle devoit produire, quand Edouard m'a prié de lui donner un moment d'audience, et de le lais' ser agir et parler sans Finterrompre. Je vous en demande, a-l-il dit, votre parole ; la présence de ces messieurs, qui sont de vos amis, doit vous répondre que vous ne l'engagez pas indiscrètement. Je l'ai promis sans balancer. A peine avois-je achevé que j'ai vu, avec l'étonnement que tu peux concevoir, mylord Edouard à genoux devant moi. Surpris d une si étrange altitude, j'ai voulu sur-le-champ le relever; mais, après m'avoir rappelé ma promesse, il m'a parlé dans ces termes : « Je viens, monsieur, rétracter hautement les discours injurieux que l'ivresse m'a fait tenir en votre présence: leur injustice es rend plus offensanls pour moi que pour vous» et je m'en dois l'authentique désaveu. Je me soumets à toute la punition que vous voudrez m'imposer, et je ne croirai mon honneur rétabli que quand ma faute sera réparée. A quelque prix que ce soit, accordeimoi le pardon que je vous demande, et me rendez votre amitié. » llylord, lui ai-je dit aussitôt, je reconnois maintenant votre âme grande et généreuse ; et je sais bien dislinguer en vous les discours que le cœur dicte de ceux que vous tenez quand vous n'êtes pas à vous-même ; qu'ils soient à jamais oubliés. A l'instant, je l'ai soutenu en se relevant, et nous nous sommes embrassés. Après cela, mylord se tournant vers les spectateun leur a dit : c Messieurs, je

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