‹ Julien et Marguerite de RavaletChapitre 13 sur 113 · BreuAilie, commune du canton de Bricquebec (Manche · texte numérisé non relu

BreuAilie, commune du canton de Bricquebec (Manche

4. Arthur de Cossé, évèque de Coutances, de i56i au 7 octobre 1587.

l'un curé de Sideville, l'autre sieur de Carneville % durèrent de longues années et prirent un caractère des plus violents pendant les guerres de religion et de la Ligue. Le Cotentin était alors littéralement mis à sac, catholiques et royaux d'un côté, huguenots de l'autre, Montgomery ravageant le pays au nom de Condé et de Coligny, Matignon luttant contre Montgomery au nom de Charles IX et d'Henri IIP. Les différends nés de froissements d'amour-propre, d'intérêts lésés, de jalousies de famille, auxquels s'ajouta la diversité d'opinion poUtique et religieuse, compliquèrent jusqu'à l'atrocité cette situation. De là, nombre de crimes facilement attribués aux Ravalet par leurs adversaires, — crimes dont la vraisemblance est plus que douteuse aux yeux de l'historien, et qui, finalement, mettent les Le Fort en aussi mauvaise posture que les Ravalet et cent autres familles de basse Normandie. Le pays, habilem.ent excité, criait : au Ravalet! comme on criait jadis au loup, sans doute parce que cette maison était plus décorative et ambitieuse, plus a arriviste )) que bien d'autres. Si le mot est récent, ce qu'il veut dire exista de tout temps, depuis que les hommes vivent en société. Quant aux crimes prouvés, ce sont des actes monstrueux, et que n'excusent point les gestes résultant d'une guerre implacable.

Tous les descendants de Jehan L'" Ravallet étaient nés

1. Ne pas confondre avec Carneville, commune du canton de Saint-Pierre-Église (Manche).

2. A. Dela.la:îde, Histoire des guerres de religion dans la Manche.

à Cherbourg ' et jusqu'alors l'avaient habité. Ils n'en étaient sortis que pour suivre leurs carrières de prédilection : faire la guerre, agrandir leur fortune par des mariages, se livrer à des acquisitions domaniales. La seconde moitié du seizième siècle les voit se répandre dans la province. De Cherbourg à Fougères, où ils ont conservé des cousins, de Baudreville à Chef-du- Pont*, de Coutances à Bayeux, on les trouve un peu partout, avec leur inséparable cortège d'alliés et de clients, de rivaux et d'ennemis. Leur nom flamboie en Gotentin et en Dessin, tant ils ont rapidement pris pied dans la moyenne noblesse. Grâce à Jean II de Ravalet, abbé de Hambye, le grand homme de cette maison brillante et bruyante, ils seront de ceux avec qui l'on doit compter. On recherchera leur alliance, leur amitié ou leur protection.

Il existait, aux portes de Gherbourg, un certain fief Aubert-Hermite, composé de la ferme des Essarts, qui appartenait à Guillaume Gabart, et de la ferme des Flottes, ou Flouettes, propriété de Jean La Guette, puis de Gilles Dancel. Sous François L% ce fief Aubert- Hermite, mouvant de Valognes, appartint à Jean Geroesme, écuyer, lequel, par l'intermédiaire de son procureur, Jean Bertrand, prêtre, fait déclaration de

1. Très probablement rue du Fourdrey, ou place du Marché, non loin de l'église de la Trinité.

2. Le contrat de mariage de Madeleine-Marguerite de Ravalet- Sideville a été retrouvé, en i833, par M. Chaillou, avoué à Caen, dans les archives de la famille d'Houesville, conservées au château du Val, à Chef-du-Pont. Le château du Val appartenait en 191 2 à M™* veuve Jean de Charmasse, née de Boissy, décédée depuis.

J^'LxiiN ET MARGUERITE DE RAVALET 3l

foi et hommage au roi, à la date du i3 février i5i8*. Maintenant réuni à la fiefferme de Tourlaville, portion du domaine royal, le fief Aubert-Hermite constituait avec elle la seigneurie féodale de Tourlaville'. Les premiers titres connus de cette seigneurie remontent à 1195 et sont au nom de Guillaume, fds de Hugues de Tourlaville, auquel succède, en 1 198, Walter de Tourlaville. Après quoi, une charte du treizième siècle mentionne un Fro g ero de TorlavilIa\ Mais village et fief dataient de plus haut, puisqu'il y avait déjà, vers 780, un château-fort de Tourlaville*. L'église, rattachée au diocèse de Coutances par Geoffroy Plantagenet^ se nommait en ii63 Sainte-Marie. Ce rattachement, ou plutôt cette donation fut confirmée par Philippe-Auguste en faveur de Hugues de Morville. évêque de Coutances, l'an 1208. L'église de Tourlaville avait été entièrement reconstruite au quatorzième siècle et, dit-on, par les Anglais.

La lutte de la France contre Henri VUI d'Angleterre et Charles-Quint exigeant sans cesse des ressources, François P"" dut distraire du domaine de la couronne la fiefferme de Tourlaville. En io5^, elle fut acquise

1. Archives >atio>'a.les, Chambre des comptes de Paris (Catalogue des actes de François I^^, dressé par Paul Guérin. Imprimerie nationale, 1892). Avant de passer aux Geroësme, ce fief avait appartenu aux Le Fort et aux Anquetil. En i^QÔ, il était en partie à messire Jehan Anquetil, curé de Tourlaville et officiai du diocèse de Coutances.

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