De Gerville, Recherches sur le département de la Manche
5. Cartulaire de l'église de Coutances, pièce n° 286. 11 existe encore un Plantagenest à Cerences, canton de Brehal (Manche).
par Jean La Guette, receveur général des parties casu elles. Mais la Chambre des comptes de Rouen, ayant eu à vérifier la gestion du receveur, y découvrit un déficit de 206.000 livres, somme formidable pour le temps. On saisit aussitôt les biens propres de Jean La Guette et ceux de son neveu et héritier Gilles Dancel. Ils allaient être vendus à la requête du fisc royal lorsque la dame Marie Salligot, épouse du receveur, étouffa ce scandale financier en offrant, en i555, d'échanger sa terre de Monceaux, en Brie*, contre la fiefferme de Tourlaville. Le roi Henri II accepta cette transaction. Le i" juillet loo"], la fiefferme passa des mains de Gilles Dancel à celles de la princesse Adrienne, duchesse d'Estouteville, dame de Bricquebec et autres lieux'. On connaît le rôle que jouait depuis des siècles Fillustre maison normande d'Estouteville, plus tard alliée aux Bourbons, aux Clèves, aux Nevers. Inscrite dès 1066 sur la liste des conquérants de l'Angleterre, elle fournit des hommes de guerre, des cardinaux, des magistrats \ L'un d'eux, Louis d'Estouteville, capitaine du Mont Saint-Michel, le défendit vaillamment contre les Anglais. Un autre, Robert, ancien combattant de Montlhéry, époux de Madame Ambroise de Loré et prévôt de Paris sous Louis XI, figure à ce titre
1. Henri IV érigea cette terre en marquisat de Monceaux, en i594> en faveur de Gabrielle d'Estrécs, sa maîtresse, plus tard duchesse de Beaufort.
2. Notice historique sur le château de Tourlaville (Cherbourg, 191 2). — F. Ingoult, Les Ravalet de Tourlaville (étude manuscrite). Un Dancel a été curé de Valognes, archidiacre du Cotentin, puis évèque de Bayeux de 1827 à i836.
3. Augustin Thierry. Histoire de la Conquête de l'Angleterre, Appendice.
dans les Poésies de François Villon et dans \otre-Dame de Paris, de Victor Hugo *. Il était dans la destinée des Ravalât de faire un pacte d'amitié avec les Estouteville, et cela grâce au talent, au savoir, à la probité du futur abbé de Hambye, fils cadet de Micliel Ravallet. Arrêtons-nous devant cette belle figure de'prêtre, de jurisconsulte, de savant et d'artiste, car le grand-oncle de Marguerite de Ravalet fut tout cela, et, de plus, il vécut comme un saint ! Cet homme, sans aucun doute, était une des plus vastes intelligences de son temps, un cerveau magnifiquement doué, une âme à la fois énergique et tendre, — âme modelée à l'antique et qu'un autre Plutarque aurait orgueil à immortaliser ; personnage de légende dorée qu'on croit voir surgir d'un missel, ou s'auréoler sur le vitrail d'une cathédrale... Son excessive modestie l'empêcha seule de briller au premier rang, d'entrer dans l'Histoire. Ce fils de l'admirable seizième siècle, — une des époques climatériques de l'esprit humain, — Jean II de Ravalet, m'apparaît comme le type le plus vibrant de l'aristocratie normande. S'il eût accepté une prélature, il serait rapidement parvenu au cardinalat et aurait tenu dans les conseils de Catherine de Médicis ou d'Henri IV une place des plus glorieuses. Mais il préféra se consacrer au bonheur de sa maison et de sa province. La nature lui prodigua tous les talents pendant que sa destinée lui donnait la naissance et la fortune, c'est-à-
I. Il habitait à Paris ce curieux et pittoresque Flôtel du Prévôt, construit par Hugues Aubriot, prévôt de Paris sous Charles V, et plus tard demeure de Louis d'Orléans, qui le nomma VHôtel du Porc-Epic. Ce précieux vestige du vieux-Paris a été sottement démoli en 1906.
dire la possibilité d'occuper emplois, charges et dignités.
A cette riche mentalité s'ajoutaient les qualités physiques, ce qui fit de Jean II un être quasi exceptionnel, même en un siècle où tout surabondait en France et en Italie : la beauté et l'énergie, la bonté et la force, le vice et la vertu. Les hommes ne connaîtront de longtemps une aussi étonnante époque, car l'énergie et le caractère disparaissent, traqués en tous pays par l'extrême civilisation et le niveau égalitaire. Taillé en force comme son aïeul, qui vécut près d'un siècle, Jean II reflétait sur sa physionomie la beauté de l'inconnue qui le mit au monde ; et nul ne fut plus décoratif et imposant dans l'exercice des diverses charges où s'emprisonna trop humblement son génie. Dévoué à ses frères, il obtint pour l'aîné, Jacques I", en 1062, l'office de procureur des eaux et forêts du Cotentin, en i565, celui de garde des sceaux de la baronnie de Bricquebec, puis il le maria à Jeanne d'Yvetot, fdle de Jean d'YvetotS archer de Cherbourg. Il facilita au cadet, Nicolas, l'acquisition de la terre de Nouainville, laquelle donnait le titre de sieur et les privilèges nobiliaires. Jean 11 et Jacques P', laissant un peu à l'écart les Ravalet de Sideville, mais sans rompre avec eux ou les dédaigner, s'associèrent pour donner une honorable renommée à leur maison*.