‹ Julien et Marguerite de RavaletChapitre 38 sur 113 · I. Poésies de Lotse Labé, Lyon, Jean de Tournes, i · texte numérisé non relu

I. Poésies de Lotse Labé, Lyon, Jean de Tournes, i

l30 JULIEN ET MARGUERITE DE RAVALET

Ce sonnet de gloire, d'amour et de lumière, la belle Ravalet pourrait déj à le soupirer sans le secours du livre, puisqu'il est gravé dans son cœur en lettres de feu.

C'est à peine si la nouvelle mariée et son époux ont échangé quelques mots, au moment du départ. Le majordome de Tourl avilie a muni le coche d'un respectable panier de vivres. Pendant qu'il offre à sa femme une tranche de pâté, ou remplit son verre de vin d'Anjou, les sourires à double entente qui passent sur le visage sec et ridé de Jean Lefebvre ont quelque chose d'offensant pour Marguerite. Enfin, après une petite rivière qui porte le plus ambitieux nom du monde, la Gloire, on voit se dresser à l'horizon le clocher de la collégiale Saint-Malo.

Yoici Yalognes et ses vieux remparts, la prison, la geôle conjugale. Le coche passe sur le pont du Tremblet, un ruisseau qui se donne des airs de rivière, franchit la porte, ouverte le jour, à peine fermée la nuit, point fermée même, les guerres étant finies; et l'on débouche devant ce fameux château qui a soutenu tant de sièges, maintes fois repoussé l'assaut des calvinistes... Marguerite ignore que, non loin de là, en 1061, un de ses ascendants, Jean de Sideville, commit le premier crime qui ait profané la rose en pointe... On entre dans une ruelle. Les passants reconnaissent le receveur et le saluent plutôt deux fois qu'une. En Normandie, on respecte fort l'homme du fisc royal, celui qui peut faire vendre votre bœuf, vos pommiers, votre maison. On contourne Saint-Malo et ses deux cimetières paroissiaux*. Encore quelques tours de

I. Ch. Le Vailla..\t db Folleville, Réminiscences sur l'église Saint-Malo de Valognes (1880).

JULIEN ET MARGUERITE DE RAVALET l3l

roue dans la rue des Halles, et la voiture s'arrête devant l'orgueilleux portail de l'hôtel Jean Lefebvre, flanqué à droite de sa porte piétonne.

Marguerite reçoit en son nouveau logis les saints et compliments de bienvenue de plusieurs domestiques : une grosse servante, dont le trousseau de clefs sonne sur ses lourds jupons empesés, un ofîicier de bouche, un valet de pied de confiance nommé Pierre Debruman, un autre laquais, ombre du précédent, un jardinier, un valet d'écurie. Sur un des côtés de la cour, dans l'écurie, trois courtauds mangent l'avoine. (Julien, lui, montait des destriers !) Ce qui console un peu l'exilée, c'est le parc, de haute futaie, d'aspect quasi seigneurial, ombreux, superbe, presque immense, et dont les magnifiques arbres dominent la fourche patibulaire des Halles. Ces arbres deviendront pour elle comme autant de confidents et protégeront sa rêverie ...

La demoiselle de Hautpitois prend possession de sa chambre, au premier étage du pavillon construit sur la cour, au nord; elle passe ensuite quelques instants dans son cabinet de toilette, en compagnie de sa camériste. Le soir venu, la rue de Poterie lui envoie ses beaux-parents. On soupe en famille. Mcolas Lefebvre fait l'éloge de sa bru, bientôt suivi de celui de son fils, — une forte tête, un homme solide, quoi ! La belle-mère s'extasie sur la beauté de Marguerite, et Sanson, le frère cadet du marié, le co-receveur, se dit que les « damoiselles Ravalet » sont finement éduquées... Dieu ! combien l'astre du Cotentin est loin de Tourlaville !

Dès le lendemain, elle écrit à Julien et renvoie à ses parents leur coche. L'écuyer remettra la missive aux

l32 JULIEN ET MARGUERITE DE RAVALET

propres mains de M. d'Arreville. Le vieux chevauléger, bronzé d'âme et de corps au feu de vingt batailles, respecte tous les secrets, obéit à tous les ordres qui lui viennent d'un Ravalet, mâle ou femelle. Au besoin, sur un geste de a Mademoiselle )), il planterait sa rapière dans la gorge de l'antipathique mari. A partir de ce jour, la solitude commence pour l'épouse. . . Elle ne rompra plus ses méditations, son isolement, ni l'esclavage conjugal subi dans toute son horreur, que pour aller dîner chez ses beaux-parents, à pied, comme une personne de modeste condition, mouillant parfois le bas de sa robe au petit ruisseau, le Gravier, qui coule au milieu de la rue de Poterie*. Jean Lefebvre, ce galant homme, n'a pas songé à faire venir de Caen ou de Rouen une litière pour sa femme, elle, accoutumée à galoper sur des haquenées ! Si elle voyage, va visiter ses oncles et cousins, toujours escortée de sa camériste et du valet Pierre Debruman, elle monte un des courtauds qui servent au mari lorsque, son gros manteau de bourracan en sautoir, une énorme bougette de cuir sur le devant de la selle, des pistolets dans les arçons, laquais devant, laquais derrière, tous deux armés d'une arquebuse, il va porter à Caen ses excédents de recette, ou prendre les instructions de Messieurs les trésoriers de France.

Elle a, naturellement, reçu la visite du curé, peu

I. Ce ruisseau, où l'on lavait le linge et qu'on passait sur de petits ponts de bois mobiles, a été détourné de son cours au siècle dernier. Dans une lettre d'octobre 1871, Barbey d'Aurevilly regrette fort sa disparition : « La merveilleuse originalité de cette rue aux hôtels blancs (la rue de Poterie) est restée du coup sur la place... »

« « .jj

l34 JULIEN ET MARGUERITE DE RAVALET

après son arrivée à Valognes ; et, comme elle n'est point sans argent, elle fait des aumônes à la paroisse. Elle en fait aussi à l'Hôtel-Dieu, dont le prieur-commandeur est messire Robert Le Parmentier. Le dimanche, en grand costume : robe de velours nacarat à longue queue, ou de satin rose fleurette d'or, vertugadin, vaste rabat (la mode en commence), collier de perles, Marguerite de Ravalet assiste aux offices de Saint-Malo, suivie de sa camériste portant le missel armorié et l'épagneul favori, qui est aussi le favori de Julien. Temps heureux!... Au moment de la quête, le curé, Guillaume Le Sache, présente d'abord le bassin d'argent à la petite-nièce du grand-vicaire de Coutances. Le capitaine du château de Yalognes, messire Sainte-Marie d'Aigneaux, les nobles, les éliis^, les bourgeois, le populaire font la haie pour la voir passer et rivalisent d'enthousiasme en la proclamant la plus belle dame de la ville. Elle salue, remercie d'un gracieux sourire, pendant que les notables, les officiers du corps communal, les jeunes clercs de tabellion envient secrètement le bonheur de Jean Lefebvre. Une fois, par coquetterie ou par espièglerie, elle a traversé les rues de la cité, le visage caché sous un masque de velours, Julien lui ayant vanté cet ornement, fort en usage chez les dames de Paris depuis Charles IX, et dont la mode fut apportée d'Italie par Catherine de Médicis et ses fdles d'honneur. Mais toute la ville a blâmé, l'époux a grondé; et Marguerite n'a pas osé risquer une seconde tentative.

I. Les élus sont des notables, nommés par leurs concitoyens en vue de répartir l'impôt.

JULIEN ET MARGUERITE DE RAVALET l35

Au reste, Yalognes lui paraît maussade, endormi, monotone, malgré les pittoresques usages qui troublent son silence, à certains moments : le trompette-juré, en manteau d'apparat, blasonné aux armes de la ville', qui proclame les ordonnances du vicomte, maître Pierre Basan, et du bailli, suivi d'une troupe de marmots et de servantes ; les processions des confréries religieuses ; les élus marquant à la craie, sur les portes, la taxe due par chaque citadin... Marguerite relit Ronsard et la Belle Cordière, rêve dans le parc, écrit à Julien ou à sa sœur Gabrielle.

Pendant les premiers mois, Jean Lefebvre dissimula de son mieux sa vulgaire nature, mais son vrai caractère reparaissait en dépit de ses efforts. A la Noël, quand Julien, impatient, incapable de rester plus longtemps éloigné de sa sœur, vint à Yalognes, invité par son beau-frère, sur les instances de Marguerite, le désaccord existait entre les époux. Le receveur, on l'a vu, n'avait encore nulle méfiance. Il fit donc courtois accueil au sieur d'Arreville, lequel, résolument, prit ses quartiers dans la maison.

Avant de quitter Tourlaville, Julien informa son père qu'il lui serait extrêmement pénible de retourner au collège de Navarre. A l'en croire, il savait assez de théologie pour obtenir de l'évêque de Goutances n'importe quel bénéfice. Il touchait régulièrement le revenu de la prébende du grand-oncle. On crut à un commencement de vocation cléricale et on laissa le jeune homme en paix.

I. D'azur au lynx courant d'argent surmonté de quatre épis de blé d'or, deux mis en sautoir et deux mis en pal.

l36 JULIEN ET MARGUERITE DE RAVALET

A Valognes, il conquit d'emblée les sympathies du père Nicolas Lefebvre et des siens. Ceux-ci semblaient apercevoir plus d'amabilité chez la bru à l'égard de son mari. La passion n'agit pas autrement : la présence de l'aimé exaltait, transfigurait Marguerite. Il est probable qu'à cette heure délicate de leur existence, les deux Ravalet acceptèrent pour toujours l'époux flanqué de ses droits, et l'époux voulait avoir des enfants ! Il plaçait au nombre de ses premiers devoirs celui de perpétuer la lignée des Lefebvre de Yalognes, de pousser un jour son aîné vers quelque office lucratif Le cadet aurait Hautpitois. Cette maison des champs, dressant son toit d'ardoise au milieu de riantes prairies, de pâturages nourriciers, où errent les bœufs de la contrée, les plus beaux bœufs du monde, Julien et Marguerite en connurent bientôt tous les secrets, profitant agréablement des courtes absences du receveur et gardés de fâcheux accident par deux argus : la camériste de la sœur et le laquais du frère, venu de Tourlaville à cheval comme son maître.

Les délices de Hautpitois épuisées, le couple reprit le chemin de Yalognes. Pendant que Jean Lefebvre, assisté de son frère et de son clerc, mettait en ordre ses écritures, encoffrait les écus de l'impôt royal, Julien et Marguerite se perdaient, au fond du parc, en d'interminables causeries. La cloche des repas les appelait au logis, d'où ils s'échappaient vite après avoir réjoui de leur vue et de leur esprit les rares invités du receveur, — le curé, le doyen des élus, ou bien encore maître Antoine du Moustier, lieutenant général du bailli.

Ils allèrent un dimanche, par la longue rue Notre- Dame, — la rue Saint-Malo actuelle, — visiter à

JULIEN ET MARGUERITE DE RAVALET iS']

Alleaume, hors des remparts, leur grand-oncle maternel, le vieux Robert Poisson, sieur d'Auville, en possession depuis cinq ans de la charge de procureur des eaux et forêts du Cotentin*.

Ils le trouvèrent dans sa surannée petite maison, environnée d'une cour où picoraient des poules. Les deux plus belles furent sacrifiées en leur honneur. Le bonhomme les promena partout, du sol au grenier, leur montra, comme de juste, le lit où sa mère l'avait mis au monde, et où il dormait encore après ses laborieuses journées. Le cabinet d'étude, encombré d'infolios poudreux, de parchemins, de manuscrits, trahissait la plus chère occupation de ce vieillard, gai, alerte, à l'œil plein de flamme sous ses lunettes rabelaisiennes, à l'âme impassible au milieu des cataclysmes publics et privés.

Il travaillait, dès le jour, au livre qui fut l'œuvre de sa vie, ce fameux u Alfabet nouveau de la vrèe et pure ortogj'afe française et modèle sur icelui en forme de dixionere, dédié au roi de France et de Navarre Henri IV, par Robert Poisson, equier au vile de Talonnes en Normandie, proqureur du roi notre sire au baillage, vigomté et maitrise des eaues et forés d'Alenson en Quotentin », dont l'unique édition devait paraître neuf ans plus tard", six ans après la mort de ses petitsneveux, ses hôtes d'aujourd'hui. Robert Poisson s'était lancé dans la voie de la réforme orthographique, sur

1. A ne considérer que la partie forestière, cette charge équivalait, en proportions plus modestes, à celle des avocats du roi à la Table de marbre.

2. A Paris, chez Jacques Planchon, 1609, petit in-octavo. L'ouvrage est aujourd'hui à peu près introuvable.

l38 JULIEN ET MARGUERITE DE RAVALET

les pas de Florimond, de Dolet, de Meygret, du savant Jacques Pelletier, et contrairement aux théories de Guillaume des Autels*. Les portraits de Ronsard, de Passerat, l'un des auteurs de la Ménippée, de Montaigne, de Harlay, du roi, voisinaient, sur les murs, avec ceux d'Aristote et de Platon, l'éclectique maître de céans étant, avant tout, bon royaliste autant que passionné lettré. Dans ce village d'Alleaume, Robert Poisson ne fréquente guère qu'un ami : Jean Potier, sieur du Quesney, marié depuis dix ans à Jacqueline Jullien d'Arpentigny ^ Jean Potier descend, dit-on, de Pierre d'Arc, frère de la glorieuse Pucelle\ Peut-être Robert Poisson s'accordait-il aussi des goûts d'archéologue, car Alleaume est VAlaiina romaine, comme en témoignaient un balnéaire, un temple et un théâtre, ce dernier monument alors fort bien conservé .

Après le repas, le vieil amant des Muses conduisit Marguerite et Julien aux vêpres de Notre-Dame, une église entourée de pommiers, dont il était fabricien ; et sans doute que les jeunes gens se crurent pour un instant transportés en celle de Tourlaville, silencieux témoin des premières agitations de leur cœur. . .

Cependant, tout confiant qu'il fût, Jean Lefebvre finit par surprendre entre le frère et la sœur des expan-

1 . Pour la querelle orthographique, voir Philarète Chasles, Études sur le Seizième Siècle en France.

2. Un capitaine d'Arpentigny figurait parmi les amis de Barbey d'Aurevilly. Gustave Flaubert parle de ce personnage dans une lettre à Louise Golet.

3. L'abbé J.-L. Ad\m, Étude sur la ville de Valognes (Valognes, 191 2). Cette descendance, n'étant qu'une simple tradition de famille, me paraît un peu suspecte.

JULIEN ET MARGUERITE DE RAVALET iSq

sions, des baisers de Marguerite à Julien plus chauds que ceux accordés au seigneur et maître. Il en fit la désobligeante remarque : Marguerite lui rit au nez, forte de la présence de Julien, qui rit plus encore et en appela aux privilèges fraternels. Des amis de la famille, les Jallot de Saint-Rémy-des-Landes, vinrent visiter la demoiselle de Hautpitois, et, probablement mis dans la confidence par l'époux en alarme, argumentèrent si bien qu'il rougit de ses soupçons, cela de très bonne foi. Les Jallot partis, quelque indiscrétion de valet fit encore affluer le sang à la face du receveur des tailles. La présence de Julien à Valognes importunait décidément son beau-frère. Monsieur d'Arreville en eut vent. Et, comme le mari, fort éloigné des belles manières, n'était pas homme à sertir ses phrases, Julien comprit qu'en prolongeant son séjour à l'hôtel Lefebvre, il donnerait un poids considérable aux accusations et commérages dont souffrait Marguerite. Il retourna donc, ou feignit de retourner à Tourl avilie, voyage auquel il eût volontiers renoncé sans le redoublement de mauvaise grâce du mari à l'égard de sa captive légale.

Nettement, froidement, avec l'acariâtre humeur, la jalousie caractérisant les maris d'un certain âge*, le receveur signifia à sa femme que, sous aucun prétexte, sa porte ne s'ouvrirait désormais pour Julien. Il lui

I . François de Rosset : a Les hommes qui tirent déjà sur l'âge ne sont pas tant allumés du feu d'amour que les jeunes : mais aussi ils sont beaucoup plus jaloux. Le moindre soupçon leur demeure dans la cervelle, et je vous laisse à penser, si une chose qu'ils ont vue de leurs propres yeux n'y est pas imprimée. » (Histoires tragiques, etc.)

l40 JULIEN ET MARGUERITE DE RAVALET

défendit même de le voir en particulier, à Tourlaville ou ailleurs. Avait-il surpris quelque bout de papier compromettant pour son honneur? C'est peu probable, Marguerite et Julien n'étant pas de ceux qui laissent traîner leurs lettres d'amour. L'adultère écrit rarement quand l'objet aimé est à portée de sa main, l'inceste jamais. On échangea d'aigres propos, des injures, tout l'accompagnement obligé des scènes de ménage, puis l'époux leva la main sur Madame. Y eut-il, à ce moment, ce qui n'eut que trop lieu par la suite : des coups, des mauvais traitements et des sévices, comme on dit en notre siècle voué aux divorces ? Peut-être que non ; mais à coup sûr les outrages et l'assommante humeur du mari impressionnèrent vivement les nerfs délicats de la jeune femme, qui se trouvait alors en état de grossesse. A qui incombait au juste cette paternité en expectative? C'est un secret que Marguerite emporta dans sa tombe avec beaucoup d'autres.

Le i5 mai 1601, les époux Lefebvre sont réconciliés en apparence. Marguerite tient, ce jour-là, sur les fonts de baptême, à Saint-Malo de Valognes, devant l'autel Saint-Adrien, une nouveau-née qui paraît être une enfant de l'hôpital, ou tout au moins de père et de mère inconnus, si l'on en juge par l'acte inscrit au registre paroissial*.

Jean III de Ravalet, seigneur de Tourlaville et sieur d'Émondeville, venait de recevoir à ce moment un honneur dont l'éclat rejaillit sur son gendre : le roi

I. Voyez l'acte de baptême, à l'Appendice (Pièces justificativesj. La cuve baptismale occupe le même emplacement que du temps de Marguerite de Ravalet.

l'avait nommé grand-maître des eaux et forêts de iNormandie. Il en prend dès lors le titre en tous actes et documents publics. Dans sa vieillesse, il conservera sa grande-maîtrise, sera chevalier, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, sieur d'Ozeville et de Sainte-Croix-du-Mont... Le nouveau lustre donné au blason des Ravalet amoindrit un peu la colère conjugale de Jean Lefebvre ; mais il eut le mauvais goût de faire remarquer à son beau-père, en le félicitant, que Fécu des Lefebvre comportait aussi « une rose en pointe )) * .

Il laissa quelque liberté à Marguerite, lui permit d'aller voir les amis Houtteville et Pierrepont^. (Une Ravalet de Sideville avait épousé un Pierrepont.) Un jour, elle rencontra par les chemins un habitant de Tourlaville, le tailleur Robert Agnès, cet habile artisan qui allait exercer son état, de château en château, de ferme en ferme, de ville en ville. L'abbé de Hambye l'employait volontiers, au Rozel; il avait ses entrées à la fiefferme de Tourlaville, où il taillait et cousait pour le seigneur aussi bien que pour la livrée. Cette rencontre avait dû déjà se produire en d'autres lieux; mais elle resta cette fois dans le souvenir de Marguerite. Plus tard, elle s'en servira avec énergie, essaiera de se justifier, de la façon la plus flatteuse, et la plus terrible aussi, pour l'innocent tailleur.

A la suite d'une violente émotion provoquée par les éternelles scènes de son mari, brusquement, aux der-

1 . Rien de plus exact. Voyez les armoiries des Ravalet, page 1 13, et celles des Lefebvre, page 121.

2. Saint-Nicolas et Saint-Sauveur-de-Pierrepont, canton de la Have-du-Puits (Manche).

JULIEN ET MARGUERITE DE RAVALET l43

niers jours d'août 1601, Marguerite accouche avant terme.

L'enfant, une jolie fillette, — fillette de douleur et non d'amour! — fut nommée Louise et baptisée le 4 septembre à l'église Saint-Malo. La mère de Jean Lefebvre lui servit de marraine, et Jean IV de Tourlaville, frère aîné de l'accouchée, assista à la cérémonie \ Il y remplaçait son père. Le grand-maître, tout porte à le croire, se trouvait encore à Rouen pour sa prestation de serment devant la Chambre des comptes et l'enregistrement de son titre de nomination. La formalité s'accomplit en présence du premier président du parlement de Normandie, Claude de Groulard, et de l'avocat général du roi à la Table de marbre, maître Pierre Corneille, futur père de l'immortel poète du Cid^.

Aucun document ne nous dit quel sort fut réservé au premier enfant de Marguerite \ Mais il est très probable que sa nourrice conduisit la petite Louise à

1. Voyez à V Appendice, pièces justificatives, l'acte de baptême de Louise Lefebvre. Marguerite avait exactement quatorze ans et huit mois lors de sa première maternité.

2. La Normandie semble avoir possédé deux grandes-maitrises des eaux et forêts : l'une, ayant son siège à Rouen ; l'autre, dont Jean III de Ravalet fut titulaire, comprenant le Cotentin, l'Avranchin, le Bessin, peut-être même la comté d'Alençon, et ayant pour procureur Robert Poisson d'Alleaume. Les délits forestiers commis dans ces deux ressorts étaient en premier lieu jugés par les maîtres particuliers, en appel par les grands-maîtres et, en dernier lieu, par la Table de marbre.

3. C'est à tort que l'.oonyme de i6o4 dit que Marguerite était mère de deux enfants, lorsqu'elle quitta son mari. Le second naquit au Châtelet. L'erreur s'explique par le fait que l'anonyme écrivit sa brochure après l'exécution.

l44 JULIEN ET MARGUERITE DE RAVALET

Tourl avilie, quelcpies semaines après sa naissance, pour y recevoir les caresses de l'autre aïeule. Cette nourrice avait dû être choisie par Madeleine de La Vigne. Sans doute, par la suite, la dame de Tourl aville fit de Louise Lefebvre une religieuse bénédictine, au couvent de Cherbourg d'abord, puis à Notre-Damede-Protection de Yalognes, sa fondation, La mère n'existait plus, et le père s'était créé un autre foyer. Madeleine put donc considérer comme lui appartenant pour toujours l'innocente enveloppée dans la terrible aventure et la seule, la suprême relique qu'elle possédât de Marguerite. Les recherches les plus laborieuses aboutissent toutes à cette conclusion. On se plaît à penser que la grand'mère et sa petite-fille dorment, tout près l'une de l'autre, dans les caveaux de la chapelle des anciennes Bénédictines, aujourd'hui l'hôpital de Valognes'.

Gabrielle, sœur de Marguerite, avait assisté avec Jean IV au baptême de leur nièce. Tous deux séjournèrent plusieurs semaines à l'hôtel LefebATe, formellement priés et retenus par le receveur. Malheureusement, la paternité, pourtant si désirée de lui, ajoutait à l'aigre humeur du mari. Le désaccord conjugal reparut. L'écho en parvint à Madame de Tourlaville; aussi dépêcha-t-elle son fils Philippe à Valognes, avec mission de juger de tout par ses propres yeux. Lui, Jean IV et Gabrielle furent les témoins indignés de plusieurs scènes de violence.

Quelques mois s'écoulèrent dans un calme relatif,

I. Notre-Dame-de-Protection fut supprimée •^n 1792 et déclarée bien national la même année.

l46 JULIEN ET MARGUERITE DE RAVALET

puis, au printemps de 1602, Jean I\ et Philippe de Ravalet sont encore à Yalognes, où Gabrielle les accompagna d'autant plus volontiers qu'elle comptait s'interposer entre ^larguerite et son mari. Jean Lefebvre avait-il invité ces deux beaux-frères à constater que l'ordre renaissait dans le ménage? C'est un point impossible à éclaircir. Toutefois, leur présence chez le receveur est certaine, à cette date, — si certaine même qu'ils virent de leurs propres yeux la première fuite de Marguerite. . . Un jour que la demoiselle de Hautpitois était en sa chambre, avec sa sœur et sa camériste, Lefebvre en profita pour la tourmenter si fort qu'elle s'enfuit, éperdue, au moment même où Jean et Philippe, attirés par ses cris, s'engageaient dans la moïûée, c'est-à-dire 'dans l'escalier. Au risque de bousculer ses frères, emportée par une extraordinaire activité physique, elle sortit du logis, de la ville, et alla se réfugier à Saint-Rémy-des-Landes, chez les Jallot. châtelains et seigneurs du lieu, qui la consignèrent aussitôt chez eux*.

L'amitié des Jallot rassurait la fugitive; mais les convenances mondaines, autant que la prudence, leur imposaient le devoir d'avertir le mari. Il vint, tout bouillant de fureur, écumant de rage, reprendre sa femme et la réintégra dans sa geôle. Gomment peindre la douleur de Marguerite ! ce qu'elle dut souffrir alors, on l'imagine sans atteindre jusqu'à la réalité. La surveillance redoubla autour d'elle, en dépit des protes-

I. Marguerite se réfugia pour la première fois à Saint-Rém}des-Landes à la fin de mai, ou au commencement de juin 1602. Ce premier séjour chez les Jallot dura fort peu de temps, peutêtre une semaine.

JULIEN ET MARGUERITE DE RAVALET ll^-J

talions de ses frères, ce qui, joint au souvenir du frère absent, la jeta de nouveau dans la rébellion, l'incita à une seconde fuite, malgré l'enfant, hélas! car Marguerite plaça toujours son amour pour Julien audessus de tout... Elle fut très coupable, certes; mais combien de circonstances atténuantes ! C'était peutêtre l'opinion du loyal président Edouard Mole et des autres magistrats qui la condamnèrent, forcés de faire un exemple, car les crimes semblables au sien couraient alors les rues de Paris.

Jean IV et Philippe n'en avaient que trop vu et entendu. Ils portèrent leur indignation chez les parents du receveur ; mais Jean Lefebvre était leur fils préféré ; aussi le sieur du Vieulx et sa femme qualifièrent-ils d'exagéré le récit des deux jeunes hommes. Jean et son cadet embrassèrent leurs sœurs à la dérobée et partirent sans prendre congé du beau-frère, bien décidés à ne plus jamais accepter son hospitalité.

On peut supposer, vu le caractère et la passion de Julien, qu'il ne s'était guère éloigné de Valognes, demeurant caché aux environs de la ville et épiant l'heure où on le forcerait à tirer l'épée pour protéger la vie de Marguerite. Les trois frères regagnèrent ensemble Tourlaville et ne manquèrent point, dès leur arrivée, de raconter l'étrange façon dont Lefebvre remerciait les Ravalet de l'avoir fait entrer dans leur maison. La lune de miel n'avait jamais été qu'une lune d'absinthe; à l'heure actuelle, le ménage était un enfer.

Gabri.elle, à peine âgée de douze ans et très attachée à son aînée, resta auprès d'elle, pour la consoler, lui faire oublier par sa tendre affection les mauvais procédés du mari, au besoin la défendre contre ses brutalités. En effet, dès que Lefebvre eut repris sa proie.

l48 JULIEN ET MARGUERITE DE RAVALET

il la traita en véritable prisonnière. Défense fut faite à Marguerite de se coiffer en arceaux, — ce qui faisait des jeunes femmes autant de Dianes; — de revêtir la vertugade, le velours, le brocart, les exquis ajustements qui convenaient à son grand air, lui valaient les louanges de toute la ville, les femmes et demoiselles de qualité comprises, et l'égalaient presque à Marie Stuart. Qui voudra avoir une idée de l'éblouissant visage de Marguerite, légèrement voilé de mélancolie à cet instant, devra consulter le portrait de la ravissante épouse de François II, en son adolescence, portrait dessiné par Clouet, dit Jannet, et qui figurait dans l'ancienne collection Hennin*.

Le mari condamna cette beauté à la plate coiffure, aux vulgaires affiquets des bourgeoises de Valognes, marchandes et fermières. Le valet de pied, Pierre Debruman ou de Bruman, l'homme de confiance, un manant stylé par son maître, eut l'ordre d'écouter à la porte, quand les deux sœurs échangeaient des confidences, et même lorsque Marguerite passait aux mains de sa camériste. Il ne resta plus à la jeune femme et à la jeune fille que le parc... Là n'osait point s'aventurer le receveur; il possédait de beaux arbres, mais ne les aimait guère, de par son âme prosaïque et foncièrement philistine. Afin de raffiner sa vengeance, il obligea sa victime de renoncer à sa chambre d'honneur du premier étage. Il la contraignit d'aller coucher tout en haut, sous les toits, en un galetas malsain, lieu deux fois indigne d'une telle hôtesse, car elle avait pour voisins ses domestiques, mieux logés qu'elle. Ce

I. Ce portrait, qu'il ne faut pas confondre avec celui de iSSg, a été reproduit dans VHistoire de France de Bordier et Gharton.

HOTEL LEPEBVRE DE HAfTPITO.S , ,

('État actuel.)

qui constituait un vil outrage pour une personne de condition, habituée au luxe, à l'aisance, à commander et ordonner*. Très noblement, Gabrielle partagea la captivité de sa sœur.

Pour plus de sûreté, chaque soir, après son souper, Lefebvre donnait deux tours de clef au gros cadenas qui fermait cet affreux asile.

Parfois, avant de s'endormir, le lourdaud reparaissait pour injurier sa femme, lui mettre un poignard sur la gorge, la menacer de la chasser de ce misérable logis, allumer des chandelles afin de troubler son sommeil", la frapper, porter le désordre en sa toilette, la traîner sur le grossier carreau par sa longue chevelure, sans égards pour les plaintes de la victime et les cris désespérés de sa jeune sœur. Quant aux radieux charmes de Marguerite, à l'admirable plastique dont elle, Julien, tous les Ravalet et la proAÎnce étaient fiers, il osa, en un jour de colère, leur infliger le plus lâche des traitements : Marguerite reçut de tels coups qu'elle en eut, affirma-t-elle devant ses juges, a une côte rompue ». Une autre fois, elle dut s'enfuir dans la rue, en pleine nuit, et les habitants des maisons voisines, scandalisés, entendirent ses appels de détresse ^

1. Voyex plus loin, au procès en Parlement, l'interrogatoire de Marguerite du lundi 2 4 novembre i6o3. Je tiens de M. Georges Lepetit l'utile renseignement que, lorsqu'il devint acquéreur de l'hôtel de Thieuville, la chambre où Marguerite fut réléguée, sous Içs toits, était encore pavée avec du simple carreau,

2. Allumer des chandelles, la nuit, devant le lit de quelqu'un, c'était souhaiter sa mort.

3. Interrogatoire de Marguerite du lundi 24 novembre i6o3 par les juges de la Tournelle. 11 se peut que l'accusée ait exagéré les mauvais traitements de son mari, mais ils s'accordent bien

JULIEN ET MARGUERITE DE HAVALET IDI

Gabrielle n'en put supporter davaiîtage. Elle jeta à la face de son beau-frère les plus violents reproches, le déclara indigne d'avoir pour femme un astre tel que Marguerite, comparant a la vile nourriture )), l'éducation du receveur, a sa petite naissance », avec la grandeur morale et physique de la maison en laquelle on eut tort de l'admettre. Elle annonça qu'elle allait partir, informer le seigneur et la dame de Tourlaville de l'infâme conduite de leur gendre. Elle partit, en effet, sous l'escorte de la femme de chambre. Marguerite, avant de se séparer de Gabrielle, lui confia son épagneul. Puis, hantée du pressentiment qu'elle ne rev-errait plus sa bavolette, elle la prit à part, partagea avec elle tout ce qui lui restait d'argent, lui recommanda le secret, et embrassa cordialement sa sœur et sa camériste, sans doute loin des regards courroucés du receveur.

Les remontrances de Jean III ne se firent pas longtemps attendre : le grand-maître protesta contre l'affront que lui faisait ce petit noble, le somma de changer de couduite, dimplorer son pardon, et, pour donner plus d'autorité à son épître, il fit connaître à Nicolas Lefebvre et à Louise Jouhan l'odieuse façon dont leur fds comprenait la vie conjugale. A la suite des réclamations paternelles, Marguerite obtint, comme une grande faveur, la permission d'occuper de nouveau sa chambre d'honneur. L'époux nen profita pas moins de l'isolement, de l'abandon où vivait sa femme, pour lui rendre les journées dures.

avec le caractère égoïste et haineux de Jean Lefebvre. De plus, Gabrielle de Ravalet ne déposa point, lors des deux procès.

l52 JULIEN ET MARGUERITE DE RAVALET

L'idée d'une nouA^elle fuite à Saint-Rémy-des- Landes apparut à la demoiselle de Hautpitois comme le salut.

Julien n'écrivait plus; peut-être, dès leur arrivée à Valognes, interceptait-on ses lettres. Mais l'amante n'accusa point l'aimé, ne douta jamais de lui... Elle songeait aux bons procédés des Jallot, à leur manoir, dont elle fut l'heureuse hôtesse; et, par un sentiment de délicatesse que comprendront tous les cœurs féminins, en ces jours de désespoir elle se souvint de Nicolas Jallot, ce jeune avocat qui l'avait aimée alors que Julien était déjà son maître. En retournant à Saint- Rémy, ne pouvant répondre à l'amour de Nicolas, et pour cause, elle lui offrira cette exquise compensation : l'honneur de lui donner aide et protection, ce que ne refuse jamais une belle âme.

Marguerite sait qu'elle n'a autour d'elle que des espions, à part le vieux jardinier, tout à ses arbres, ses allées, ses fleurs, et la grosse servante qui la plaint en silence, cœur de femme du peuple contenu par le servage. Elle étudie avec soin les habitudes de la livrée, s'assure de l'heure à laquelle se retirent les domestiques après avoir éteint les lumières et fermé toutes les issues de l'hôtel et du parc. Quant aux habitudes de son mari, elle ne les connaît que trop.

Le matin, Jean Lefebvre va étaler sa suffisante personne aux regards de la cité, causer avec les élus, les officiers du corps de ville, les bourgeois les plus gavés, souhaiter le bonjour à ses parents. Quoique noble, les plus délicates personnes de sa caste le tiennent un peu à l'écart. L'après-midi, il s'enferme en son cabinet, dont les fenêtres donnent sur la rue, dans rexclu-"

JULIEN ET MARGUERITE DE RAVALET l53

sive société de son frère et de leur clerc ; et tous trois s'occupent des écritures des aides et tailles. Sanson et le clerc dînent souvent chez les époux Lefebvre. Mais si le receveur invite un notable, élu ou tabellion, sa femme n'en est jamais avertie et ne peut changer de toilette. D'autre part, il néglige de lui présenter les personnes qui viennent le visiter, et dont il lui impose la présence. Il ne la consulte jamais sur aucune affaire de ménage, de cpioi Marguerite lui sait gré au lieu de s'en froisser, tant elle le méprise. Brantôme, qui a tout su des mœurs de son temps, semble avoir écrit pour un tel époux cette phrase vengeresse : u Quand ilz ont esté si sots de les espouser jeunes et belles, ilz en sont si jaloux et ombrageux, tant par leur naturel que par leurs vieilles pratiques qu'ilz ont traittées eux-mesmes autrefois ou veu traitter à d'autres, qu'ilz meinent si misérablement ces pauvres créatures, que leur purgatoire leur seroit plus doux que non pas leur autorité. »

A neuf heures sonnant, le valet d'écurie allume une lanterne. Les convives s'en vont, reconduits par Jean "Lefebvre au delà de la porte cavalière de l'hôtel, parfois même jusqu'à la place du Marché*, à l'entrée de la rue de Poterie. Les quatre domestiques demeurés au logis bavardent, jouent aux cartes, dans la salle commune qu'on leur abandonne sous les combles. Le jardinier s'est retiré en sa cabane, située au fond du parc, contre le mur séparant, à l'orient, l'hôtel Lefebvre de l'hôtel voisin, aujourd'hui hôtel de la Mois-

I. Aujourd'hui place Vicq-d'Azyr, après aAoir été la place de rislet. En 1602, le cimetière longeait l'église Saint-Malo.

l54 JULIEN ET MARGUERITE DE RAVALET

sonnière. Marguerite relit un chapitre de VAmadis, ou songe à Julien. Le maître ne revient que vers dix heures. Jamais il ne souhaite à sa femme une bonne nuit; cet anobli a les mœurs d'un vilain. Marguerite en profite pour prendre, dans le vestibule où elles sont accrochées, la clef de l'écurie et celle de la porte du parc s'ouvrant sur la place des Halles. Son plan est arrêté. C'est par là qu'elle s'enfuira.

Vite, un soir propice, en septembre 1602, elle glisse dans une valise ses joyaux déjeune mariée, ce qu'elle a de plus précieux, ce qui lui reste d'or, ses livres, un peu de linge, l'indispensable. Elle y ajoute, à tout hasard, un costume de cavalier, oublié ou donné par Julien. Elle entre dans l'écurie à petits pas, selle et bride un des courtauds, ■ telle une Bradamante, ouvre sans bruit la porte du parc et mène le courtaud par la bride jusqu'au pied du gibet, qui étend ses grands bras noirs sur la place, et dont elle n'a point peur, en vraie fille des Ravalet. Elle entend toquer la demie après neuf heures, aux clochers de Saint-Malo et des Cordeliers. La livrée ne bougera pas a^ant le retour, du maître. Tout Yalognes dort, excepté les archers de garde au château, le receveur errant dans les rues, suivi de son valet et de sa lanterne, et quelques jeunes clercs, qui godaillent au cabaret avoisinant l'église. Les voyages de Marguerite à lïautpitois lui ont permis d'étudier les lieux. Au reste, cette claire nuit d'été facilitera sa fuite. Le silence est complet dans la rue Notre-Dame et dans la rue Beaurepaire'. Elle s'élance en selle et, sans hésiter, pleine

Page 1