Voyez à rx\ppendice : François de Rosset
3. Les deux premières éditions^ incomplètes et fautives, parurent à Paris en 1619. La meilleure édition paraît être celle de Lyon, même année.
mérite toute notre attention. Le témoin, Fliomme informé, s'y trahit à tout moment.
Ces deux éléments, registres judiciaires du Parlement et témoignages contemporains imprimés, permettent de résumer le premier procès et de le faire vivre .
Le lieutenant criminel du prévôt de Paris surveille l'instruction et préside les audiences du Cliâtelet avec activité et passion. Ses assesseurs sont une dizaine de conseillers, qui, tous, semblent avoir partagé l'opinion de leur président. Au total, onze juges, assistés du procureur Nicolas Le Jay (ou d'un de ses substituts) représentant le roi et « la vindicte publique ;) , — les uns et les autres tenus en haleine par le commissaire maître Chassebras, partout présent. Ce qui fait de lui comme un troisième membre du parquet, ou ministère j)ublic.
Nous connaissons le lieutenant criminel. Le procureur du roi, homme capable, riche, indéjpendant de caractère, diffère du lieutenant criminel en ce qu'il s'en tient froidement, correctement, sans aucun zèle, aux lois et ordonnances judiciaires du royaume. Le substitut, jeune licencié sans personnalité, disparaît derrière son chef. Chassebras conduit en réalité toute l'affaire ; et il a l'habiîeté délaisser croire au lieutenant criminel que les décisions viennent de lui, alors qu'il les lui a soufflées. Les deux accusés se défendent euxmêmes. Point d'avocats. Mais, bien avant la clôture de l'instruction, le commissaire a fait mettre en liberté les trois domestiques des Ravalet et les retient seulement comme témoins, avec défense absolue de quitter Paris. Au reste, vu leur pauvreté, ils sont hospitalisés aux frais du plaignant.
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Les commissaires, naguère examinateurs du Ghâtelet, ont bien changé depuis Henri II, époque où leur office, purement vénal, servait aussi de récompense, si bien que le roi, satisfait de son peintre François Clouet, le nomma un jour commissaire au Châtelet*. Sous Henri IV, ils ajoutent aux fonctions de nos actuels commissaires de police celles de juges d'instruction. Ils sont au nombre de quarante-huit et possèdent des pouvoirs très étendus en matières de recherches, enquêtes, informations, prises de corps. Presque tous sont gîadués en droit, ont subi un examen professionnel; il y a parmi eux des gens riches, donc exempts du soupçon de vénalité. Leur office prépare à ceux de conseiller et de substitut. Aux yeux des Parisiens, maîtres Le Normand et Chassebras sont les plus remuants et ambitieux de ces commissaires ; mais, pour le prévôt et le lieutenant criminel, le second est mieux noté, c'est-à-dire plus habile.
Qui est-il? d'où vient-il?
Le commissaire Chassebras est un ancien suppôt de Guise et de Mayenne, un de ces hommes de loi, avant tout politiciens, — Crucé, Bussy-Leclerc, Lachapelle- Marteau et autres compères et auditeurs de Jean Boucher, curé de Saint-Benoit, — qui ont cherché fortune dans les eaux troubles de la Ligue. Les victoires du roi ont clos le bec à ces bavards, de concert avec la Satire Ménippée, admirable protestation du tiers-état parisien, appel au bon sens national. Comme tel, Chassebras figurait sur la liste des plus violents
I. Bibliothèque nationale, manuscrits, fonds français, 6128, page 59. Clouet s'empressa de céder son office au sieur Paulmier.
ligueurs à qui l'on interdit le séjour de Paris, en iôq^, après l'arrivée d'Henri IV*. Il a réussi à rentrer en grâce, à obtenir un poste; il aime son métier a^ec passion, n'est pas tendre pour les prévenus, à plus forte raison les accusés, ce que sont devenus Julien et Marguerite depuis la décision prévôtale du lo septembre.
Il entend à maintes reprises le mari et ses cinq témoins, dont le valet et la fille de chambre de Tourlaville, compare leurs dépositions avec les témoignages écrits produits par Jean Lefebvre, se dit que tout va bien et passe aux accusés.
Dès sa comparution, Marguerite déclare une grossesse, d'ailleurs visible à tous les yeux. Pour la forme, le commissaire commet un médecin et deux matronesjurées aux fins de l'examiner. On constate qu'elle est enceinte de plus de huit mois, ce qui n'arrête nullement la marche de l'instruction. Au reste, Marguerite affirme avoir été chassée par son mari depuis un an, à la suite d'outrages, de brutalités, exposés par elle dans une remarquable aisance de langage et d'élocution. Chassebras l'écoute avec un vif intérêt et lui demande qui lui a fait l'enfant qu'elle porte.
Marguerite eut, dit-elle, la faiblesse de se donner au tailleur Robert Agnès. Cet homme l'escortait, un jour qu'elle allait visiter sa cousine, M^'" de Pierrepont. Il réussit à se faire écouter, l'enjôla, la posséda quatre ou cinq fois, dans la chesnaie de Tourlaville. Le
I. Pierre de L'Estoile, Journal da règne d'Henri IV, année iSg^. Le petit-fils du commissaire Chassebras fut le célèbre collectionneur Chassebras de Cramailles, lequel habitait l'Hôtel de Chauvry, rue Suger, en 1690.
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commissaire se montre incrédule, mais ne peut faire moins qu'inculper Robert Agnès de complicité d'adultère. Un décret de prise de corps est aussitôt lancé contre lui ; et on charge l'exempt La Fontaine- Labarre de l'exécuter.
Il n'y eut point de monitoires proclamés en chaire dans le diocèse de Coutances : l'évêque Nicolas de Briroy, ami de la maison de Ravalet, s'y fût formellement opposé. Nul paroissien n'eut à dénoncer la retraite de Robert Agnès ; le décret suffit. On connaissait les habitudes du tailleur ambulant ; l'exempt partit pour le Cotentin à sa recherche, fouilla le pays, et fmit par découvrir Agnès vers le 6 novembre, au manoir du Rozel, où il travaillait depuis quinze jours pour l'abbé de Hambye et son petit-neveu Philippe. On l'arrête sans autre forme de procès ; les archers et l'exempt l'amènent en coche à Paris, et le lo novembre, Robert Agnès est jeté dans l'un des pires cachots à' en bas, ceux que connurent jadis François \illon et ses associés de la Coquille, et où Guyonne, Etienne Nicolle et Nicolas Roussel gémirent pendant quelques nuits, sur la paillé du roi.
Aux divers interrogatoires de la demoiselle de Hautpitois, Chassebras est frappé de l'extraordinaire animation qu'elle met à défendre son frère. Le commissaire reconnaît en elle les signes de la plus violente et sincère passion, par conséquent de la culpabilité. Elle idolâtre Julien et l'exalte au-dessus de tout.
Le système de défense du sieur d'Arreville consiste en ceci : Il ignore la présence de sa sœur à Paris ; il l'a laissée à Saint-Eglan, chez les époux de La Vigne, où il s'est aperçu de sa grossesse ; mais il ne sait rien du séducteur ni des projets de Marguerite. Il est venu à
Paris pour ses plaisirs et ses affaires. Il ne cesse pas de protester contre l'épouvantable accusation cp.ii pèse sur lui et l'attribue à la haine de son beau-frère, dont il désapprouva l'alliance avec les Ravalet-Tourl avilie. Il avoue l'immense affection qui l'attache à sa sœur Marguerite ; mais il eut simplement pour elle les privautés, les caresses légitimées par l'amour fraternel, tout comme ses autres frères. Pas plus à Paris qu'ailleurs, il n'aurait osé concevoir un crime. Sur cpioi, Chassebras, ironique, relit à l'accusé le procèsverbal d'arrestation.
Julien réplique, insiste sur son absence de l'hôtellerie Saint-Leu, au moment de l'arrivée du commissaire .
Les archers l'emmènent. Marguerite reparait; mais son mari ne quitte pas le cabinet du magistrat. Chassebras, qui est un psychologue, veut juger de l'effet produit sur la jeune femme par la vue de l'époux bafoué. Du côté de Jean Lefebvre. il surprend des regards furieux, haineux, foudroyants; tandis que la demoiselle de Hautpitois accable son conjoint du plus silencieux et écrasant dédain. Elle renouvelle et complète sa défense : elle a laissé ses frères en [Normandie, Julien aussi bien que Jean et Philippe ; elle est à Paris pour obéir à une vocation religieuse, d'autant plus irrésistible qu'ayant fauté avec un homme qui n'est point de sa condition, le cloître seul peut lui valoir son pardon aux yeux de sa famille et du monde. Les trois domestiques Font accompagnée simplement pour veiller sur elle pendant la route.
Le frère et la sœur sont au secret, n'ont pu se concerter; cependant tous deux affirment n'avoir point voyagé ensemble.
Le jour d'après, Julien se réclame des tribunaux ecclésiastiques en excipant des revenus de sa prébende. Il se dit clerc, relevant de l'official du diocèse de Coutances. Jean Lefebvre a prévu cet argument et affirme, sous serment, le caractère absolument laïque de son beau-frère. Julien se plaint d'être au secret, ce qui nuit à sa défense. Chassebras lui réplique par la maxime : Dura lex, sed lex.
En attendant la production du troisième accusé qui, selon eux, est innocent, — la date du prétendu caprice amoureux de Marguerite pour Robert Agnès ne coïncidant point avec la présence du tailleur à Tourl avilie, — le lieutenant criminel et le commissaire reviennent aux trois domestiques.
Guyonne Mcolle défend assez bien sa maîtresse, nie les privautés de Julien. Il en est de même d'Etienne iSicolle, frère du précédent témoin. Quant au douteux valet Nicolas Roussel, il semble bien qu'on l'ait cuisiné. Jean Lefebvre a pu voir cet homme dans sa prison. Reaucoupplus affirmatives sont les dépositions des témoins à charge. Ceux-là marchent d'un bon train, se portent garants pendant des heures, et d'un bec bien affilé, du crime d'adultère et d'inceste.
Le procureur du roi se contente de lire les pièces ; un jour même, Nicolas Le Jay renonce à occuper dans l'affaire Ravalet. Peut-être l'en a-t-on prié, au nom du seigneur de Tourl avilie et de l'abbé de Hambye. Il charge donc un de ses substituts de suivre le procès, et celui-ci ajourne son intervention jusqu'aux conclusions du commissaire.
Maître Chassebras paraît dédaigner tous renseignements et témoignages favorables aux accusés, conduit l'instruction avec une sévérité visible. Il est évident
que les scènes nocturnes de la rue Saint-Denis et de la rue Tirechape ont pour toujours fixé l'opinion du terrible commissaire. La condition sociale, la beauté, la jeunesse du frère et de la sœur, loin de les servir dans l'esprit du magistrat , maintenant au contraire les desservent... Il faut même noter ici deux particularités importantes.
A sa dernière entrevue avec le lieutenant criminel, Guyonne NicoUe a déclaré : i*" que M. d'Arreville ne lui a point promis d'argent en échange d'une déposition complaisante; 2° elle a bien monté la garde, à Fougères, autour de la chambre de Julien et de Marguerite, mais pour les avertir de l'arrivée probable de leur père, M. de Tourl avilie, lequel avait défendu à son fils de voir Marguerite, parce qu'il la détournait d'une" réconciliation avec son mari.
Autre chose : à un moment, la fille de chambre du château des Ravalet, jusqu'alors acquise à Jean Lefebvre, est saisie comme d'un regret pendant sa confrontation avec M. d'Arreville. Elle veut se rétracter, démentir ses précédentes affirmations. Julien en prend acte, supplie le lieutenant criminel d'entendre cette rétractation et d'en faire état. Lugoli et Chassebras se consultent un instant, puis passent outre. Tous deux sont persuadés que cette défaillance de la camériste est le résultat d'une promesse d'argent, faite au nom de la maison Ravalet par des inconnus qui rôdent autour du Châtelet depuis plusieurs jours et semblent s'être institués protecteurs du couple incestueux ^
I. Les Ravalet, qu'on savait riches, avaient certainement au dehors des amis qui cherchaient à les faire innocenter. Ce qui
Mais les justiciards n'osent point avouer que le mari emploie mêmes moyens contre les accusés.
A cet incident, le plaignant a répliqué par de nouvelles preuves. Toute l'accusation demeure debout, plus solide que jamais. Les magistrats se refusent à voir en Julien un homme d'église, son bénéfice étant une simple rente que veut bien lui servir son grandoncle de Hambye ; il n'ira donc pas au For l'Évêque, geôle ecclésiastique du diocèse de Paris. Il expiera laïquement son double crime, tout comme sa sœur.
Julien proteste, renouvelle ses déclarations avec une certaine violence. Sa voix jeune, sonore, vibre chaudement sous les voûtes gothiques... Il se décide alors à un aveu bien inattendu : sa sœur a été si peu sa maîtresse, l'objet de ses désirs, que, lui, Julien II de Ravalet Tourlaville, sieur d'Arreville, fils d'un grandmaître des eaux et forêts et petit-neveu d'un des grands-vicaires de Coutances, a séduit, quatre ans auparavant, étant sur les bancs du collège de Navarre, une demoiselle de Paris à laquelle il fit un enfant et qu'il abandonna après lui avoir promis le mariage.
Le lieutenant criminel demande, assez sottement, où demeure cette jeune fille. Julien répond, à tout hasard, qu'elle habite vers la Couture, non loin de Sainte-Gatherine-du-Var . Mais Chassebras, plus ha-
prouve que le régime du secret absolu n'était pas toujours appliqué aux accusés nobles, la vénalité des geôliers aidant.
I. L'A>fONTME DE 1 6o4 dit quc Julieu demanda à être inhumé au cloître Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers « pour être plus proche de cette fille a qui il confessa avant que mourir avoit promis mariage ». Julien a pu parler ainsi, au dernier moment, pour s'innocenter de tout commerce avec sa sœur. L'arrêt de la Tournelle ne rien dit de la séduction imaginée par Julien.
bile, pose aussitôt une autre question à l'accusé : Il veut savoir les nom et domicile exacts de l'abandonnée. Le jeune Tourlaville lui fait observer que la réponse serait indigne d'un gentilhomme... La race reparaît. Pendant que le roturier Lugoli hausse les épaules, le commissaire se dit que, décidément, les Ravalet ne sont pas les premiers venus, et qu'il faut jouer serré avec eux.
En effet, il va le faire; il va serrer la vis, comme on dit volontiers au Palais. Il salue Julien d'un léger mouvement de tête, dit que ses scrupules l'honorent, puis ajoute que, dans ces conditions, l'assignation et convocation de ce nouveau témoin paraît absolument impossible aux magistrats. Ils tiennent donc pour imaginaire tout ce que M. d'Arreville a dit de ces rendez-vous amoureux aux environs de Sainte-Catherine. Et le cruel Chassebras, retournant le poignard dans la plaie, ajoute, non sans esprit, — car il en a, à l'occasion! — que les A'rais rendez-vous amoureux, les seuls, les bien établis, sont ceux de Tourlaville, de Yalognes, de Fougères, ce qui le dispense d'insister sur ceux de Paris... Errare humaniim est, sed perseverare diabolicurn, ajoute sentencieusement Chassebras. Julien de Ravalet pâlit. Il vient de recevoir un de ces coups dont on ne se relève plus.
Le 19 septembre, l'instruction est close et le lieutenant criminel saisit de l'affaire les conseillers au Châtelet, les juges jiigeurs.
Le commissaire se multiplie, stimule même le substitut. Dès l'audience ouverte, le mari se porte partie civile contre le frère et la sœur, sans préjudice d'une condamnation au nom de la morale publique. Pourtant, la maréchaussée n'a pas encore amené de ]Sor-
mandie le troisième accusé, le tailleur Robert Agnès*. Ce comparse, déjà tenu pour innocent, sera mis hors de cause au jour de l'arrêt. Les deux accusés présents sont entendus, confrontés avec les témoins, accablés sous la lecture des informations, — ces terribles papiers cotés, parafés, aux marges criblées de notes et de cachets, dont on ne voit jamais la fin, et que les huissiers-audienciers passent aux robes noires en rougissant presque de pudeur. Tout y est, en effet : les scènes nocturnes de la tour ronde, les causeries au fond du parc de Yalognes, les séjours au castel de Hautpitois, la fugue à Fougères, les cheveux coupés et transformés en bracelets, les cavalcades en habits d'homme, l'effarante randonnée vers Saint-Eglan, tout, absolument tout, jusqu'à l'inconsciente mention du livre de l'hôtellerie : M. et M"*' d'Arreville, venant de Normandie, et trois domestiques... Questions et réponses se prolongent comme à plaisir ; le huis-clos n'est point prononcé. Finalement, Julien et Marguerite sont reconnus, déclarés coupables.
Cependant, l'état de l'accusée réclame des ménagements et du repos. La geôlière, sans parler des revenants-bons de son emploi, avait fini par s'apitoyer sur sa prisonnière. Elle intervient aux débats, réclame un sursis au nom de l'humanité. Ces juges, après tout, sont des hommes. Le lieutenant criminel hésite un instant, puis met aux voix l'ajournement de l'arrêt : les conseillers, le jeune substitut, Chassebras peutêtre, tous se rallient au sursis. On le prononce enfin,
I. Cette irrégularité de forme, si légère soit-elle, n'échappera pas aux yeux de lynx du premier président Achille de Harlay.
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à l'heure où s'allument les lampes; et Paris entier applaudit à cette décision.
Entre le 20 et le 2 5 septembre, Marguerite de Ravalet accouche d'un garçon, dans sa prison'. Le médecin du Châtelet est là; aucun soin ne lui manque. Cet enfant, Marguerite n'a guère que le temps de l'embrasser. Selon l'usage, le nouveau-né est confié aux Catherineties de Sainte-Opportune. On le rendra à la mère après ses relevailles, à moins que les magistrats n'en décident autrement, car aucun jugement n'est encore prononcé. De quoi grandement s'impatiente Jean Lefebvre. La naissance du pauvre être n'apaise en rien sa haine, et il a hâte d'en finir.
Il veut d'autant plus vite en finir, le robuste goujat, que, depuis une semaine, son beau-père est à Paris, où il use de tout son crédit pour sauver la vie à ses enfants.
Le seigneur de Tourlaville s'est logé sur. la rive droite, à l'entrée du Pont-^euf, à égale distance du Châtelet et du Louvre. Une fois même, au sortir de chez maître Chassebras, dont il surexcite et réchauffe le zèle professionnel, — ce qui est bien inutile, vu la mentalité de l'ancien ligueur, — Jean Lefebvre s'est croisé avec le grand-maître et, sur le regard indigné
I. Date très probable. Les pièces judiciaires du Châtelet manquent. Celles du Parlement, principalement l'arrêt de mort, laissent peu de doute sur le sexe de cet enfant d'amour, de honte et de douleur. Marguerite avait seize ans et neuf mois au moment de sa seconde maternité. Il est douteux que le fils de Marguerite et de Julien ait été ondoyé à Saint-Leufroy, paroisse dont dépendait le Grand Châtelet. Il dut l'être par l'aumônier de Sainte- Opportune. Mais la perte des registres de catholicité n'autorise que des suppositions. Il vécut et reçut le prénom de Julien.
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qu'il en a reçu, le gendre a perdu contenance, n'a pas osé saluer son beau-père. Ces airs de dédain, de mépris, où s'affirment la noblesse et l'orgueil blessés, l'homme de Yalognes ne les montrera jamais, à aucun moment de sa vie.
Vraisemblablement, le malheureux père n'a point demandé à voir ses enfants. La terrible épreuve lui fut épargnée. Julien et Marguerite n'auraient pu soutenir la vue de Jean III. Des deux côtés, la rencontre eût été cruelle. Les forces humaines ont des limites; il est des choses auxquelles l'âme ne résiste point. Mais le lieutenant criminel, agissant au nom du prévôt de Paris, était sans doiite disposé à permettre cette entrevue suprême.
Jean de Ravalet connaît le résultat de l'audience du Châtelet. Il n'ignore pas non plus la naissance de son infortuné petit-fils. Il empêchera par tous les moyens possibles que le déshonneur de sa maison soit proclamé dans un arrêt définitif. Mais il devra se résigner à un châtiment quelconque... Pour Julien, il sera détenu six mois à la Bastille. Il ferait un mauvais prêtre ; amendé, le roi aura en lui un bon officier'. Quant à Marguerite, qui tient encore plus à son cœur paternel, vu son jeune âge, Jean III laissera son mari l'emprisonner pendant un an, à l'Abbaye-aux-Dames de Gaen, où l'on reçoit des filles nobles, aux Dames
I, La même pensée viendra à Marguerite, dans la chapelle de la Conciergerie, quand, s'accusant de tout, elle suppliera pour la dernière fois les juges de ne point laisser décapiter son frère. Peut-être, à ce moment, Philippe de Ravalet, sieur du Rozel,sur lequel nous avons peu de renseignements, avait-il embrassé la carrière des armes.
de Bernay, ou bien aux Cordelières de Paris, si toutefois les Cordelières veulent d'elle*. Mais l'échafaud! la main du bourreau, le fer d'une bacbe s'abattant sur sa fille et son fils, le nom des Tourl avilie souillé, maudit, il ne peut s'arrêter un seul instant à cette épouvantable vision.
La fuite de Marguerite à Fougères bientôt suivie de celle de Julien furent deux coups de poignard au cœur de Ravalet et de Madeleine de La Mgne. Longtemps, ils attendirent l'arrivée ou les explications de leur gendre; puis, un mois s'étant écoulé, l'idée leur vint d'une réconciliation entre les époux. Cette consolante illusion dura pour le grand-maître jusqu'à l'heure où sa sœur Marie l'informa du passage des errants à Saint-Églan et de leur départ pour la capitale, à la fin d'août, départ bientôt confirmé dans une lettre de leur frère aîné. L'espoir de ramener au bien les deux criminels n'existait plus. 11 fallait les punir, comme père, avant que la justice les enserrât dans son étau déshonorant.
En l'été de i6o3, pendant que le silence de Jean Lefebvre laissait encore un peu de calme à ses esprits, M. de Tourlaville dut faire face à diverses obligations féodales et professionnelles. Le 12 juillet, il assistait avec Madeleine aux obsèques de Berthe Costard',
1. Les Cordelières n'en auraient pas voulu. Comme son nom l'indique, cette communauté n'admettait que des veuves.
2. L'épitaphe de Berthe Costard, la seule que possède l'église Notre-Dame-et-Saint-Sébastien de Tourlaville, est toujours visible dans la chapelle de la Trinité (igiS). Elle est conçue comme suit : Ci devant gît Damoiselle Costard, femme de Gratien Lambert en son vivant escuier-voyer à Tourlaville laquelle deceda le 10 juillet l'an de grâce mil VI cent 3. Dieu lui fa se e pardon. Amen. Pater Xoster.
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veuve de l' ancien écuyer-voyer de Tourl avilie. Sa ges tion forestière eut ensuite à s'inquiéter de nombreux abus exigeant une énergique répression. Des prétendants se présentaient pour Gabrielle ; on examinerait plus tard leurs titres. Puis, en septembre, Henri lY vint à Caen, en compagnie de la reine, remercier les habitants de leur vieille fidélité, de leur lutte contre l'exécrable Ligue. Sur un avis du gouverneur de Normandie que le roi visiterait peut-être Cherbourg, le grand-maître des eaux et forêts demeura dans son château, prêt à y recevoir le couple royal, s'il prenait la voie de Bayeux et de Garentan. Mais Henri IV, très préoccupé de la rentrée prochaine des Jésuites, autorisée par lui en principe, très affecté aussi de la résistance du Parlement, du retour de ses sujets aux déplorables mœurs d'autrefois, regagna Paris le même mois*.
Par politique, autant que pour tenir compte d'intérêts familiaux et privés, le roi accordait fréquemment des lettres, dites d'abolition, une entre autres à Jean- François de la Guiche, maréchal de Saint-Géran'; et le Parlement protestait contre trop de clémence. Henri IV dut haranguer a Messieurs » et leur promettre, à la date du 7 février i6o3, d'abandonner les criminels de haute futaie à toute la rigueur des lois'.