‹ Julien et Marguerite de RavaletChapitre 73 sur 113 · avait succédé à Pomponne de Bellicvre · texte numérisé non relu

avait succédé à Pomponne de Bellicvre

NICOLAS DE KEUFVILLE DE VILLEROY, Secrétaire d'État sous les Valois et sous Henri IV

(D'après François Clouet.)

d'Henri lY. Il n'aura qu'à dire un mot à M. de La Force, capitaine des gardes, ou au valet de chambre de confiance^ Pierre de Beringhen (on prononçait Belingan). Yilleroy enverra même son secrétaire, Nicolas L'Hoste, prendre chez lui le suppliant, à l'heure voulue.

L'espoir renaît au cœur du gentilhomme normand. Mais il surprend dans les rues de sombres rumeurs, d'attristants palabres. L'adultère se trémousse à Paris. Cinq femmes, en un an, après avoir trahi la foi conjugale, ont tué leurs maris, ou les ont fait mettre à mort par leurs amants, au moyen du fer et du poison ^ Outre le couple détenu dans les cachots de la Conciergerie, la police recherche un autre couple incestueux. Et, comme va l'écrire Philippe Du Pré' : « Il n'y a « point de plus commun delict (l'adultère) et dont il (( semble qu'on face moins de compte que cestuyci en « nostre France où la loy Julie dort trop long « temps... »

Le roi, surtout depuis que le Père Cotton dirige sa conscience, veut mettre une borne à tous ces scandales, ces infamies , cet impudique débordement qui déshonore sa capitale et l'afflige comme monarque, en dépit de ses nombreuses galanteries. Mais on pardonne tout à Henri lY, car il a tiré le royaume de l'abîme... Marie de Médicis, dont la liaison avec le Florentin Concini ne sera bientôt plus un mystère, même à la cour, même pour le roi, crie encore plus fort que son époux. Rien de plus exact. Ce passage du Journal de Pierre de l'Estoile, daté de mars 1602, nous donnera la mesure

I. L'ANorfTME DE i6o4, loc . Cit., page a. 3. Supplice d'an frère et sœur, etc. Page I.

de l'abaissement des mœurs, à l'heure où la Renaissance va expirer dans une apothéose de gloire :

(( Le samedy i6, une jeune damoiselle, nommée (( La Scipion, âgée de vingt-un ans, demeurante à « Paris, prés le logis de la Reine*, ayant été surprise « par son mary couchée avec un nommé La Brune, « secrétaire du duc d'Aiguillon, fut avec ledit La Brune (( tuée et assassinée par luy. Elle avoit été, ce jour-là, « au sermon de l'adultère, qui avoit été presché à (( Saint-Germain ; et au sortir fut reconduite par ledit (( La Brune jusqu'en son logis, où allant, ne tinrent (( autres propos que de risée du prédicateur et de son « évangile. Ce qui est digne d'être noté. »

L'anonyme de i6o4 nous apprend que le curé de Saint-Eustache refusa une sépulture en terre sainte à ces adultères'.

Brusquement, l'opinion, qui espérait une atténuation à l'inévitable châtiment, paraît abandonner Julien et Marguerite. Seules, les âmes sensibles pleurent, se lamentent sur la fin promise à tant de grâces et de jeunesse. La pitié remplace l'espoir, symptôme inquiétant... Déjà des curieux vont rôder par groupes sur la place de Grève, autour du pilori des Halles, à la Croix du Trahoir, dans le but d'y surprendre de lugubres préparatifs. Mais rien encore n'annonce un supplice, et la malsaine curiosité retourne interroger les portes du Palais.

1. Le logis de la Reine, c'est l'Hôtel de Soissons, construit par Catherine de Médicis, remplacé depuis par la Halle au blé et la Bourse du Commerce. Il n'en subsiste plus que la colonne d'où la reine obser^ait le ciel.

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