‹ Julien et Marguerite de RavaletChapitre 74 sur 113 · Supplice d'un frère et sœur, etc. Page · texte numérisé non relu

Supplice d'un frère et sœur, etc. Page

Le lundi i*^"" décembre i6o3, dès le matin, la Tournelle siège en conseil. Depuis huit jours, le père des Ravalet fait dire des messes à Saint-Barthélémy, à Saint-Denis de la Châtre, à la cathédrale de Coutances, à l'église de Tourlaville, chapelle de son château. Tremblant au moindre bruit de pas et de voix, se traînant à peine, il parcourt les vastes salles, les sinueuses galeries du vieux palais de saint Louis et des Valois. Quelle 'ironie pour lui, cette table de marbre de la grand'salle, où les rois ont donné tant de banquets aux têtes couronnées de passage à Paris, et même à leurs propres sujets! C'est à un cruel, à un infernal festin que le convie, aujourd'hui, le royal édifice judiciaire.

Seule, la promesse du premier secrétaire d'Etat soutient encore un peu le tragique père. Le roi fera grâce... Il est si bon! Et puis, un incident heureux peut se produire. Peut-être que le mari de Marguerite renoncera, se désistera devant la réprobation et l'indignation des Parisiens. Hélas! l'action publique est engagée; elle ne pourrait fléchir que sur le chef d'adultère. Pour le reste, elle marche droit au but, à pas de géant, car elle a peur de voir la loi foulée aux pieds, surtout quand le royaume reproche au monarque et à ses juges leur indulgence.

Enfin, après une heure de délibération, le plumitif" de la Tournelle enregistre ceci :

(( Du lundy premier décembre M VMII.

(( Arresté : Supposant l'appel a minima du procu- « reur gênerai, au procès de Tourlavillé frère et sœur, (( les condamner à estre décapitez en la Grève, priver (( la femme de ses conventions matrimoniales, les (( condamner tous deux en ¥111^ livres parisis envers « le Roy; pour Agnès l'absouldre avec despens, dom- « mages et interestz*. »

Depuis la veille au soir, Marguerite et Julien ont un avocat, d'office. Ainsi l'a exigé l'impartial Edouard Mole. Mais nous ignorons le nom de ce défenseur, dont la tâche fut, entre toutes, pénible. Peut-être se borna-t-il à les conseiller, car l'arrêt ne parle pas de lui. Ce quil y a de sûr, c'est que, le même i^'" décembre, les accusés adressèrent au Parlement une requête aux fins de rejeter l'accusation d'inceste et les conclusions formulées par Jean Lefebvre. C'était comme un nouvel appel, d'où l'arrêté du conseil cité plus haut. En vertu de son pouvoir discrétionnaire, la Tournelle manda immédiatement auprès d'elle le commisssiire Chassebras. Elle voulut connaître son opinion, avoir plus amples informations, examiner l'une après l'autre les minutes de la première procédure. Pas n'est besoin de le dire : Chassebras émit cet avis Que la requête des accusés faisait double emploi avec leur appel en Parlement, en instance devant la Tournelle. De tout quoi fut aussitôt informé le procureur général.

En somme, l'affaire est jugée. Il n'y a plus cpi'un arrêt à rendre. Quelles sont les pénalités?

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