‹ Julien et Marguerite de RavaletChapitre 84 sur 113 · Frédéric Lock, Dictionnaire de l'ancien Paris · texte numérisé non relu

Frédéric Lock, Dictionnaire de l'ancien Paris

2. Trente livres pour l'inhumation de chaque corps, cinq livres pour le repavage. Les cercueils étaient placés dans des compartiments longs de six pieds, larges de trois, sur un lit de mortier. Les évêques, curés, seigneurs hauts justiciers et patrons civils des églises pouvaient seuls être enterrés dans le chœur.

3. Fra>'çois de Rosset, Histoires tragiques de notre temps, etc. Cinquième histoire.

Elle est bien dans l'esprit et le romanesque du temps ; et ceux qui s'en étonnent n'ont pas étudié in ente la France qui va de François I" à Louis XIII, la France de V Amadis en attendant VAstrée, la France passionnée, amoureuse, galante, héroïque, sentimentale toujours sous le choc des épées et devant la mort, la France d'Henri II et Diane de Poitiers, des Yalois et de Marie Stuart. de la reine Margot, des belles Renée de Châteauneuf et Corisande, la France, gauloise et française, espagnole et italienne, de la Renaissance ! Ils n'ont pas visité, non plus, nos cimetières parisiens, ni lu leurs épitaphes parfois étranges. Depuis l'impressionnante inscription accompagnant un squelette de pierre (i526), dans l'église de Gisors :

Fais maintenant ce que vouldras Avoir fait quant tu te mourras

et la non moins émouvante porte des charniers Saint- Séverin, rue de la Parcheminerie S à Paris, jusqu'aux lamentations lapidaires du Père-Lachaise, combien de singularités en nos églises et sur nos tombeaux !

Il est hors de conteste que le curé Fusi, esprit original et exalté, dicta l'inscription. Il se peut que le père des suppliciés l'ait ignorée, peut-être toujours. Mais, cent ans après, elle était visible encore*. Ce qu'il y a de certain aussi, c'est que, de i6o3 à 173^^,

1. Ch.vrles Fegdal, Les vieilles enseignes de Paris (Figuière,

2. A. Delalande, Histoire des guerres de religion, etc. Appendice sur les Ravalet. Pages 822-389.

année où fut construite la chapelle de la Communion*, les fidèles de Saint-Jean-en-Grève ont marché sur la tombe de Marguerite et de Julien, — seconde expiation complétant celle de la Grève ! Enfin, il y a une bonne raison pour que l'abbé Lebeuf ne mentionne point l'épitaphe des incestueux en son Histoire de la Ville et du diocèse de Paris : ce livre parut en 1754, vingt ans après que la pierre tombale avait disparu, à la suite du nouveau dallage nécessité par l'agrandissement de l'église'.

1. Frédéric Locr, Dictionnaire de l'ancien Paris (Hachette, 1860).

2. L'épitaphe du frère et de la sœur, leur inhumation à Saint- Jean-en-Grève, et non ailleurs, surtout à Montfaucon, ne font pas même l'ombre d'un doute. L'épitaphe, dont François de Rosset s'est porté garant devant la postérité, se justifie par la tragédie passionnelle qui la motiva et le langage romanesque du temps. Quant au lieu de sépulture, n'en déplaise aux opinions hésitantes, il a pour lui des arguments d'ordre physique et moréJ, mais tous absolument irréfutables et décisifs : i° La proximité de Saint-Jean-en-Grève, que cent pas à peine séparaient de l'échafaud ; 2° la charitable pensée d'éviter un long trajet au père des incestueux, d'abréger le plus possible ses cruelles émotions ; 3" l'amitié du curé Filesac pour le docteur Fusi, ce qui permit k celui-ci d'agir à sa guise; 4° la dédicace de l'église, le prénom de Jean étant celui du père, du grand-oncle de Julien et de Marguerite et du fondateur de leur maison ; 5" le refus très probable des autres curés de Paris de donner, en leur église, une sépulture à des incestueux suppliciés, fussent-ils nobles ; 6° le triple témoignage de Pierre de l'Estoile, de Philippe Du Pré et de François de Rosset, affirmant que le roi rendit les corps à la famille et qu'on les enterra dans une église; 7° enfin, le fait que ni les deux magistrats présents à l'exécution (le rapporteur Courtin et le substitut du procureur général), ni l'exécuteur, ne mirent le moindre empêchement aux funérailles, telles que les ordonna

Fusi avec l'approbation de Jean de Ravalet. ( « Par les soins des pères charnel et spirituel, » dit L'A^'ONTME de i6o4, page 6.) Le père charnel, nous le connaissons ; le père spirituel ne peut être que Fusi, qui avait confessé et absous, le matin même, les deux coupables enfants. En un mot, Fusi choisit Saint-Jean-en-Grève, non seulement à cause de son voisinage, mais aussi parce qu'on ne pouvait aller ailleurs, pas même à Saint-Leu-Saint-Gllles, vu la distance. L'amour de la preuve quand même transforme souvent les érudits en autant d'aveugles. Oculos habent et non videbunt. Mais le simple bon sens sera toujours, en pareil cas, le plus lumineux des documents.

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