‹ Julien et Marguerite de RavaletChapitre 95 sur 113 · Charles Ravallet, mort à quatre-vingt-dix ans, en · texte numérisé non relu

Charles Ravallet, mort à quatre-vingt-dix ans, en

tout à fait perdu sa mémoire. Vivant sur sa terre de La Ferté, clair de lune d'un Gilles de Gouberville, mais plus adonné aux beuveries et ripailles que le bonhomme du Mesnil-au-\ al, Jean-Bernard ne s'effarouchait point de Julien et de Marguerite brusquement évoqués devant lui, pas plus que des coups d'épée de Jean de Ravalet-Sideville. L'évêque de Bayeux, M. deLuynes, riche de soixante mille libres de retenu, n'était pas ennemi des bons compères et gardait sous sa robe violette un parfum de galanterie. Il faisait cas du vieux Ravalet, le voyait souvent, le considérait comme un ami. Cet évêque descendait, d'ailleurs, par les femmes, du conseiller Pierre Séguier III, sieur de Sorel, marquis d'O, deux fois meurtrier, et gendre de Jacques de la Guesle, procureur général au Parlement de Paris lors de la condamnation des incestueux. On lui apprit, certain jour, que le septuagénaire châtelain de La Ferté, apeuré par la solitude et séduit par une grosse dot, venait, comme disait la comtesse de Grignan, à^ fumer ses terres. Il avait, lui, un Ravalet, un noble d'épée allié à tant de « beaux noms », épousé la fille d'un riche mégissier. On blâma Jean-Bernard de cette mésalliance ; on l'accusa de forligner, de renier l'orgueil de ses pères. Le prélat en convint, mais ajouta tout de suite : (( Il a pour excuse que la vilaine est fort jolie. » Et c'était vrai.

Jean-Bernard mourut en lySS. De son mariage en

INicolas de Ravalet, frère de Jean II, mort à quatre-vingt-six ans, en 1626 ; Julien 1" de Ravalet, frère de Jean III, mort à quatrevingt-cinq ans, en 1609; Jean III de Ravalet-Tourlaville, père de Julien II et de Marguerite, mort à quatre-vingt-dix ans, vers i64o.

cheveux blancs, cet hercule laissait un fils, Jean VII de Ravalet, qui survécut à peine- sept ans à son père. Les Ravalet de Tourlaville s'éteignirent avec lui, dans le Bessin, en 1740*.

Quant aux Ravalet de Sideville, ils eurent des fortunes diverses, de plus en plus orientées vers la médiocrité. Madeleine-Marguerite, cette petite-cousine de l'incestueuse, avec qui on la confondit si longtemps, mourut à Caen trésorière de France, sans laisser de postérité. Mais son neveu, Jacques de Ravalet, ne possédait plus, en 1674, que le quart du fief de Sideville. Les collatéraux avaient disparu, moissonnés à leur heure, ou dispersés, disséminés un peu partout. Si l'on en croit certains armoriaux, il y aurait des Ravalet eu Hollande". Il existe une ferme portant leur nom, dans la commune de Sideville' : c'est l'ancien fief, le dernier vestige peut-être du castel de Julien de Ravalet, sieur de Baudretot et de Sideville, fondateur de cette belliqueuse branche cadette qui fit tant de tort à son aînée.

A Charles Franquetot, assassiné le sourire sur les lèvres, succède son frère Robert- Antoine, né en i63o, chevalier, seigneur de Tourlaville et Carquebut, comte de Coignv vers i65o, après son mariage avec Made-

1. M. V. Ravalet, industriel agricole à Noyal-sur-Vilaine (111eet-Vilaine), paraît être, de nos jours (1910), l'unique descendant des Ravalet de Bretagne, cousins germains de Jehan I" Ravallet, lequel quitta Fougères en l43o pour s'établir à Cherbourg.

2. Ces armoriaux donnent aux Ravalet, comme origine ou résidence : l'Aunis, la Saintonge, la Normandie et la Hollande.

3. La ferme Ravalet est située au sud de la route des Pieux, entre la rivière de Divette et la voie ferrée de Paris à Cherbourg (canton d'Octeville).

moiselle Goyon de Matignon*. Quand l'astre des Ravalet s'éteint, celui des Franquetot se lève.

Robert fit la guerre en Catalogne, devint lieutenant général des armées du roi et mourut en octobre lyoA- On connaît la carrière de son fils François-Henri, marié à Mademoiselle du Bordage, colonel général des dragons, maréchal de France en 1717, vainqueur à Parme et à Guastalla, marquis, puis duc de Coigny deux ans avant sa mort, survenue en lyBg. Son frère fut tué en duel; son neveu, maréchal, duc, premier écuyer de Louis XVI, conta fleurette à Marie-Antoinette*; sa petite-nièce Anne-Françoise- Aimée Franquetot de Coigny, duchesse de Fleury, eut l'honneur d'inspirer à André Chénier la Jeune Captive, — cri d'amour qu'elle ne voulut pas entendre ! — avant d'être la baronne de Montrond, un peu Madame Garât cadette, et d'expirer, très bourgeoisement, bas-bleu et dame Népomucène Lemercier en 1820. Les jolies femmes ont de ces fortunes.

Mais le premier maréchal et duc de Coigny ne posséda jamais la seigneurie de Tourl avilie. Elle passa par héritage, en 1718, à Hervé de Crosville, chevalier, — fils de Jean de Crosville, l'époux en secondes noces de Madame de Franquetot, née Catherine de Varroc. En 1721, Tourlaville est à Jean-Baptiste de Crosville, président à la Chambre des comptes de Normandie, fils d'Hervé et d'Angélique Boivin de Bonnetot\ Sa sœur Marie-Madeleine épouse François Fouquet, sieur de

1. Saint- SiMO>-, Mémoires. Le mordant écrivain profite de l'occasion pour railler Franquetot sur son ancien nom Guillot (sic).

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