LE SÉNAT DE CONSTAMTINOPLE
cette sorte n'eût pas été facile , et la toute puissance impériale aurait certainement échoué soit devant Topposition ouverte, soit devant la résistance passive et la force d'inertie du vieux patriciat. Quelques représentants seulement des familles sénatoriales paraissent avoir émigré : on cite parmi eux un Olympius, un Verus, un Severus, un Urbicius, un Callistratus, un Florentins, un Eubulus, un Studius, un Zoticus. Ces noms sont connus et plusieurs appartiennent à l'ancienne noblesse de Rome : un Olympius est nommé avec éloge dans une lettre de de Symmaque; des Veri, des Severi, des Florentii sont parmi les chrétiens illustres du iv* siècle (1).
La présence de personnages aussi bien apparentés, ou de leurs descendants, parmi les pères conscrits de Constantinople suffit pour réduire à sa juste mesure Timage outrageante qu'à la fin du siècle le poète Claudien tracera de cette assemblée. Il la peint comme une réunion de jeunes étourdis et de vieux débauchés : on y voit, selon lui, des eunuques, des affranchis, et, au rang des plus illustres, siège un ancien cardeur de laine. Ces faux sénateurs {falsi patres) n'ont que du dédain pour les gloires de Rome, mais ils sont fiers de leurs palais, dont les étincelantes façades se mirent dans les eaux bleues du Bosphore. Qu'on assiste à leurs discussions, et on les trouvera incapables, même dans les grands dangers de la patrie, de parler d'autre chose que de danseurs, de mimes, de cirque et de chevaux. « Les patriciens de Byzance et les Quirites grecs, » comme Claudien les appelle par
(1) Du Fresne, Constantinoplis christiana, p. 165; De Rossi, Bull, di arch. crisL, 1868, p. 81 ; LécrÎTain, le Sénat romain depuis Dioclétien , p. 218.
une bizarre association de noms, valaient mieux que cela, et si on se les représentait ainsi dans les cercles lettrés de Rome, assurément on se trompait (1). De grands personnages de l'Europe orientale et de l'Asie romaine , attirés parles largesses de Constantin, d'anciens fonctionnaires, probablement les membres les plus opulents et les plus distingués de l'ancienne curie de Byzance, formaient, joints aux quelques Romains dont nous avons parlé, une assemblée assez respectable. Hais elle offrait cet inconvénient, que rien ne corrige^ d'être composée d'éléments réunis au hasard, non joints par la force des choses : mosaïque disparate, ne rappelant que de bien loin ces blocs séculaires qui constituaient le sénat romain.
Lies premiers empereurs chrétiens paraissent euxmêmes l'avoir senti. Constantin se préoccupa de fonder le sénat de Constantinople, plutôt que de l'organiser. On a plusieurs messages ou discours de Constance sur les privilèges accordés à ses membres, comme aussi sur les charges qui leur sont imposées (2). Pendant longtemps encore, les gouvernements provinciaux, les hautes magistratures, même en Orient, seront réservés aux sénateurs romains, au préjudice de ceux de Constantinople (3). Cependant, on voit, en 361, dans la dernière année du règne de Constance , d'anciens consuls et d'anciens préfets parmi les membres de la nouvelle assemblée. Ce n'est, du reste, qu'en 359 que Constantinople fut mise tout à fait sur le même pied que Rome : jusque-
(1) Claudien, M Eutrop,, I, 470; II, 326, 365, 381.
(2) Code Theodosien, I, vi, 1; VI, iv, 6, 6, 8, 9, 10, 12, 13. 14, 16; VII. ▼m, 1 ; XI. I, 7 ; XV, 1 ; XXIII, 1 ; XII, I, 48 ; XIII, 1, 3 ; XV, i, 7.
(3) Corpus inscr, lat, t. VI, 1657, 1691, 1735, 1783; t. VIII, 5348; t. X. 1695, 1700.