Ils craignaient que Julien leur fit visite le premier
très illustre! » Oui certes, je me porte bien, empereur, et je me porterai bien, puisque c'est toi, l'auteur de mon bien-être, qui m'en donnes Tordre. « Consul très illustre ! » Oui, je suis vraiment consul, et très illustre, puisque c'est de toi que je tiens le consulat.. . Après les premières salutations échangées, il demande ce qui plaît à notre autorité consulaire, prêt à remplir son devoir de sénateur, soit que nous décidions de paraître au tribunal, de convoquer l'assemblée du peuple, ou de monter sur les rostres. Mais le programme de la solennité nous appelle & la curie. Alors il se place aux côtés des consuls, vêtu de la toge, à peine distingué des autres magistrats, et sans pourpre... Il commande d'ouvrir les portes du palais, et d'y faire entrer les litières des consuls : et comme, par respect pour lui, nous refusions de nous y asseoir, il nous y contraint de ses propres mains : puis, mêlé à la foule des magistrats, il nous précède à pied, réglant son pas sur celui du licteur 1 ... »
Ammien raconte la chose plus simplement. « Le jour des calendes de janvier, dit-il, quand Mamertin et Nevitta inscrivirent leurs noms dans les fastes consulaires, on vit le prince marcher devant eux avec les magistrats : beaucoup l'en louèrent, mais d'autres le blâmèrent, trouvant dans son acte de l'affectation et un excès d'abaissement 2 . » Quelques jours plus tard, ajoute l'historien, l'un des consuls, Mamertin, donna des jeux, selon l'usage. Julien était présent. La coutume était d'amener au cirque, en présence du nouveau consul, quelques
1. Mamertin, Gratiarum actio, dans Panegyrici veteres, éd. 1604, p. 181-183.
2. « Quidam ut affectatum et vile carpebant. » Ammien Marcellin, XXVII, 7.
esclaves, qu'il affranchissait. Se trompant, Julien prononça la formule légale de manumission. On lui fit observer que, ce jour-là, c'était au consul qu'il appartenait d'affranchir. L'empereur, alors, se déclara en faute, et se condamna à une amende de dix livres d'or, comme coupable d'avoir usurpé sur les droits d'un magistrat *. Julien ne se montra pas moins prévenant envers les sénateurs. « Je me fais honneur d'appartenir à l'ordre sénatorial, et j'ai le devoir de défendre ses droits et son autorité, » écrit-il au préfet Salluste, le 5 février 362 2 . Il fréquenta assidûment la curie de Constantinople 3 . Cette assemblée fut probablement sensible aux égards qu'il lui montra. Malgré l'éclat extérieur dont Constantin et Constance avaient voulu l'entourer, et bien qu'elle renfermât quelques personnages considérables, comme Themistius, elle demeurait, selon un mot déjà cité, « un sénat de second ordre 4 . » Elle tenait le milieu entre le sénat vraiment aristocratique de Rome et les conseils municipaux des grandes villes. Libanius assure que, toutes les fois que Constance voulait s'occuper avec elle d'une affaire, il mandait ses membres au palais, et, devant les sénateurs debout, expliquait en quelques mots brefs ses intentions 5 . Peut-être ne faut-il pas prendre à la lettre cette assertion, car les messages ou les allocutions de Constance au sénat de Constantinople, que les documents législatifs nous ont conservés, paraissent au
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2. « Jus senatoram et auctoritatem ejus ordinis, in quo nos quoque ipsos nnmeramus, necesse est ab omni injuria defendere. » Code Théodo» sien, IX, h, 1.