Ammien Marcellin, XVII
4. Kal xà Xey6(A£vov Se, û; ttvi; sfoiv ol Oepaittuovre; xal (jîtfXxjxaôevSovTe; ayroû tt} xopvç$. Julien, Ep. 53 ; Hertlein, p. 568.
pour leur annoncer son intention de reprendre le dessein de Constance. Sa lettre a été conservée : elle est assez curieuse. Il leur accorde, en échange de l'obélisque, le droit d'élever une statue d'airain (car les villes n'avaient pas, à cette époque, le droit d'élever des statues sans l'autorisation de l'empereur). A en croire Julien, les Égyptiens, dont le blé nourrit Constantinople, seront heureux d'avoir encore l'occasion de l'embellir en lui cédant un de leurs monuments. Et eux-mêmes le retrouveront avec joie quand, traversant le détroit pour aller faire le commerce dans le Pont, ils apercevront parmi les édifices de la grande ville ce souvenir de leur pays *. Hais la courte durée du règne de Julien ne lui permit pas de mener à bout son projet. C'est Théodose qui fera dresser au milieu du Grand Cirque le monolithe alexandrin.
On eût cru Julien tout absorbé, durant ces premiers mois de règne, par les soins du gouvernement. Chose singulière, c'est le temps de sa plus grande production littéraire. Pendant les six ou sept mois qui suivirent la mort de Constance, il écrivit une partie considérable de ses ouvrages : les Saturnales, le Banquet ou les Césars, le Discours contre les chiens ignorants, le Discours contre le cynique Héraclius, le Mémoire sur la guerre de Germanie, la Lettre à Thémistius sur les devoirs de la royauté, le Discours sur la Mère des dieux 2 . On admire l'ac-
2. Ce discours {Oratio V) fut composé,'soit lors du passage de Julien à
tivité prodigieuse d'un esprit que les soucis d'un nouvel établissement politique, la prise de possession du pouvoir absolu, les représailles exercées sur ses ennemis, les réformes administratives, la réorganisation de la cour, les députaiions de l'intérieur et de l'étranger à recevoir, les pétitions ou les doléances à entendre, les traités à conclure, le commencement de grands travaux publics, ne purent distraire de ce besoin d'écrire, qui était devenu pour lui une seconde nature. Mais en même temps on se rend compte de la cause des imperfections nombreuses que renferment les ouvrages de Julien. On s'explique leur manque de plan, leur caractère improvisé, hâtif, fiévreux. Non que l'art y fasse défaut ; il est, au contraire, souvent trop visible; mais il se remarque dans la forme, dans la recherche curieuse de l'expression, dans le pédantisme du détail : ce qui demande de la réflexion et des loisirs, la composition, l'ordonnance, fait presque toujours défaut. Dans les écrits de Julien brillent les réminiscences de l'écolier studieux, les connaissances acquises par le lecteur infatigable *, les trouvailles heureuses de l'improvisateur : mais on sent qu'il pense en écrivant, plutôt qu'il n'a pensé avant d'écrire : rien dans ses ouvrages ne rappelle ces hautes constructions lo-
Pessinonle en mai ou juin 362, soit plus probablement à Péquinoie du printemps, 27 mars, de la même année. Voir une note de Wordsworth, art. Julian, dans Dict. of Christian biography, t. III, p. 500-501. L'hypothèse de Mùcke (FI. Claudia* Julianus, 1. 11, p. 171), qui place YOratio V au 27 mars 363, alors que Julien célébra à Callinicum la fête de la Mère des dieux (cf. Ammien Marcellin, XXIII, 3}, ne concorde pas avec Libanius, Ad Julianum consulem (Reiske, t. 1, p. 398), qui désigne clairement
1. « J'ai lu, si je ne me trompe, autant de livres que n'importe quel homme de mon Age. » Misopogon; Hertlein, p. 447.
giques, harmonieuses, bien proportionnées, qui ont immortalisé les maîtres de la pensée et du style .
Des écrits dont on vient de rappeler les noms, deux sont perdus, les Saturnales l et les Mémoires sur la guerre de Germanie 2 . D'autres, relatifs à des sujets philosophiques ou religieux, seront analysés ailleurs. Mais il en est trois que nous devons étudier ici, car ils reflètent les vues historiques, les rancunes familiales ou politiques, et l'idéal de gouvernement de Julien.
Distinct des Saturnales 3 , le pamphlet d'histoire romaine quia pour titre le Banquet ou les Césars 4 fut composé aussi à l'occasion des fêtes de Saturne, quelques jours après ce premier écrit, dans la dernière quinzaine de décembre 361 5 . C'est au lendemain des solennelles funérailles de Constance, et pendant que siégeait le tribunal extraordinaire de Chalcédoine, que Julien trouva les loisirs et la liberté d'esprit nécessaires pour composer
1. Il y est fait allusion dans YOratiolV (Hertlein, p. 204) : to icpoTepov elç Ta Kpévta YeYpapuivGv i?ju.tv.
2. Voir Tillernont, Histoire des Empereurs, t. IV, p. 562; Schwarz, Devita et scriptis Juliani imperatoris, p. il; Koch, De Juliano imperatore scriptorum, qui res in GcUlia ab eo gestas enarrarunt, auctore disputatio; id., Kaiser Julian der Abtriïnnige,\t. 335. — Voir à l'Appendice, les Sources de V histoire de Julien.
3. Voir Suidas v° 'Eu,ire66Tiu.o;. Cf. Tillernont, Histoire des Empereurs t. IV, p. 563 ; Schwarz, De vita et scriptis, p. 19.
4. Dan 8 plusieurs manuscrits, le titre est: Evu,ir6atov $î Kpovia, ce qui indique que de bonne heure on confondit cet écrit avec les Kpovia perdus. Dans d'autres manuscrits, le titre est Rattrape;.
5. Je dois, dire que Mucke (Flavius Claudius Julianus, t. II, p. 182l$3)etKoch {Kaiser Julian der Abtriinnige, p. 479, note 62) renvoient au mois de décembre de Tannée suivante, c'est-à-dire en 362, la composition des Césars. J'ai adopté l'opinion qui m'a paru la plus vraisemblable, sans prétendre que cette question de date, après tout assez secondaire, soit résolue d'une manière absolument certaine.
une sorte de dialogue des dieux et des morts, à la façon de Lucien. La lecture en est piquante, bien que, diffus et touffu, ce dialogue ne rappelle que de loin la forme légère et concise où excellait le satirique du second siècle. La fable est assez enfantine. Romulus, offrant un sacrifice pour les Saturnales, invite tous les dieux à un banquet, auquel sont également conviés les Césars. Cela donne à l'écrivain l'occasion d'esquisser le portrait de chacun d'eux, depuis Jules César jusqu'à Constantin. Les dieux instituent un concours, et invitent les principaux Césars, auxquels est adjoint Alexandre le Grand, à lutter pour le prix. Plaidoyers contradictoires de Jules César, d'Alexandre, d'Auguste, de Trajan, de Marc Aurèle et de Constantin, souvent interrompus par Bacchus, et surtout par Silène, qui joue le rôle de bouffon. Mercure est ensuite chargé d'interroger les concurrents : interrogatoires d'Alexandre, de César, d'Auguste, de Trajan, de Marc Aurèle, de Constantin. Le prix est décerné à Marc Aurèle. Chacun des autres concurrents, à l'exception de Constantin et de ses fils, va se consoler dans la compagnie de quelque dieu.
On devine les répétitions dont est plein ce morceau, où les mêmes personnages repassent trois fois sous les yeux du lecteur. Les détails sont souvent excellents : la composition est d'une extrême faiblesse. Mais cette longue excursion à travers l'histoire romaine est d'autant plus intéressante, que dans ses autres écrits Julien ne fait presque jamais allusion à oette histoire. Ici, par exception, elle lui fournit le cadre où il fera entrer ses prédilections et ses haines, les modèles qu'il se propose d'imiter, les souvenirs qu'il veut abolir ou déshonorer.
Ses haines s'attaquent, sans aucune retenue dans
l'expression, aux princes chrétiens de sa famille. Pour eux, pas de justice : la condamnation est absolue et sans nuances. Constantin est « un prince ami de la guerre, mais amolli par le plaisir. » On lui permet seulement de se tenir à la porte de la salle du banquet. Lui-même se rend compte que « comparées aux actions des autres, les siennes ne sont rien. Des deux tyrans qu'il a tués, l'un 1 était lâche et mou, l'autre 2 accablé par l'âge et la misère. Ses exploits contre les Barbares sont risibles. Il leur a presque payé tribut, pour se livrer tranquillement à ses plaisirs. » Aussi ne restera-t-il rien de son œuvre. « Ce sont, dit Silène, des jardins d'Adonis, tous les exploits dont tu nous parles, mon cher Constantin. — Que veux-tu dire, lui demande Constantin, avec tes jardins d'Adonis? — Ceux que les femmes, répond Silène, plantent pour l'amant de Vénus. Elles mettent dans des vases de terre des herbes qui verdoient un jour, et se fanent tout de suite. » Mercure, à son tour, interroge Constantin. « Et toi, que te proposais-tu de beau? — D'amasser beaucoup, et de beaucoup dépenser pour satisfaire mes désirs et ceux de mes amis. » Silène lui reproche d'avoir eu un visage, une chevelure, de cuisinier et de coiffeuse. Quand le concours a été jugé, et que chacun est allé s'asseoir auprès d'un dieu, « Constantin, qui ne trouve point chez les dieux de modèle de sa conduite, aperçoit la Mollesse, et va se ranger à côté d'elle. Celle-ci l'embrasse, le revêt d'étoffes brillantes, et le conduit à la Débauche. Il trouve là Jésus 3 , criant à