LA RESTAURATION DU PAGANISME
« Quoique depuis l'enfance, écrit Ammien Marcellin, Julien eût été favorable au culte des dieux, et, à mesure qu'il grandissait, eût chaque jour plus ardemment désiré le voir renaître, la crainte lavait jusque-là contraint de n'en accomplir les actes que dans le plus grand secret. Mais dès que tous les motifs de crainte eurent disparu, et qu'il se sentit le maître de faire ce qu'il voudrait, il déclara ouvertement ses intentions, et, par un édit formel, ordonna d'ouvrir les temples et d'offrir des sacrifices 1 . »
L'édit dont parle l'historien fut rendu à Constantinople, dans les premières semaines qui suivirent la prise de possession du pouvoir par Julien. Depuis plusieurs
1. « ... Plante absolatisque decretis aperiri templa hostiasque admoveri ad deornm slatuit cultum. » Ammien Marcellin, XXII, 5.
mois, sans doute, il ne dissimulait plus ses sentiments religieux. On l'avait vu, en Illyrie, sacrifier devant son armée 1 . Tout le monde savait que, pendant sa marche vers l'ouest, et surtout durant son séjour dans les provinces danubiennes, il s'était livré avec ferveur aux pratiques de i'haruspicine et de l'art augurai 2 . Iibanius 3 et Socrate 4 s'accordent à dire que dans les villes où il passait, il faisait ouvrir les temples et immoler des victimes. Ses lettres, ses discours, attribuaient clairement aux dieux le succès de son aventureuse entreprise 5 . La longue épltre adressée par lui aux Athéniens disait sa reconnaissance et sa dévotion pour Minerve, et racontait l'assistance qu'il croyait avoir reçue des immortels dans les circonstances les plus importantes de sa vie 6 . Mais, s'il avait pris plaisir à laisser ainsi voir à tous son changement de religion, il ne l'avait pas encore affirmé par un acte officiel. On pouvait se demander dans quelle mesure ses croyances et ses pratiques personnelles influeraient sur sa politique. L'édit de Constantinople, en abrogeant toutes les lois rendues par Constance contre l'idolâtrie, en commandant de rouvrir partout les temples dont celui-ci avait ordonné la fermeture, en prescrivant d'offrir les sacrifices que celuici avait interdits, et aussi en rendant de nouveau licites les pratiques divinatoires qu'il avait condamnées 7 , mar-