Zonare, XIII
fossé qui les séparait. On voyait partir de Gaule, avec l'aveu de Julien, et probablement inspirées par lui, des suppliques que les légions adressaient à Constance, pour lui demander de maintenir le bon accord entre les deux princes 1 . Ceux-ci n'avaient pas cessé de correspondre, soit que Constance remit sous les yeux de Julien des griefs particuliers, comme l'arrestation de Lupicin et de ses compagnons 2 , soit que Julien fit de nouveau 1 apologie de sa conduite, en exaltant la fidélité presque filiale avec laquelle, disait-il, il avait rempli envers Constance ses devoirs de César 3 . Dans l'espoir, peut-être, d'effacer le souvenir de récentes injures, il continuait à signer ses lettres de ce seul titre 4 , tandis que Constance, intraitable dans son orgueil, persistait à lui écrire comme à un simple César, sans jamais lui donner le titre plus élevé dont l'avaient salué ses soldats 5 .
Il semble que la modération de langage et l'apparente modestie que montrait maintenant Julien ait fait illusion à Constance, au point de lui laisser oublier le mortifiant échec de l'ambassade de Léonas. C'est au moins ce que donne à croire la nouvelle mission confiée par lui à un envoyé tout différent. Se méprenant singulièrement sur les sentiments de son rival, Constance s'imagina qu'un personnage ecclésiastique saurait acquérir sur l'esprit de Julien un plus grand pouvoir de persuasion qu'un
1. Julien, Ép.au sénat et au peuple d' Athènes ;HeH\e\n, p. 367.