‹ Julien l'Apostat (volume 3)Chapitre 155 sur 296 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

villes ! . » On a le rescrit ordonnant au préfet d'Egypte, Ecdicius, de créer à Alexandrie une sorte de conservatoire de « musique sacrée 2 . » Cette « divine musique, qui purifie les âmes 3 , » était appelée à remplacer, dans le culte des dieux, les réjouissances grossières et les exhibitions sensuelles.

L'imitation du culte chrétien eût été incomplète, si à la célébration régulière et à la solennité musicale des offices on n'avait joint un enseignement capable d'agir sur l'intelligence du peuple idolâtre. Julien conçut le plan d'une série de lectures et de discours exposant les explications morales et le sens caché des dogmes helléniques 4 . Dans les beaux temps du paganisme, personne n'eût eu la pensée de telles leçons 5 . On admettait alors que le culte parlât aux yeux, non à l'intelligence et au cœur. Le prêtre priait et sacrifiait pour tous, selon un rituel formaliste et compliqué : le peuple se contentait de le suivre du regard. Il ne connaissait guère des mythes païens que ce que pouvaient lui apprendre les peintures et les sculptures des sanctuaires, les récits des prêtres, les représentations souvent irrévérencieuses du théâtre. Seuls, les gens qui aspiraient à une vie reli-

1. AidaoxoXeïa... xerrà rcàaav icôXiv. Saint Grégoire de Nazianze, Ora- JioIV, 111.

2. Tf5; lepaç... (touaixY;;. Julien, Ep. 56; Hertlein, p. 566.

3. ... Ta; 4^X*< tao xf ( ; Oetat u.ovatx*jç xaQotpTévrc;. Ibid.

4. 'EXX^vtxûv te ÔoyjxaTwv àvayvcoaeic xal àvairrugeic, 6<rou Tt ^6o; puOfu- Çotiai, xal 6aai Tfjç èrcixptyewç. Saint Grégoire de Nazianze, Oraiio IV, 111.

5. Une seule exception : le philosophe Dion Chrysostome, au second siècle, qui, en Scythie, dans un temple de Jupiter, explique l'origine du inonde, et en Grèce, aux jeux olympiques, prononce un discours sur les attributs de Jupiter, devant la statue de Phidias. Ce sage, qui voulait faire de l'éloquence sacrée, npé^Tjaiv Upàv, est un exemple unique dans l'histoire de la philosophie païenne. Voir Martha, les Moralistes dans l'Empire romain, p. 215 et suiv.

gieuse plus complète allaient la demander aux initiations et aux mystères. Mais la grande masse païenne avait fini, en fait de religion, par ne rien savoir et ne rien croire : les enfants mêmes rient quand on parle des enfers et de la vie future, écrivait déjà Ju vénal. C'est au milieu de ce monde sceptique, de ce peuple indifférent, qu'avait retenti la voix du « semeur de paroles 1 , » l'apôtre, le missionnaire, le prêtre chrétien. La religion où l'on prêche refoula peu à peu la religion où l'on ne prêche pas. Elle révéla une doctrine et une morale à des foules qui n'avaient jamais entendu parler de morale ou de doctrine. L'église, où l'évêque était en même temps le docteur, et où la chaire était placée en face du peuple, derrière l'autel, vainquit le temple, dont le pontife muet n'a qu'un autel, et pas de chaire. Julien, qui avait abandonné l'église pour le temple, essayait maintenant de transporter de l'église dans le temple la chaire et le prédicateur, la doctrine et la morale. Cette tentative, qui eût été irréalisable cent ou deux cents ans plus tôt, lui semblait possible maintenant, puisqu'il dépendait de lui de donner les sacerdoces, non, comme autrefois, à des nobles et à des politiques, mais à ses amis les néoplatoniciens, dont le conciliant éclectisme essayait de faire de la mythologie une théologie, en épurant par des commentaires allégoriques ce que les fables traditionnelles offraient de bas, d'absurde ou de licencieux. Tirer de ce chaos un dogme, une éthique, et les faire goûter au peuple, voilà ce que le novateur attendait maintenant du nouveau clergé qu'il venait d'instituer; voilà l'œuvre colossale qu'il

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