‹ Julien l'Apostat (volume 3)Chapitre 186 sur 296 · Julien, Ep. 63 ; Herllcio, p · texte numérisé non relu

Julien, Ep. 63 ; Herllcio, p

intimes admis aux mystères célébrés dans le spelœum impérial. C'est parmi ceux-ci que Julien recruta les principaux fonctionnaires de son palais et les plus dévoués serviteurs de sa politique. Après la phrase citée plus haut sur la purification des mains, qui était, nous lavons dit , un rite mithriaque , saint Grégoire de Nazianze ajoute : « Par des initiations et des sacrifices, Julien constitua sa cour, et munit de mauvais conseillers un gouvernement mauvais 1 . »

J Julien était dévot à tous les dieux. « Tous ceux dont ont parlé les poètes, pères et enfants, dieux et déesses, supérieurs et subordonnés, dit Libanius, il fait des libations à tous, il remplit d'agneaux et de bœufs les autels i de tous 2 . » Quelquefois il les prie tous ensemble, et s'imagine recevoir leur réponse collective 8 . Le plus souvent il les distingue. Presque tous les personnages de la mythologie grecque et italo-romaine sont nommés et invoqués dans ses écrits : Saturne, Jupiter, Apollon, Mars, Pluton, Bacchus, Silène, Esculape, Hercule, les Dioscures, Minos, le Soleil et la Lune, Rhéa, Junon, Minerve, Latone, Demeter et Cora, Vénus, Hécate, les Muses, les Grâces, les Parques, Erinnys, etc. Les divinités asiatiques y ont leur place, fréquente et même très absorbante : Mithra, Cybèle, Attis. Moins souvent, mais avec grand

1 . 'Evrôpot; Se xal Ouatai; xaôiffx?. xà fta<rîXeia, xacxoîç <tuji6o-jXci; xaxifc apyfc xpapsvoc* Saint Grégoire de Nazianze, Oratio IV, 52. . 2. Libanius, Monodia super Julianum ; Reiske, t. 1, p. 509.

3. Êp. au sénat et au peuple d'Athènes; Hertlein, p. 355, 360.

respect encore, il cite les divinités égyptiennes Sérapis et Isîs. Il n'est rien, pour ainsi dire, qui demeure à l'abri de son culte : « n'a-t-il pas honoré solennellement, dit Libanius, les dieux, les héros, l'air, le ciel, la terre, la mer, les fontaines, les fleuves 1 ? »

De cette vaste accumulation, de cette piété qui se répand avec une aisance égale sur les objets les plus divers, il parait difficile, au premier abord, de tirer une théologie précise. La pensée de Julien est flottante : elle se dérobe dès qu'on essaie de la saisir. Elle n'est pas toujours semblable à elle-même. Julien parait parfois appartenir à plusieurs écoles théologiques. Dans les Césars, il nous montre un Olympe à la fois naïf et goguenard, tel que pouvait se le représenter l'imagination d'un enfant ou d'un homme du peuple : les deux grands couples divins, Saturne et Rhéa, Jupiter et Junon, couchés sur des lits d'ébène ou assis sur des trônes d'or : alentour les autres dieux, rangés en cercle : ils passent le temps à boire du nectar et à manger de l'ambroisie : Silène fait le bouffon : on entrevoit même l'équivoque Ganymède. Manifestement, Julien se joue dans ce tableau, et montre que certains aspects de la mythologie ne sauraient être pris au sérieux. Ailleurs, il rejette plus clairement encore « les fables incroyables et monstrueuses, » que les Grecs ont inventées au sujet des dieux : Saturne dévorant ses enfants, Jupiter incestueux, Bacchus déchiré en morceaux, puis recollé 2 . Il n'admet pas que Pluton soit l'être infernal que dépeint la mythologie, ni que

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