Méaov éartv à(&çoîv. Ibid
la Trinité chrétienne. Elle en est séparée, au contraire, par des dissemblances radicales *. Hais il n'est pas impossible que Julien ait cherché, cependant, à donner au Soleil illuminateur des intelligences, au Soleil médiateur, quelques traits du Verbe divin adoré par les chrétiens, quelque similitude avec le Logos de l'Évangile selon saint Jean. Gela est assez dans les habitudes de son esprit et dans le mouvement, tout h la fois, de sa polémique et de sa propagande. En d autres écrits, il semble faire d'Hercule une sorte de Christ païen, « que Jupiter a engendré pour être le Sauveur des hommes 2 , » et donner un rôle analogue à Esculape, « descendu du ciel sur la terre et apparu sous forme humaine, » pour « étendre sa main de Sauveur sur toute la terre, » afin « d'y guérir les âmes troublées et les cœurs infirmes 3 . » Si Julien a vraiment tenté des assimilations de cette nature, il n'a fait que transporter dans le domaine de la métaphysique et de la théologie quelque chose de la tactique déjà employée par lui sur le terrain des institutions religieuses, quand il s'efforçait de réformer à l'image de l'Église chrétienne le culte et le clergé du nouveau paganisme, et d'emprunter à celle-ci ses œuvres charitables.
Dans le rang où le met la doctrine néoplatonicienne, intermédiaire entre l'Être abstrait et les créatures visibles, le Soleil a, dit Julien, « la supériorité sur les
1. Sur les différences entre la Trinité alexandrine et la Trinité chrétienne, voir Jules Simon, Histoire de l'École d'Alexandrie, t. I, p. 308-
2. T$ x6<rfi<p ffcotîjpa èçvrtwsv. Oratio VII, contre le cynique Héractius; Hertlein, p. 284.
3. T9)v oux^piov iouToû Setfav. Julien, Contre les chrétiens, dans saint Cyrille, VI; Ncumann, p. 198.
dieux { . » Il est le Dieu suprême du paganisme. Quelque nom que la Fable attribue à ce roi des dieux, qu'elle l'appelle Jupiter, Pluton, Sérapis, Apollon, Bacchus, Mithra, Horus, c'est tout un avec le Soleil. Esculape est né de sa substance ; Minerve Providence 2 est sortie de lui ; Vénus l'accompagne, et communique à la terre sa fécondité; la Lune, à qui Minerve transmet l'intelligence, reçoit de lui son éclat; les Grâces sont ses filles; le chœur des Muses lui obéit ; tous les dieux , toutes les planètes, toutes les sphères et tous les cercles du monde gravitent autour de lui, pendant qu'il demeure éternellement assis sur son trône de lumière 8 . A lui vient ainsi aboutir le syncrétisme qui, dans les derniers siècles du paganisme, fond peu à peu tous les dieux, rendant chaque jour leurs formes plus effacées , plus fluides, plus aptes à rentrer les unes dans les autres, jusqu'à ce que, finalement, elles aillent s'absorber toutes ensemble dans la divinité solaire. Mais telle est désormais leur indétermination, que, malgré les efforts des théologiens du paganisme finissant, il devient impossible de les distinguer entre elles et de leur assigner ou de leur maintenir une place fixe : quand on lit attentivement le discours de Julien Sur le Roi Soleil, on s'aperçoit que les trois mondes définis par lui au commencement de cet écrit perdent dans les pages qui suivent leurs différences et leurs limites. Tous leurs confins se sont brouillés. Dans la plupart des passages où sont décrites les fonctions du Roi Soleil, le lecteur est incapable
1. T^jv icepi tov; Otovç TjYHWviav. Oratio IV ; Hertlein, p. 175.