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touche à la cruauté : le bibliophile, ici, se double d'un tyran.
On n'est pas renseigné sur l'impression éprouvée par la masse des chrétiens à la nouvelle des événements d'Alexandrie. Hais il est probable que les esprits prévoyants s'inquiétèrent de cette subite effervescence des païens, et de l'indulgence dont la couvrait la partialité évidente du gouvernement. Plusieurs durent apercevoir dans ces faits l'annonce d'un mouvement qui était dans la logique des choses et que nous verrons, en effet, se produire à son heure. Cependant les déclarations libérales que fit presque aussitôt Julien calmèrent, vraisemblablement, les craintes du plus grand nombre.
Après avoir pris possession du palais de Constantinople, un de ses premiers soins, dit Ammien, fut d'y mander les chefs des diverses sectes chrétiennes de la ville, avec leurs partisans 1 . Ceux qui se rendirent à cet appel furent probablement Eudoxe, que les ariens avaient en 360 élu évêque de Constantinople à la place du semi-arien Hacedonius; Macedonius lui-même, devenu hérésiarque à son tour, et fondateur d'une secte qui niait la divinité du Saint-Esprit; les chefs des novatiens, qui, séparés des catholiques par de simples nuances, avaient défendu vaillamment avec eux les doctrines de Nicée; les débris du petit troupeau des catholiques, demeurés
1. « ... Dissidentes chrislianorum anli&tites cum plèbe disciua in palatium introraissos... » Ammien Marcellin, XXII, 5.
sans pasteur depuis l'exil et la mort violente de Paul, Févèque légitime. Aux représentants de ces divers partis, reçus soit simultanément, soit successivement, Julien tint un langage rassurant en apparence. « Les discordes civiles ont pris fin, leur dit-il; personne ne s'oppose plus maintenant à ce que chacun suive en paix sa religion *. » Si l'on en croit Ammien, l'entretien ne se serait pas toujours borné à ces brèves paroles. A un tempérament naturel de polémiste Julien joignait une ardeur de néophyte : plus d'une fois il semble être entré en discussion avec les chefs des sectes chrétiennes, comme s* il eût eu l'espoir de les amener à ses idées. Quelquefois il leur posait des questions captieuses sur des passages obscurs de l'Écriture Sainte : il a raconté sa controverse avec « un des plus sages évèques » au sujet du sacrifice de Caïn et d'Abel 2 . Mais souvent il soulevait des questions plus brûlantes. Quand la discussion s'échauffait, on l'entendait élever la voix et crier, en s appropriant un mot de Marc Aurèle : « Écoutez-moi, comme m'ont écouté les Alemans et les Francs 3 ! » Mais ces controverses mêmes, en établissant entre les chrétiens et l'empereur une sorte de familiarité, semblaient confirmer plutôt que contredire ses déclarations libérales.
Les actes étaient encore conformes aux paroles. Gomme gage de sa bonne volonté, Julien permit aux novatiens de rebâtir leur église, naguère démolie par l'ordre de
1 Monebat ut, civilibus discordii* consopitis, quisque nallo Tétante religioni sa» seryiret intrepidas. » Ibid.
2. Julien, Contre les chrétiens, dans saint Cyrille, Contra Julianum, X ; Neumann, p. 228.
3. • Sœpeque dictitabat : « Audite me, quem Alamanni audierunt et F ranci, » iraitari pu tan s Marci principis veteris dictum. » Ammien Marcellin, XXII, 5.
Macedonius. Tous les membres de l'intrépide petite secte, hommes, femmes, enfants, avaient alors transporté eux-mêmes les matériaux de la basilique détruite, et avaient construit à la hâte dans un faubourg l'édifice provisoire. Maintenant, démolissant à son tour celuici, ils en rapportèrent les pierres au lieu où s'était élevé le sanctuaire primitif, et, dressant sur ses fondations rasées une nouvelle basilique, lui donnèrent le nom d'Ànastasie, Résurrection 1 .
Cependant les chrétiens qui auraient attendu des promesses et des actes de Julien une « résurrection » véritable, une ère de paix sous la garantie d'une liberté commune, se seraient grandement* mépris sur ses intentions. C'était un piège qu'il leur tendait. Son but, dit Ammien, était de « consolider » la restauration de l'hellénisme-, en la faisant accepter de l'opinion publique, par l'apparence d'un traitement égal pour toutes les religions. « Il pensait, dit de même Sozomène, qu'il affermirait d'autant mieux la superstition païenne, qu'il se serait montré envers les chrétiens patient et doux au delà de leur attente 3 . » Mais à ce dessein général se joignait une arrière-pensée plus malveillante. Julien espérait mettre les chrétiens des diverses opinions aux prises les uns avec les autres : il comptait réveiller ainsi parmi eux le feu des discordes religieuses, et les affaiblir davantage par des dissensions nouvelles. C'est ce que dit encore Ammien. « L'empereur agissait de telle sorte, que la liberté qu'il paraissait rendre dé-