‹ Julien l'Apostat (volume 3)Chapitre 238 sur 296 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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Moi cependant, pour les raisons que je vous ai dites, je mécontente de vous donner des conseils bienveillants et de vous adresser des paroles par lesquelles j'espère que vous vous laisserez d'autant mieux persuader que vous êtes, je le sais, d'ancienne race hellénique, et qu'aujourd'hui encore, par le fait de cette illustre origine , votre esprit et vos habitudes ont conservé une empreinte de noblesse et de générosité. »

Ainsi la lettre sévère s'achève par des compliments. Il est visible que le mécontentement de Julien, si sincère qu'il ait été à l'origine, a duré peu, et l'on ne se trompera peut-être pas en pensant que si le souverain soucieux de l'ordre public a vu avec peine l'émeute ensanglanter Alexandrie, en même temps le restaurateur de l'ancien culte n'a pu considérer sans une certaine complaisance un réveil d'énergie et de passion dans la population païenne de la grande ville.

Le message de Julien aux Alexandrins eut deux appendices confidentiels, que Ton est bien aise de rencontrer dans le recueil de sa correspondance, car ils jettent un jour assez révélateur sur son caractère. Julien avait autrefois connu Georges. Il le rencontra en Cappadoce, où celui-ci résidait pendant que le futur César poursuivait ses études littéraires dans la demi-captivité du château de Macellum. Georges, qui était un grand amateur de livres, avait commencé dès lors à se former une riche bibliothèque. Il prêta beaucoup de manuscrits au studieux adolescent, qui en copia de sa main un grand nombre. Quand le malheureux évêque d'Alexandrie eut été tué, Julien se souvint de ses richesses bibliographiques. S'il ne témoigna aucune pitié pour le sort d'un homme qui, avant de s'attirer l'animadversion des

Alexandrins, avait été l'un des consolateurs et peut-être des amis de son adolescence solitaire, en revanche il manifesta tout de suite un violent désir de mettre la main, par tous les moyens, sur la bibliothèque du mort. De là une première lettre, écrite à l'un des administrateurs de l'Egypte, Ecdicius 1 : elle est trop curieuse pour n'être pas traduite tout entière :

« Les uns aiment les chevaux, les autres les oiseaux, d'autres encore les bêtes sauvages; moi, dès mon enfance, j'ai eu la passion des livres. Il serait donc étrange que je les visse avec indifférence accaparés par des hommes dont l'or ne saurait satisfaire l'insatiable cupidité, et qui songent sournoisement à nous les ravir. Rends-moi donc le service personnel de faire retrouver tous les livres de Georges, lien avait beaucoup sur la philosophie, beaucoup sur la rhétorique, beaucoup sur la doctrine des impies Galiléens. Ces derniers livres, je voudrais les faire entièrement disparaître ; mais afin qu'avec eux ne périssent pas de plus précieux, fais une recherche exacte de tous. Prends pour guide de cette recherche le secrétaire de Georges : s'il s'en acquitte avec fidélité, il sera récompensé par l'affranchissement; mais s'il se montre fourbe dans cette affaire, il subira les tourments de la question. Je connais les livres de Georges, sinon tous, au moins beaucoup, car il me les a communiqués, pendant que j'étais enCappadoce, pour en prendre copie, et les a repris ensuite. »

La bibliothèque de Georges avait-elle été pillée par ses meurtriers? ou les ariens de sa communion s'étaient-ils empressés de mettre en sûreté ses livres? Toujours est-il

1. 'Exfoxi'w êiuàpxv AItvtttou. Julien, Ep. 9-, Hertlein, p. 487.

que les recherches ordonnées par Julien furent d'abord infructueuses. Quelques mois se passèrent, sans que le» manuscrits convoités eussent revu le jour. Julien écrivit alors une nouvelle lettre à l'un de ses intendants, nommé Porphyre i : celle-ci encore mérite d'être citée :

<( Georges possédait une abondante et précieuse bibliothèque, composée de philosophes de toutes les écoles, de nombreux historiens, et de beaucoup de livres de tous genres écrits par les Galiléens. Fais rechercher toute cette collection, et aie soin de me l'expédier à Antioche. Sache que tu seras sévèrement puni, si tu ne mets le plus grand soin à la découvrir. Auprès des gens, quels qu'ils soient, que tu soupçonnerais de détenir de ces livres, use de tous les moyens, emploie tous les serments. Ne te lasse pas de mettre les serviteurs à la torture 4 . Si la persuasion ne réussit pas, emploie la force pour faire tout rapporter. »

En lisant ces lettres, on se demande vraiment si l'empereur philosophe était plus modéré dans ses désirs qu'aucun de ses prédécesseurs. Antoine a proscrit Verres pour s'emparer de ses vases de Corinthe; Tibère, Néron, Domitien, envoyaient à la mort les sénateurs dont ils convoitaient les villas : Julien ordonne de mettre à la torture des esclaves qui ne lui appartiennent même pas, et recommande de continuer ce traitement barbare jusqu'à ce qu'ils aient dénoncé le lieu où se cachent des livres sur lesquels il n'a aucun droit, mais qui ont excité son envie. Pour n'aller pas jusqu'au meurtre, l'abus du pouvoir absolu n'en est pas moins flagrant : il

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