Voir t. I, p
dans une cour, étant restée apparemment fermée à toute influence hellénique, elle ne pouvait comprendre son mari, ni être comprise de lui. Aucune union d'esprit et de cœur n'exista entre ces deux êtres que la politique avait liés ensemble. Les consolations de la maternité, qui eussent ramené le sourire sur les lèvres d'Hélène, * lui furent refusées, peut-être traîtreusement enlevées. Elle vécut cinq ans, séparée de toutes ses habitudes, ~sans connaissances et sans amis, dans l'isolement d'une petite ville de Gaule encore à demi barbare. Elle vit, pendant ce temps, se creuser chaque jour davantage entre son frère et son époux cet abîme de ressentiments et de haine, que le sacrifice de sa personne avait paru destiné à combler. On s'imagine cette délaissée aimant malgré tout Julien, tremblant à chacune de ses expéditions, tremblant quand il fut proclamé Auguste, tremblant quand il rompit définitivement avec Constance. Et on la voit se consumer ainsi, jusqu'au jour où elle disparut tout à fait d'un monde où elle avait tenu si peu de place. Parmi les soucis qu'à ce moment l'ambition causait à Julien, on peut affirmer que la mort de sa femme passa pour lui presque inaperçue. Hélène ne laissa pas dans son souvenir plus de trace qu'elle n'en a laissé dans ses écrits. Julien se crut apparemment quitte envers elle quand il eut envoyé son corps à Rome, pour y être enterré dans un mausolée de la famille de Constantin \
1. Sievers (Dos Leben des Libanius, p. 223) se trompe en disant que « Julien fit porter à Constantinople, le 6 novembre 360, le corps de sa femme Hélène. • Le 6 novembre est la date de la célébration des quinquennalia de Julien; et le corps d'Hélène fut porté, non à Constantinople, mais à Rome, sur la voie NomenUne, comme le dit Ammien : voir la note soi? an te.
Ce mausolée est un charmant édifice de forme circulaire, construit sur la voie Nomentane, près de la basilique et de la catacombe de sainte Agnès. A la fois monument sépulcral et baptistère, il contenait au milieu, sous une coupole ornée de belles mosaïques, d'une grâce à la fois classique et chrétienne, la vasque destinée à l'administration du baptême; au fond, une niche abritait, en face de la porte d'entrée, un grand sarcophage de porphyre. Dans ce sarcophage reposait déjà Constantina, femme de Gallus, et probablement fondatrice de la basilique de Sainte-Agnès : c'est près d'elle que sa sœur Hélène vint dormir son dernier sommeil. Le sarcophage, orné de bas-reliefs représentant des scènes de vendanges, est aujourd'hui au musée du Vatican \