‹ Julien l'Apostat (volume 3)Chapitre 279 sur 296 · Suélone, De claris rhetorlbu$ y · texte numérisé non relu

Suélone, De claris rhetorlbu$ y

subit l'outrage qui amena la chute des décemvirs. Les villes de province possédaient aussi leurs écoles : nous savons par Horace, par Martial, par Prudence, comme par une peinture de Pompéi, que le magister avait quelquefois la main assez dure. Quant aux grammairiens, ou professeurs de l'enseignement secondaire, on a sur eux, grâce à Suétone et k Quintilien, d'assez nombreux détails : on sait même combien les plus en vogue pouvaient gagner par an, et Ton voit que pour certains d'entre eux renseignement des lettres était, au temps de l'Empire romain, un métier fort lucratif. Nous sommes assez bien renseignés aussi sur le programme des études, et nous pouvons, sans un trop grand effort d'imagination, nous donner le plaisir de suivre en classe les élèves 1 . Ajoutons que l'internat était alors chose inconnue, et que c'étaient des externes qui partaient le matin de la maison paternelle pour aller s'asseoir dans la salle où professait le grammairien.

Quant à la rhétorique 2 , le complément ou, mieux encore, le couronnement de l'éducation romaine, elle était devenue l'étude nécessaire des jeunes gens qui se destinaient aux luttes de la vie publique ou à celles du barreau. Le grammairien les avait initiés à toute la culture classique : connaissance approfondie des deux langues que parlaient alors les nations civilisées, imitation des grands modèles littéraires, lecture des historiens et des poètes, et leur avait appris à développer leurs idées par

1. Voy. Emile Jullien, les Professeurs de littérature dans l'ancienne Rome. Cf. mes Études d'histoire et d archéologie, p. 91 et suit.

2. Sur renseignement de la rhétorique, voir le chapitre intitulé : Einiger ilber Hhetoren und Rhetorenschulen, dans Sievers, Dos Leben des Libanius, p. 16-42.

des compositions écrites. Si Ton ajoute que le grammairien leur avait enseigné en même temps la musique et la géométrie, on conviendra que, malgré les lacunes que ce programme laisse apercevoir à des yeux modernes, il méritait, comme celui de notre baccalauréat, la qualification d' « encyclopédique » que lui donne Quintilien. La tête ainsi bourrée de connaissances, les étudiants passaient au cours du rhéteur. Celui-ci leur apprenait à mettre toute cette science en pratique, à parler leur pensée, à soutenir des thèses, à débattre des causes imaginaires. Par Suétone, qui a fait la^biographie de quelques rhéteurs célèbres; par Quintilien, qui nous a laissé la théorie de leur enseignement; par Sénèque, qui a recueilli des modèles des déclamations auxquelles s'exerçaient leurs élèves, nous connaissons assez bien ces « parlottes » où, sous l'œil et avec les avis d'un maître expérimenté, les jeunes Romains de bonne famille apprenaient à manier « l'arme de l'éloquence *, » et d'où ils sortaient préparés à tous les combats de la parole publique, capables de haranguer une assemblée populaire, de plaider un procès, d'opiner dans un tribunal, de discuter dans un sénat. Pour tout dire, il convient d'ajouter que beaucoup d'eux, rompus à toutes les souplesses de l'éloquence, emportaient de cet enseignement supérieur l'art de soutenir avec un égal talent, mais aussi avec une égale indifférence, le pour et le contre, et de mettre leur scepticisme au service de leur ambition.

L'État romain ne parut prendre un intérêt direct au haut enseignement qu'à l'heure où, les grandes luttes

Page 1