‹ Julien l'Apostat (volume 3)Chapitre 289 sur 296 · Gibbon, Décline and F ail ofthe Roman Empire, c. xxii · texte numérisé non relu

Gibbon, Décline and F ail ofthe Roman Empire, c. xxii

doute reçue avec enthousiasme par les païens à courte vue, qui croyaient à la durée de l'œuvre de Julien et s'associaient à son fanatisme. Répondant, vingt ans plus tard, à une requête présentée à Gratien par la portion païenne du sénat de Rome, saint Ambroise reproche aux pétitionnaires « de solliciter des privilèges, eux qui naguère, par une loi de Julien, refusèrent aux chrétiens le droit, qui appartient à tous, de parler en public et d'enseigner 1 . » Si Ton prend ces paroles à la lettre, elles montreraient que, même en Occident, l'acte de Julien avait été bien accueilli d un grand nombre de sénateurs, et peut-être avait obtenu l'approbation officielle du sénat. Cependant, même parmi les partisans de l'ancien culte, une minorité intelligente parait avoir montré des sentiments contraires. Il y eut sans doute, dans la portion distinguée et vraiment politique de la société païenne, des hommes plus confus que satisfaits de se voir attribuer, en matière d'enseignement, un monopole qu'ils n'avaient pas demandé. L'un des représentants les plus honnêtes et les plus éclairés qu'ils aient eus à cette époque, Ammien Marcellin, si favorable cependant à Julien, n'essaie pas de cacher ses sentiments sur l'atteinte portée par celui-ci à la liberté d'enseigner. « C'est, dit-il, un acte barbare, qu'il faut couvrir d'un éternel silence 2 . »

Sur la population chrétienne, l'effet de ledit fut assez complexe.

1. « Petunt etiam, ut illis privilégia déferas, qui loquendi et docendi nostris communem u6um Juliani lege proxima denegaront. » Saint Ambroise, Bp. 17.

2. a Illud autem erat inclemens, obruendum œterno silentio, quod arcebat docere magistros rhetoricos et grammaticos, ritus Christian! cultores. > Ammien Marcellin, XXII, 10. Cf. XXV, 4.

On doit le dire à leur honneur, un grand nombre de professeurs aimèrent mieux descendre de leurs chaires, soit officielles, soit libres, que d'abandonner leur religion. Saint Jean Chrysostome cite « des médecins, des sophistes, des orateurs 4 . » L'édit que nous avons analysé parle seulement des rhéteurs et des grammairiens : les médecins n'y sont point nommés. Mais la loi du 17 juin soumettait, on s'en souvient, à l'approbation de l'empereur toute élection à des chaires municipales. Dans beaucoup de villes, la médecine était enseignée 2 . Saint Basile, étudiant les lettres à l'université d'Athènes, y suivit aussi quelques cours de médecine 3 . Il se peut que Julien ait retiré l'autorisation à tous les professeurs de médecine qui refusaient de faire acte de paganisme : il se peut même qu'il ait enlevé aux médecins non professeurs, qui demeuraient chrétiens, les exemptions et les privilèges que les lois leur avaient accordés en même temps qu'aux membres de l'enseignement 4 . On ne sera pas surpris que Julien ait cherché à restaurer complètement dans la médecine l'idée païenne, lui qui croyait fermement à une thérapeutique surnaturelle, et attribuait à l'intervention directe d'Esculape la guérison d'un grand nombre de maladies 5 .

Parmi les professeurs de lettres, plus directement visés par l'édit, il y eut probablement des défections : quel* ques-uns suivirent sans doute l'exemple que, même sans

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