‹ Julien l'Apostat (volume 3)Chapitre 34 sur 296 · Voir t. I, p · texte numérisé non relu

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des Romains, mais un allié peu sur, toujours prêt à flatter et à trahir. Quand il écrivait à Julien, il lui donnait le titre de Seigneur, d'Auguste, et poussait l'adulation jusqu'à le traiter de dieu. Mais on saisit une lettre de lui à Constance, où se lisaient ces mots : « Ton César est insubordonné 1 . » Julien envoya contre les pillards le comte Libino, avec un détachement de Celtes et de Pétulants. Libino attaqua trop vite, et fut tué : dans le combat qui suivit, les Barbares avaient la supériorité du nombre : il y eut du côté des Romains des tués et des blessés. La situation eût pu devenir périlleuse, et peut-être la Germanie vaincue eût-elle relevé la tète, si Vadomaire, jetant le masque, avait pris le commandement de ses soldats et déclaré la guerre. Julien résolut de lutter de ruse avec l'astucieux Barbare. Feignant de le considérer encore comme un ami et un allié, il lui envoya le secrétaire Philagre. Celui-ci était porteur d'un pli cacheté : il avait l'ordre de ne l'ouvrir qu'après avoir attiré Vadomaire sur la rive gauche du Rhin. Le Barbare passa le fleuve avec assurance, et vint au-devant de l'envoyé de Julien. Il accepta même de souper le soir avec lui chez le commandant du poste romain le plus proche. Philagre ouvrit alors le pli, y vit ses instructions, et vint prendre place parmi les convives. A la fin du repas, il fit arrêter Vadomaire, et donna en sa présence lecture des ordres dont il était porteur. Prisonnier, Vadomaire fut conduit à Bâle, où était Julien : les gens qui l'avaient accompagné furent renvoyés dans leurs foyers. Julien reprocha à Vadomaire sa duplicité, et le relégua en Espagne.

l. a Caesar luus disciplinam non habet. » Aramien Marcellin, XXI, 4. C'est peut-être cette lettre insignifiante qui fit inventer à Julien une correspondance compromettante entre Constance et Vadomaire.

Délivré ainsi, par une vraie ruse de Barbare, d'un des plus dangereux parmi les chefs barbares, Julien résolut de frapper un dernier coup. Au mois de mai 361, une rapide expédition le porta au bord du Rhin, dans les parages où avait été tué Libino. Julien traversa le fleuve, la nuit, en grand silence, avec quelques cohortes auxiliaires, choisies parmi les plus agiles. On tomba à l'improviste sur les peuplades germaines, épouvantées par le bruit inattendu des armes, par les glaives tirés du fourreau, par les traits lancés de tous côtés. Quelques Alemans furent tués. Beaucoup demandèrent grâce, abandonnèrent ce qu'ils possédaient, et se rendirent prisonniers. Julien accorda enfin, à ceux qui furent laissés dans le pays, une paix qu'ils promirent de ne jamais troubler 1 .

Julien était désormais rassuré sur la Germanie. Il était certain d'y laisser après lui la terreur. Revenu à Bâle, il n'eut plus qu'une pensée : gagner de vitesse son adversaire. Une déclaration de guerre nettement formulée lui parut valoir mieux que la prolongation d'une situation ambiguë, où ses forces s'usaient sans résultat 2 . Son parti étant ainsi irrévocablement pris, la superstition eut son tour. Il voulut appeler les dieux à son aide, et mettre sous leur protection l'entreprise hasardeuse où il allait se jeter. Son désir eût été d'offrir publiquement un sacrifice, en présence de l'armée. Mais il n'était point encore sûr de la religion de ses soldats 3 .

1. Ammien Marcellin, XXI, 5; Jean d'Anlioche, fragm. 177 (dans Millier, Fragm. hist. grâce, t. IV, p. 605).

2. « Sagaci prafidens mente, professa palam defectione se lutiorem fore exislimavit. » Ammien Marcellin, XXI, 5.

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