Incertusque de militum fide. • Ilrid
Parmi eux, beaucoup étaient chrétiens. Une profession de foi païenne eût peut-être ébranlé d'une manière dangereuse leur fidélité. Julien se résolut à dissimuler pendant quelque temps encore, et à ne se déclarer païen que quand, l'armée étant en marche, et chacun se trouvant déjà compromis pour sa cause, il n'y aurait plus pour personne moyen de reculer. Pour le moment il se contenta d'un acte de dévotion privée. « J'ai d'abord, dit -il, offert mes résolutions aux dieux qui voient et entendent toutes choses 1 . » À la prière il joignit l'immolation des victimes. « Je sacrifiai pour le succès de mon voyage, et trouvai les présages favorables 2 . » Ammien donne ici plus de détails que ne voulut, peut-être, en donner Julien. Dans ce sacrifice, auquel furent seuls admis les intimes confidents des sentiments religieux du prince, « Bellone, dit l'historien, fut apaisée selon un rite secret 3 . » Il semble faire entendre, par cette expression laissée à dessein vague et mystérieuse, que Julien immola des victimes moins à la Bellone italique, honorée à Rome dès les origines de son histoire, qu'à la Bellone de Comane, l'étrange et farouche déesse orientale dont le culte orgiastique jouissait d'une grande faveur au quatrième siècle. Le culte de celle-ci avait probablement fourni à celui de Cybèle la cérémonie sanglante du taurobole 4 : il se peut que ce soit là « le rite secret » dont parle Ammien : Julien, à l'insu de
1. Kai ftpÛTov fxèv aura toî; iravia 6pû<n xal àxououaiv àveOéfi^v Beoïç. Julien, Ép. au sénat et au peuple d'Athènes; Herllein, p. 368-369.
2. Kïta Ouaàitevo; itepl t% èÇtôov, xal Yevofxévwv xaXâv twv iepâv... Ibid., p. 369.
3. « Placata ritn secreliore Bellona. » Ammien Marcellin, XXI, 5.
4. Voir F. Cumont, le Taurobole et le culte de Bellone, dans Revue d'histoire et de littérature religieuses, 1901, p. 97 et suiv.
ses soldats, se serait préparé à la guerre en se baignant dans le sang d'un taureau.
Ayant ainsi satisfait sa dévotion, Julien fit, le même jour 1 , convoquer, au son des trompettes, toute son armée. Assis sur un siège de pierre 2 , « d'une voix plus claire que d'habitude 3 , » dit Ammien,il adressa aux soldats un discours que l'historien rapporte en ces termes 4 :
« Je pense que depuis longtemps, mes braves compagnons, animés par la grandeur de vos exploits, vous vous êtes mis tacitement d'accord sur l'urgence de prévoir et de préparer les événements que nous espérons. Car le soldat, fort de ses actions glorieuses, doit plus écouter que parler : de même qu'un chef digne de ce nom doit désirer les seules choses qui méritent l'approbation et les louanges. Afin donc que j'expose en moins de mots ce que j'ai décidé, accordez, je vous prie, une attention bienveillante à mon bref discours.
« Uni à vous, par la volonté du Dieu du ciel, dès les premières années de ma jeunesse, j'ai arrêté les irruptions continuelles des Alemans et des Francs, et mis un terme à leurs ravages : grâce à nos communs efforts, j'ai fait que les armées romaines peuvent librement parcourir le Rhin : j'ai opposé un front inébranlable aux menaces et aux attaques de nations puissantes, appuyé
1. K<xt* oùt^v 2xc(vt)v -rijv V^upav. Julien, Êp. au sénat et au peuple d'Athènes ; HerUein, p. 369.