Comitantibuft paucis. » Amraien Marcellin, XXI
JULIEN l'apostat. — II.
gardé le souvenir, l'aigle volant sinon « de clocher en clocher, » au moins de ville en ville { à travers toute la partie centrale, la plus peuplée et la mieux fortifiée, de l'Empire romain, et conduisant en six mois Julien et sa petite armée des Alpes jusqu'à Constantinople. Malheureusement l'expédition de Julien contre Constance ne nous a été contée que par ses panégyristes ou ses admirateurs, Mamertin, Libanius, Zosime : Ammien luimême, qui n'en fut pas témoin, puisque cette époque il était en Asie, n'en a probablement écrit le récit que d'après des renseignements donnés avec partialité. On aurait besoin de savoir si, dans cette marche prodigieuse, il n'y eut pas plus de bonheur encore que de génie; si la hardiesse de Julien ne fut pas avant tout servie par la situation de son rival, qui était à ce moment obligé de tenir presque dégarni de troupes le centre de l'Empire romain, afin de concentrer la totalité de ses forces vers l'est ; et si, au cas où une fortune plus clémente eût laissé à Constance, délivré à temps des Perses, le loisir de se retourner, avec toutes ses légions, contre Julien, celui-ci n'eût point payé cher son audace 2 . Ammien Marcellin, qui, même en rehitant les faits dans le sens le plus optimiste, conserve la liberté de son jugement, semble le faire entendre. « Julien, dit-il, se livra avec témérité aux hasards d'une fortune douteuse 3 . » Servi par un concours inouï de circonstances qui le fit triompher
1. « Aburbe in urbera inopina velocitate... » Ammien Marcel lin, XXII, 2.
2. Si parlial que soit saint Grégoire de Nazianze, son opinion ici mérite d'être rapportée : El fiiv ovv |i^ npoOXaSs tt^v Içocov toù rupàvvov t6 xeXo; toù pa?iXia>ç, (iY)8è 6 à^aW); it6Xe(ioc xfjç çavepâc X 8 ^ irXetov \<r/yot 9 tar/a àv lyvco xa8' éautov xorçûva; 6 àXirqpioç. Oratio IV, 48.
3. « Temere se fortunée commisit ambigu». » Ammien Marcellin, XXI, 5.
sans combattre, il laisse derrière lui la trace lumineuse d'un grand général et d'un héros : vaincu, l'histoire n'eût peut-être vu en lui qu'un aventurier.
Ces réserves faites, on peut suivre avec moins de scrupule les seuls narrateurs qui nous aient fait connaître la promenade de Julien et de ses généraux à travers l'Europe mal défendue. Il convient d'ajouter que nous sommes surtout renseignés sur la marche du petit corps de trois mille hommes que l'empereur menait avec lui. Mamertin, J qui l'accompagnait, Ta racontée avec l'enthousiasme d'un panégyriste officiel, Ammien en termes plus sobres et avec une admiration qui n'exclut pas le sang-froid. Des deux corps plus importants confiés à Jovius et à Nevitta, on ne sait à peu près rien jusqu'à leur arrivée en Pannonie. On voit seulement que, conformément aux espérances de Julien, ils répandirent devant eux la terreur. C'est ainsi qu'après l'entrée de Jovius dans sa province, Taurus, préfet d'Italie, partit en poste, franchit les Alpes Juliennes, et, prenant au passage le préfet d'IUyrie, Florentins, son collègue dans le consulat, s'enfuit avec lui vers Constance, de toute la vitesse de chevaux réquisitionnés à chaque relai 1 . Jâvius eut la chance de saisir une correspondance politique de Taurus avec son maître 2 , et de s'emparer des approvisionnements réunis au pied des Alpes Cottiennes 3 ; c'est probablement entre les mains de Nevitta que tombèrent les dépôts de blé formés à Bregentz 4 . Hais pour les détails de la marche, pour les épisodes du voyage, pour les dangers courus ou évités,