‹ Julien l'Apostat (volume 3)Chapitre 51 sur 296 · Prudence, Contra Symmachum, II · texte numérisé non relu

Prudence, Contra Symmachum, II

« Au temps où Magnence, qui fut vaincu par votre courage, persistait à troubler l'Empire, je revêtis Gallus, mon cousin germain, delà dignité de César, et l'envoyai garder l'Orient. Mais, convaincu d'actions criminelles, il fut puni selon les lois. Plût au ciel que l'envie, qui répand partout la discorde, se fût contentée de ce malheur, dont le souvenir, tout en m'affligeant, me laissait au moins en repos! Mais aujourd'hui survient un mal plus triste encore, que le secours céleste réprimera, à l'aide de votre courage. Pendant que vous repoussiez les nations étrangères qui menaçaient les provinces illyriennes, j'avais préposé Julien à la défense des Gaules : aujourd'hui , enflé par de légères victoires remportées sur des Germains à peine armés, il a appelé au secours de son orgueil quelques cohortes auxiliaires, que leur férocité disposait aux actes téméraires, et il s'est armé pour la ruine publique, foulant aux pieds la justice, mère et nourrice du monde romain. Mais celle-ci, vengeresse des crimes, — toute l'antiquité le montre, et je le sais par expérience, — écrasera comme de la cendre ces superbes desseins. Qu'avons-nous donc à faire, si ce n'est de courir au-devant de la tempête et de dompter par une répression rapide la fureur de cette guerre naissante, avant qu'elle ait grandi? Car il n'est pas douteux que, par la faveur du Dieu très haut, le fer préparé par des mains impies se retournera contre ceux qui, non pas maltraités, mais comblés de bienfaits, se sont insurgés pour mettre les innocents en péril. Comme mon âme le prévoit, comme le promet la justice, toujours favorable aux intentions droites, je jure que, si Ton en vient aux armes, ils auront une telle peur, qu'ils ne pourront supporter ni Té-

clat de nos yeux, ni le premier son de notre barrit 1 . » La confiance que montrait l'empereur se communiqua à ses soldats. Ils manifestèrent bruyamment leur approbation, et, agitant leurs lances, demandèrent à être conduits sans retard à l'ennemi. Cet empressement rendit Constance tout heureux. Ses dernières craintes s'évanouirent *. 11 reprit confiance dans la victoire. En attendant que l'armée entière fût prête à être mise en mouvement, il envoya, pour ressaisir le Pas de Sucques, ou au moins pour barrer la route de la Thrace, une avant-garde composée de lanciers etde Mattiarii 3 , avec quelques bataillons d'infanterie légère, et des Lètes : les troupes romaines étaient conduites par Arbetio, que la retraite de Sapor rendait disponible, et dont Constance avait déjà apprécié l'habileté exempte de scrupules dans les guerres civiles 4 . Les auxiliaires barbares avaient pour chef Gumo-

1. Ammien Marcellin, XXI, 13. — Sur le chant de guerre appelé barrit, voir t. I, p. 426.

2. a Qua gratia in lœtitiam imperator versus ex me tu. » Ammien Marcellin, XXI, 13.

3. « Cum Lanceariis. » Ibid. Zosime, III, cite aussi ces deux corps, paTTiàptoi xai Xavxiàpiot. Us sont nommés tous deux dans liNotitia Dignitatum. Le mattium ou mattiobarbulum était une sorte de trait ou de flèche; les Mattiarii paraissent avoir été un corps d'archers : voir Végèce, I, 17. Les Lanciarii appartenaient à la milice palatine. Ils y formaient une schola, ou corps spécial, divisé en numeri, compagnies, et composé de fantassins etde cavaliers ; voir Corpus inscr. lat. 9 1. III, 6194; t. VI, 2759, 2789 ; t. XI, 830 ; t. XII, 673 ; Corp. inscr. gTXC., 4004 ; Ephem. epigr. f t. IV, 911; t. V, p. 124; l'inscription d'un « eques ex numéro lanceariorum, » dans Bull, délia comm. arch. com. di Borna, 1889, p. 88.

4. ■ Arbetionem ante alios faustum ad intestina bella sedanda de anteactis jam sciens. » Ammien Marcellin, XXI, 13. Il est probablement fait allusion ici aux intrigues dirigées par Arbetio, en 355, contre le malheureux Silvain; voir Ammien Marcellin, XIV, 11 ; XV, 2. a Ad insidiandum acer et flagrans, » dit Ammien, XIV, 11.

haire, de qui Julien, on s'en souvient, avait refusé les services 4 , et s'était fait par là un ennemi acharné *. En même temps, les garnisons éparses dans la Thrace furent formées en un corps d'armée, et, sous le commandement du comte Marcien,se dirigèrent vers les montagnes 3 .

C'était maintenant au tour de Julien de s'inquiéter. Pendant que de Naisse, sa résidence d'hier 4 , il voyait ainsi les soldats de Constance se masser devant lui en Thrace, sous la conduite de chefs habiles, une nouvelle plus alarmante encore vint tout à coup lui apprendre que, de l'autre côté, sa ligne de retraite menaçait d'être coupée, et que peut-être les populations qu'il croyait avoir soumises allaient se soulever derrière lui. On sait qu'à Sirmium sa fortune eût pu sombrer déjà une première fois, si, par un coup d'audace, aidé d'une chance incroyable, il n'avait surpris et arrêté le commandant militaire de la Pannonie 5 . Déconcertés par la perte de leur chef, les soldats s'étaient joints aux habitants de la ville pour faire leur soumission, et recevoir Julien comme un vainqueur 6 . Mais la fidélité à leurs premiers serments n'avait été ébranlée qu'en apparence. Il y avait parmi eux deux légions et une cohorte de sagittaires dont l'adhésion à un nouveau chef paraissait peu solide 7 . En dépit de la force

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