Tandem. » Ammien Marcellin, XXII
impatiemment attendue par Julien. Celui-ci, cependant, conservait quelque défiance. Il craignait toujours qu'on abusât de sa crédulité. Sa « tristesse » n'était pas encore dissipée *, quand un nouveau signe vint tout à fait le rassurer. Julien avait aussi sa manière d'interroger le sort. Il « sollicitait doucement » non les textes, mais les moindres incidents. Un jour, un soldat, sur lequel il venait de s'appuyer pour monter à cheval, glissa, et s'étendit tout de son long sur le dos. « L'auteur de mon élévation est par terre, » s'écria Julien devant les assistants. Ce dernier présage le remplit de joie : c'était l'annonce assurée de la mort de Constance. C'était aussi la justification d'Aprunculus, qui reçut, pour récompenser son talent d'haruspice, le gouvernement de la Narbonnaise 2 .
Personne, dans l'entourage du prince, ne songeait encore à rire de cette « superstition immodérée » que les païens raisonnables blâmeront plus tard en lui. Son ardeur â faire acte d'idolâtrie, à manifester à tout propos sa croyance aux dieux, sa dépendance de leur volonté, était certainement sincère, mais elle avait de plus, â ce moment, l'avantage de servir sa politique. Elle l'aidait à faire, sans sortir d'IUyrie, la conquête morale de la Grèce. De toute la péninsule hellénique, si
1. a Cuiiique ille timeret ne cupiditati su» congruentia fingerentur, atque ideo mœstos... » Ibid.
2. Ibid. D'après Ammien, cette chute opportune aurait eu lieu le jour même de la mort de Constance. — Saint Grégoire de Nazianze (Oratio IV, 47} se fait l'écho d'un bruit, d'après lequel Julien aurait fait donner à Constance un poison qui devait produire son effet vers cette époque, si bien qu'il pat prédire d'avance la mort de son adversaire, « non par prescience, mais par science, » ^ ffpÔYvuxriv, àXXà -yvâciv. Cette hypothèse, que rien ne prouve, est peu compatible avec le récit d'Ammien.
attachée encore à l'ancien culte, venaient à Julien de» députés. Il en arriva des principales villes de la Macédoine, de l'Attique, du Péloponèse 1 . Les cités de Tlllyrie lui envoyèrent aussi leurs félicitations et leurs doléances 2 . Il mit un grand empressement à prêter l'oreille à toutes les plaintes, à redresser les torts contre lesquels réclamaient les municipalités, à leur alléger les charges publiques 3 , à réparer les murs et les aqueducs, à rétablir les fêtes supprimées 4 . 11 adressa même aux villes les plus influentes des lettres, parfois répétées 5 , dans lesquelles il racontait à sa manière son histoire et plaidait sa propre cause contre Constance. Des lettres écrites dans ce but furent reçues par Athènes, Corinthe et Lacédémone 6 . Une seule 7 a été conservée dans le recueil de ses œuvres 8 : c'est celle qui a « le sénat et le peuple d'Athènes » pour destinataires : long message, auquel nous avons fait déjà de très nombreux emprunts, car il est rempli de détails biographiques. Après un exorde plein de louanges à l'adresse des anciens Athéniens,
1. Marner tin, Gratiarum actio, p. 106, 167; Zosiiue, 111, 10.