‹ Julien l'Apostat (volume 3)Chapitre 60 sur 296 · Voir 1. 1, passim · texte numérisé non relu

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tance avait deux fois livrés à leurs ennemis *. Mais un homme qui n'a pas respecté les tombeaux de ses pères ne devait pas avoir d'égards pour ceux des étrangers. Pour moi, j'ai jugé nécessaire de réduire les nations les plus puissantes, de lever des tributs d'or et d'argent, espérant qu'il consentira à s'accorder avec nous et à reconnaître le présent état de choses. Si cependant il a dessein de continuer la guerre sans rien céder de ses anciennes prétentions, je suis prêt à faire ou à souffrir tout ce qu'il plaira aux dieux. Je me croirais plus déshonoré d'avoir le dessous par insuffisance de courage ou défaut d'intelligence que par la force des armes. Et s'il me faut succomber à la force, je ne serai pas vaincu par lui, mais par la supériorité du nombre. Mais si j'étais demeuré dans les Gaules par amour de la vie ou crainte du danger, il lui eût été facile de me fermer toute issue, en enveloppant mes flancs de Barbares, et en m'opposant en tête la masse de ses troupes : j'aurais pu être réduit à l'extrémité, et subir le pire des affronts aux yeux des sages.

1. ... Tirép te -rfa èpoturoû aamjpCaç xal rcoXv nXéov vnèp TfJ; twv xoivâv etopocfta; xal t% àwàvtwv &v6p<oir&>v i).eu6ep(aç avxou tc toO KeXtûv éÔvovc. Ô 81ç ij$7} toi; noXe(iioiç ègé&axtv. Ép. au sénat et au peuple d'Athènes; Hertlein, p. 369. On remarquera que ce résutné d'un discours de Julien à son armée ne concorde pas avec le texte des deux discours prononcés à Paris et à Bâle, tels que les donne Àm mien Marcel Lin (XX, 5; XXI, 5); voir plus haut, p. 8 et p. 43. L'allusion à «la nation gauloise deux fois livrée aux ennemis » a trait à l'imputation discutée, p. 39, note 1, et à une accusation analogue portée contre Constance par Julien et ses amis à propos des guerres de 357 (voir Ammien Marcellin, XVI, 12; Libanais, Epitaphios Julianiy Reiske, t. I, p. 559; Socrate, III, 1; Sozomène, Y, 1; ces deux derniers dépendant ici de Libanius). Sur l'accusation relative aux faits de 357, voir Hecker, Zvr Geschichte der Kaiser Julio nus, dans Kreusnacher Programm, 1886, p. 29, etKoch, Der Kaiser Jutian der Abtrûnnige, p. 37G-377.

« Telles sont, Athéniens, — conclut Julien, — les réflexions que j'adresse à mes frères d'armes et tous les citoyens de la Grèce. Que les dieux, maîtres de l'univers, m'accordent la protection qu'ils m'ont promise ! qu'ils fassent jouir Athènes de tous les bienfaits qu'il sera en mon pouvoir de répandre sur elle ! qu'ils lui donnent d'avoir toujours des empereurs animés des mêmes pensées et des mêmes affections ! »

Cettre lettre est curieuse à lire en entier, et à cause des détails qu'elle donne, et à cause du caractère agité, nerveux, du plaidoyer qu'elle contient. Si Julien écrivit de ce ton au sénat de Rome, on comprend l'accueil qu'y reçut son message. Les hommes d'État parlaient encore, en Occident, un tout autre langage. Même au sein d'une profonde décadence politique, la gravité romaine avait gardé ses traditions. Le style dans lequel étaient traitées les grandes affaires demeurait concis et majestueux. Que l'on compare à la lettre de Julien aux Athéniens les célèbres « relations » composées vingt ans plus tard par Symmaque. Entre ces ouvrages il y a la différence qui séparera toujours un patricien romain d'un rhéteur grec. Une telle différence n'était pas, ici, une chose de pure forme. Elle touchait au fond des pensées. Julien, décidé à restaurer le paganisme, n'aperçut jamais le point d'appui que l'Occident et en particulier l'aristocratie romaine auraient pu lui offrir. Lâchant la proie pour l'ombre, il se tourna seulement vers le monde grec. Hais le monde grec, dans lequel il s'obstinait à voir une réalité, ne vivait plus que de souvenirs. Athènes, devenue une ville de professeurs et d'étudiants, un centre universitaire, avait perdu toute influence politique. Corinthe montrait à peine

quelque reste effacé de son antique splendeur. Lacédémone n'était qu'une bourgade historique. Saccagée à plusieurs reprises par les invasions, la Grèce paraissait maintenant, à tout observateur impartial, Tune des contrées les plus faibles et les plus dépeuplées de l'Empire. Cependant Julien, négligeant les pays dont la sympathie eût été pour lui une force, ou même ne craignant pas de froisser par son langage leurs représentants les plus autorisés, semble préoccupé avant tout de faire approuver sa conduite par des cités mortes, dont ses yeux de rêveur, éblouis de la glorieuse auréole du passé, refusent de reconnaître le présent misérable. On aperçoit ici une inaptitude à saisir la juste proportion des idées et des faits, un défaut de sens pratique, que la suite des événements mettra de plus en plus en lumière.

Pendant que Julien écrivait des manifestes, Constance avait quitté Édesse, traversé Hiérapolis, et s'était arrêté à Antioche, d'où il se préparait à suivre avec le gros de son armée l'avant-garde envoyée sous la conduite d'Arbetioet de Gumohaire. C'est là qu'il reçut les envoyés du sénat romain, Symmaque le père, Maxime, et quatre autres sénateurs. On ne voit pas clairement quel avait été le motif de leur mission, et si elle avait trait à l'usurpation de Julien, à l'approvisionnement de Rome, ou à quelque autre affaire. Mais une lettre de Libanius au second Symmaque nous apprend que son père attira à Antioche l'attention de tous, au détriment même de ses collègues, éclipsés par son mérite et par ses talents 1 . De Syrie, les sénateurs, ou au moins

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