‹ Julien l'Apostat (volume 3)Chapitre 78 sur 296 · Socrate, Hist. eccl., III · texte numérisé non relu

Socrate, Hist. eccl., III

composée de fonctionnaires civils et militaires, et chargée de juger les suspects. Ce premier usage du pouvoir absolu pouvait passer pour un acte révolutionnaire. Même dans les annales si chargées de l'histoire romaine, on lui trouvera difficilement un précédent. Le tribunal extraordinaire institué par Julien n'avait pas pour mission de punir un complot vrai ou imaginaire contre Tempe* rear régnant. Il devait jeter un regard en arrière sur le règne du précédent empereur, et juger les serviteurs de confiance de celui-ci, moins encore pour les méfaitsd'ordre général que pour les actes qui avaient été de nature à nuire à Julien et qui appelaient ses vengeances. C'était le contraire du mot célèbre : « Le roi de France ne venge pas les injures du duc d'Orléans. » Ici, l'Auguste commence son règne par venger les injures du César»

Le président du tribunal fut Secundus Salluslius r qui venait d'être nommé préfet du prétoire d'Orient *. En lui-même, le choix était bon. Salluste se montrera l'un des plus honnêtes fonctionnaires de Julien. C'était un homme absolument sûr, dit Ammien 2 . On le verra r quoique païen ardent, blâmer les violences exercées contre les chrétiens, et faire sur ce sujet des remontrances & l'empereur 3 . Investi par sa charge d'une compétence ré-

1. Il ne faut pas confondre ce Salluste avec le magistrat du même nom, ami intime de Julien, auquel avait été adressée la pièce intitulée Consolation à Salluste, et qui fut nommé préfet du prétoire des Gaules. Voir plus haut, p. 48, et tome 1, p. 449-452. Cf. Tillemont, Hist. des Empereurs, t. IV, p. 507, 696-697.

2. a Summam quœstionum agitandarum ut fido commisit. » Ammien Marcellin, XXII, 3.

3. Saint Grégoire de Nazianze, Oratio IV, 91; Sozomène, Hist. eccl. r V, 10.

gulière en matière criminelle, il donnait à la nouvelle juridiction une apparence de légalité. Mais soit que ses occupations l'en tinssent souvent éloigné, soit qu'il ait vite répugné à la besogne qu'on attendait des juges, il laissa le plus souvent la direction des débats à un homme d'un tout autre caractère, le maître de la cavalerie Àrbetio.

Celui-ci était un des anciens officiers de Constance. Tout récemment encore, il commandait l'avant-garde envoyée pour s'opposer à l'entrée de Julien en Thrace. De concert avec le chambellan Eusèbe, il avait contribué jadis à attirer le César Gallus dans le piège où l'infortuné devait périr *. C'est lui aussi qui, par ses intrigues, faillit perdre un des meilleurs généraux de ce temps, Ursicin, et contraignit le malheureux Silvain à la révolte 2 . Constance n'eut pas de flatteur plus empressé et plus dangereux qu'Arbetio. Sa nomination à la viceprésidence d'un tribunal où il eût dû paraître plutôt comme accusé que comme juge causa une grande surprise. Elle ne donna point, dit Ammien, une idée avantageuse de l'intelligence politique de Julien 3 . Mais Arbetio était de ces gens qui se retournent avec une promptitude extraordinaire, et passent d'un parti à l'autre sans honte comme sans embarras. Ils s'imposent à la fois par leur audace et par leur souplesse. Un pouvoir nouveau et encore mal affermi les accepte, sentant qu'il peut leur demander tous les services.

Auprès de lui siégeait un autre des anciens officiers de

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