‹ Julien l'Apostat (volume 4)Chapitre 205 sur 298 · Julien, Ep, 42 ; Herllein, p · texte numérisé non relu

Julien, Ep, 42 ; Herllein, p

des nébuleuses dans les trois mondes de Julien, il n*y a pas de commune mesure. Les uns s'éveillent à la vie sous le ciseau d'un Phidias ou d'un Praxitèle : les autres ne pourraient être représentés plastiquement, si ce n'est peut-être par les monstres qui couvrent d'un fourmillement gigantesque les murailles des temples hindous. Ce sont des conceptions radicalement différentes. Ceci ne peut, sans offenser la logique et le bon sens, être ramené à cela. Or Julien prétend rester à la fois le disciple de Jamblique et d'Homère. Il n'y parvient qu'en faisant subir à l'esprit grec les plus étranges violences. Pour le rendre conforme à son système, il est obligé non seulement de « solliciter doucement » les textes des poètes inspirés, mais encore de les déformer jusqu'à les briser.

C'est de la sorte seulement qu'il parvient à donner, dans son néo-hellénisme, la place centrale au Soleil» Pour tout lecteur des poèmes homériques, la divinité principale y est incontestablement Zens. A ce maître de rOlympe, Apollon est subordonné comme tous les autres dieux. Julien s'efforce d*effacer cette impression. Il y emploie les raisonnements les plus subtils. Hésiode a donné au Soleil pour parents Hypérion et Theia. « C'en est assez, dit Julien, pour faire entendre que le Soleil est le fils légitime de l'Être supérieur à tous les êtres. Car que signifie autre chose le nom d'Hypérion? et que veut dire Theia, si ce n'est le plus divin des êtres <? » Par de mêmes arguties est démontrée l'indépendance d'Apollon à l'égard de Jupiter. Un passage de V Iliade, commenté à faux, l'établira, contrairement à tout l'es-

]. Ora^to IV; Hertlein, p. 176.

prit de la poésie homérique. « Jupiter, qui est le maître universel, contraint les autres par la force. Mais quand Apollon déclare qu'à cause de Timpiété des compagnons d'Ulysse il quitte l'Olympe, Jupiter ne lui dit pas : « Je t'entraînerai plutôt avec la terre et les mers ^ » il ne le menace pas de le charger de liens ou de lui faire violence; mais il prie Apollon de continuer à paraître parmi les dieux 2. » Si Homère, dans un vers dont on essaierait vainement de tirer un sens favorable, montre Junon contraignant le Soleil à éteindre ses feux dans la mer 3, Julien refuse, pour cette fois, de le croire inspiré; il prononce à son tour le qtiandoque bonus dormitat Homerus : « Envoyons promener, dit-il, les fictions des poètes ; au divin ils mêlent parfois beaucoup d'humain*. » 11 recueille alors de tous côtés les témoignages en faveur de ses théories, sans songer qu'ils détruisent l'autorité des deux poètes dont il a fait comme les prophètes de l'hellénisme. S'il a entendu dire qu'en Chypre les prêtres consacrent le même autel à Jupiter et à Apollon, il en tire la conséquence que ces dieux non seulement sont égaux, mais encore sont identiques 5. Il triomphe en voyant cette identité proclamée par un vers que les poésies orphiques placent dans la bouche même d'Apollon : « 11 n'y a qu'un Jupiter, qu'un Pluton, qu'un Soleil, c'est Sérapis^. » Mais il ne prend pas garde que ce syncrétisme, pythagoricien et oriental tout ensemble.

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