‹ Julien l'Apostat (volume 4)Chapitre 228 sur 298 · Libanius, Epitaphios Juliani; Reiske, t. I, p · texte numérisé non relu

Libanius, Epitaphios Juliani; Reiske, t. I, p

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le souvenir de rexistence terrestre? On ne saurait l'affirmer, car jamais il n exprime le désir ou Tespoir de retrouver auprès des dieux les grands personnages dont il célèbre la science ou la vertu*, les' poètes et les philosophes de l'antiquité, ou même les amis qu'il a connus sur cette terre. Pas plus dans ses livres que dans le discours prononcé sur son lit de mort, cette pensée, si na-^ turelle cependant au croyant, ne se rencontre. Écrivant au philosophe^ Âmerius, qui venait de perdre une femme tendrement aimée, Julien fait appel, pour le consoler, à toutes les ressources de la rhétorique et à tous les souvenirs de l'histoire : il ne lui dit pas qu'il reverra dans un monde meilleur celle qu'il pleure amèrement ici-bas. Il semble que la foi de Julien en Timmortalité de l'àme soit sujette à des éclipses, ou plutôt qu'elle demeure hésitante sur les conditions de cette immortalité. La pensée païenne se retrouve ici, avec ses incertitudes et ses flottements. Que l'on compare cette lettre de consolation si laborieuse, si froide, si banale, avec les épitres adressées vers le même temps, par saint Basile, à des époux, à des pères ou à des . mères en deuiP : on sentira tout de suite la différence de deux doctrines, — peut-être aussi de deux cœurs.

Une grande erreur, chez certains modernes, est, parce que Julien fut un adversaire du christianisme, de faire de lui un libre penseur à leur manière. Non seulement

1. On ne peut considérer comme ei primant les idées de Julien sur l'autre ▼ie son pamphlet des Césars ^ qui est une pure fantaisie historique et satirique.

2. ... "AvSpa "EXXYjva xainaiSiCav à).T]0^ iip8o6evovTa. Julien, £p. 37;Hertlein, p. 534.

3. Voir saint Basile, Ep. 5, 6, 101, 206, 269, 300. 301, 302. — Cf. Saini BasilCy p. 201.

il y eut rarement pensée moins libre que la sienne, mais encore peu d*hommes furent moins que Julien, ce qu'on appelle un libéral. Tout au contraire, il juge qu'il n'y a pas de châtiments assez sévères pour les écarts de la pensée et pour les attaques dirigées contre les choses religieuses. Il cite, en le faisant sien, un mot de Jamblique, « disant qu'à tous ceux qui mettent en question l'assistance des dieux il ne faut pas répondre comme à des hommes, mais les poursuivre comme des animaux féroces ^ » A propos d'(£nomaûs, qui avait écrit un livre contre les oracles : « Est-ce que l'auteur d'une telle action ne mériterait pas d'être jeté dans un gouffre? est-ce que les gens qui approuvent ces doctrines ne devraient pas, je ne dis pas être chassés à coups de thyrse, la peine serait trop légère, mais être écrasés sous des pierres^? » Aussi interdit-il à ceux sur qui il a juridiction spirituelle, aux prêtres de son clergé païen, toute lecture capable d'ébranler leurs croyances ^ : et il se réjouit à la pensée que beaucoup des ouvrages d'Épicure et de Zenon aient péri . « C'est un bienfait des dieux que la perte de leurs livres^. » Il regrette que le même sort n'ait pas atteint les écrits composés par les chrétiens, ou, selon son expression habituelle, par les impies Galiléens : « Je voudrais, écrit-il, les faire tous disparaître^. » Dans une pensée plus louable, il déplore qu'il soit hors de son pouvoir de purger le théâtre de toute obscénité. « J'aurais tout fait, dit-il, pour y réussir. »

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