Eusèbe, De vita Const., III
L£ RAPPEL DBS EXILÉS. 293
gouverneurs des provinces délivraient à tous les évèques qui leur en faisaient la demande les diplômes donnant droit d'emprunter les voitures de poste. « L'usage continuel des chevaux de ce service par la foule des prélats qui, dans la pensée de faire triompher chacun son opinion, couraient de synode en synode avait, dit Âmmien, énervé les transports publics ^ . » Même les é vêques favorisés par Constance le reconnaissaient : on lit dans une lettre de quelques-uns d*entre eux, écrite en 344-, après le concile de Sardique, que les peuples se plaignent de voir, par les fréquents voyages des prélats appelés à des réunions de ce genre, le « cursus publicus brisé et comme anéanti^. » C'est ce que répète Julien, dans le préambule d'une loi adressée, le 22 février 362, au préfet du prétoire Mamertin. « Le service du cursus pu* blicuSy écrit l'empereur, a été désorganisé par les exigences indiscrètes de quelques-uns et la fréquence des transports accordés 3. » Il n'est pas douteux que les « quelques-uns » dont Julien parle avec ce dédain ne soient les ecclésiastiques favorisés sous les règnes de ses deux prédécesseurs. Julien retire, par la loi nouvelle, aux divers magistrats administratifs qui Favaient eu jusque-là le droit d'accorder Vevectio, c'est-à-dire Tusage des voitures, des hôtels et des relais, et se réserve ce
1. « ... Gâterais antistitum jumentis publicis ultro citroque discurrentibns per synodos, quas appellent, dura ritam omnem ad suum trahere conantur arbitrium, rei vehicalariœ soccideret nervos. » Ammien Marcellin, XXI, 16.
2. « ... Carsusque publicus attritus ad nihilum deducitnr. » Saint Hilaire, Fragm. ÏII, 25.
3. a ... Cursum publicum fatigayit quorumdam immoderata prœsumptio et exactionuro frequentia. » Code Théod., VIII, ▼,12. — Cf. Libanius, Epitaphios JuHani; Reiske, t. I, p. 569.
droit à lui-même : il domiera seulement chaque année aux vicaires et aux gouverneurs les diplômes nécessaires à eux et à leurs agents, signés de sa main. Très probablement les abus auxquels Julien veut remédier * furent réels, au moins sous le règne de Constance : le témoignage ordinairement impartial d'Ammien Marcellin, le témoignage des évèques sur eux-mêmes, confirment ici le dire de Julien. Mais il est curieux de voir celui-ci offrir à Thérésiarque Aétius, et aussi aux philosophes qu'il mandait à sa cour ^, les voitures qu'il refuse aux évéques pour les réserver désormais aux seuls services de FÉtat. Cependant les prélats exilés profitaient partout de la permission qui leur avait été donnée de rentrer dans leurs villes. On vit ainsi Hélèce revenir à Antioche, Basile à Ancyre, Eustalhe à Sébaste, Silvain à Tarse, Eieusius à Cyzique, saint Cyrille remonter sur le siège épiscopal de Jérusalem ^. Pour plusieurs de ces bannis le retour dut être triste. Ils trouvaient leurs Églises désorganisées, non seulement par un long abandon ou par des discordes intestines, mais encore par TefTet de récentes mesures de Julien. Les villes venaient de reprendre possession de terrains non vendus que le fisc s'était jadis appropriés; ce qui comprenait aussi divers
1. A ea croire Libanias, il y remédia si bien, que l'on tomba dans l'excès contraire. « On vit, chose incroyable ! les muletiers obligés d'exercer les mules, les cavaliers de faire trotter les chevaux, parce que mules et chevaux, qui avaient souffert autrefois de l'excès de fatigue, succombaient maintenant à l'abus de l'oisiveté. » Epitaphios /ultant ;Reiske, 1. 1, p. 570. Il est probable que nous nous trouvons ici en présence d'un autre « abus, • celui de la rhétorique.
2. Julien, Ep, 31; Hertlein, p. 522. — Quand il manda Maxime et Chrysanthe, il poussa les prévenances jusqu'à leur envoyer une escorte. Eunape, Vitœ soph,, Maximus, p. 476.