‹ Julien l'Apostat (volume 4)Chapitre 249 sur 298 · Saint Grégoire de Nazianze, Oratio XXI · texte numérisé non relu

Saint Grégoire de Nazianze, Oratio XXI

disait que le retour dans leurs foyers avait été permis aux prélats exilés, mais non la reprise des fonctions épiscopales. 11 ne semble pas, cependant, que le gouvernement ait, ailleurs qu'à Alexandrie, inquiété de ce chef les évèques amnistiés qui avaient, après leur retour, recommencé de gouverner leurs Églises. Un empereur païen eût difficilement justifié cette prétention de s'immiscer dans les affaires intérieures des communautés chrétiennes. D'ailleurs, elle aurait été en contradiction avec les assurances de libéralisme religieux données aux chefs des diverses sectes convoqués dans le palais de Constantinople. Hais, si arbitraire qu'elle nous semble, l'interprétation subtile et tardive ainsi donnée de la loi de rappel laissait peser une menace sur tous les évèques rentrés, et permettait d'atteindre tout de suite ceux que l'on voudrait éloigner de nouveau. C'est ce que Julien tenta de faire, pour Athanase, par l'édit dont voici le texte :

« Il convenait qu'un homme frappé souvent par les ordonnances royales, et atteint par les sentences de plusieurs empereurs, attendit un édit pour rentrer dans ses foyers, au lieu de pousser l'audace et la folie jusqu'à se moquer des lois comme si elles n'existaient pas. Nous avions récemment permis aux Galiléens exilés par le bienheureux Constance, non le retour dans leurs églises, mais seulement le retour dans leurs foyers. J'apprends cependant que l'audacieux Athanase, emporté par sa fougue accoutumée, a repris ce qu'ils appellent le trône épiscopal ^, et que cela n'est pas médiocrement insupportable au peuple religieux d'Alexandrie. C'est pourquoi

nous lui signifions de sortir de la ville dès le jour où il aura reçu les lettres de notre clémence : s'il reste à Tintérieur de la ville, nous prononcerons contre lui des peines plus fortes et plus rigoureuses ^ »

Si dur et si menaçant que fût cet édit, Athanase avait, dans sa longue carrière, supporté sans faiblir de bien autres orages. Avec une audace tranquille, il résolut de ne pas tenir compte du nouvel ordre d'exil, et de demeurer à Alexandrie jusqu'à ce qu'on l'en arrachât par la force. Use sentait soutenu par l'amour des Alexandrins^ et jugeait avec raison que le gouvernement hésiterait avant d'engager un conflit avec l'irritable population de la métropole égyptienne. Pendant plusieurs mois, quoique banni nominalement, il continua de remplir sans trouble apparent ses fonctions épiscopales.

Comme toujours, sa volonté resta tendue vers le but unique de sa vie : arracher le monde chrétien à l'arianisme, restaurer la foi proclamée à Nicée. Profitant du retour de nombreux évoques, maintenant réinstallés dans leurs Églises, il convoqua un concile à Alexandrie. Deux illustres confesseurs de la foi y furent spécialement invités. C'étaient les évèques occidentaux Eusèbe de Verceil et Lucifer de Cagliari, exilés l'un et l'autre par Constance dans les lointains déserts de la Haute Thébalde. Alexandrie était l'une des étapes naturelles de leur re-

1. Julien, Ep, 26; Ilertiein, p. 514. La lettre porte pour titre : ÉUit aux Alexandrins, 'AXt|av6peu<rt didcToriMt. Rades {Geschichte der Meaeiion Kaiser Julians gegen die christliche Kirehe, p. 80) la croit contemporaine de la lettre 6, qui est da mois d'octobre. Schwarz (De vita et scriptis, p. 38), avec plus de raison, la place peu de temps après le retour d' Athanase, vers la fin de mars. F. Cumont {Sur l'authenticité de quelques lettres de Julien, p. 20) la croit dictée par l'empereur même, et non rédigée, comme d'autres édits, par des secrétaires.

tour en Europe, et leur présence devait apporter un surcroit d'autorité aux délibérations du concile. Hais Eusèbe accepta seul l'invitation d'Athanase : Lucifer préféra partir pour Ântioche, dans l'espoir de faire cesser le schisme qui divisait cette Église depuis l'élection de Hélèce. Malheureusement son intervention ne put qu'aggraver le désordre. A Alexandrie, au contraire, non seulement la vraie doctrine fut de nouveau proclamée, mais d'utiles décisions, empreintes d'un grand esprit de charité, furent prises afin de réconcilier les évèques et les prêtres ariens qui abjureraient leurs erreurs.

Les résultats obtenus par le zèle d'Athanase accrurent l'irritation de Julien. Non seulement la présence de l'intrépide champion du Verbe servait à la cause de l'orthodoxie, mais encore elle donnait dans Alexandrie une vigueur nouvelle au mouvement qui entraînait les païens vers le christianisme. Des convertis, parmi lesquels plusieurs femmes de haut rang, avaient reçu le baptême des mains de Tévèque : « chaque jour les vides faits par la défection de chrétiens peureux se comblaient par l'accession de nouvelles recrues conquises sur ridolfttrie'. » Ce n'était plus seulement l'arianisme, c'était l'hellénisme qui rencontrait dans l'indomptable volonté d'Athanase l'obstacle contre lequel se brisait son flot. Julien fut d'autant plus irrité, que ces nouvelles lui parvenaient par des voies indirectes, tandis que les administrateurs officiels de l'Egypte semblaient s*être entendus pour ne nommer Athanase dans aucun de leurs rapports. Sa patience était

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