‹ Julien l'Apostat (volume 4)Chapitre 248 sur 298 · Libanius, Epitaphios Juliani; Toir noire 1. 1, p · texte numérisé non relu

Libanius, Epitaphios Juliani; Toir noire 1. 1, p

ressortir ce qu'elle a d'inique et d' « amer^ » Il ne lui échappe point que ces mesures étaient particulièrement dirigées contre les chrétiens, car c'est après avoir raconté, dans un sentiment de blâme, une autre décision de l'empereur à leur égard, que l'équitable historien ajoute : « Cela aussi était difficile à supporter, de le voir adjoindre contre toute justice à la liste des curiales soit des étrangers, soit des hommes que leurs privilèges ou leurs origines en eussent dû tenir éloignés^. » D*autres mesures de l'empereur achevèrent de rendre difficile la situation de certains évèques, retrouvant leurs sièges après un bannissement plus ou moins long. On rapporte que Julien, à ce moment, rappela expressément à Antioche, pour y reprendre les fonctions épiscopales, et par conséquent y tenir tête & saint Hélèce, nouvellement rentré, un personnage décrié, nommé Etienne, que les ariens eux-mêmes avaient été contraints de déposer treize ans auparavant^. Surtout il manifesta toute sa mauvaise humeur quand saint Athanase remonta dans la chaire d'Alexandrie.

Le 4 février 362, Tédit ordonnant la réouverture des temples avait été publié dans la métropole égyptienne, à la grande joie des païens ^ : quatre jours plus tard,

1. « lllud amaruin et notabile fait. » Ammico Marcellin, XXII, 9.

2. a Illud quoque itidem parain ferendom, quod municipalium ordiaara cœtibus paliebantar injuste qaosdam adaecti, vel peregrinos, Tel ab lis consortiis privilegio aut origine longe discrelos. » Ammien Marcellin, XXV. 4.

3. Saint Jean Cbrysostome, In S. Babylam contra Julianum et Gentiles,

4. « Proximo autem die methyr X die mensis post cons. Tauri et Fiorenti, Juliani imper, prœceptum propositum est quod jubebatur reddi idolis et neocboris et publicœ ration! qusB prseteritis temporibuft illis ablata sunt. b Historia acephala, 9. — A cette môme date le consulat

l'allégresse était parmi les catholiques, apprenant que l'ordre de rappeler les évèques qui vivaient en exil venait d'arriver au préfet Gerontius et au vicaire Hodestus ^ Nombreux étaient en Egypte les bannis que cet ordre concernait. En 356, lors de la prise de possession du siège d'Alexandrie par Fintrus Georges de Cappadoce, seize évéques partisans d'Athanase avaient été condamnés à l'exil, et trente autres avaient pris la fuite ^. Quant au grand champion de Torthodoxie, contre qui toute cette persécution était dirigée, il vivait depuis six ans dans les solitudes inaccessibles de la Haute Egypte, passant de monastère en monastère, sous la protection des milliers de moines qui campaient au désert comme l'armée de la prière et de la pénitence. Hais, demeuré en communication constante avec ses fidèles d'Alexandrie, il était informé à temps de tous les événements qui intéressaient l'Église. Sans peut-être que le secret de sa retraite eût été dévoilé, il fut averti comme les autres de l'ordre de rappel ^. Douze jours après avoir reçu cet avertissement, le 21 février, il arrivait à Alexandrie ^.

de Mamertin el Neyitta n'était probableraeat pas connu à Alexandrie, puisque le document auquel se réfère ici ÏHistoria acephala nomme le postconsulat de Taurus et Florentins.

1. « Po&t dies autem lU methyr Xllll datum est prœceptum Gerontio prf. ejusdem Juliani imp. nec non etiam vicarii Modesti prœcipieos épis* copos omnes functionibus anlebac circumventos et exiliatos reverti ad suas ci?ilates et provincias. Eœ autem litterœ sequenli die methyr XV propositoB snnt. » Ibid., 10.

2. Saint Athanase, ApoL ad ConsLy 32;Hist. arian, admonach., 70-72.

3. « Postmodum autem et prf. Gerontii edictum propositum est per quod Yocabatur episcopos Atbanasius ad suam reyerti ecclesiam. o Hist, aceph.y 10.

4. « Et post dies XII hujus edicti propositionis Atbanasius tIsus est apud Alexandriam ingressusque est ecclesiam eodem m. methyr die XXVII. » Ibid.

Sa rentrée fut un triomphe. Les habitants, rangés par sexe, par &ges, ou enrôlés sous les bannières des corporations, vinrent à sa rencontre. On était accouru pour le voir de tous les points de TÉgypte : la vénération du peuple était si grande, que, sur son passage, on essayait d'être touché de son ombre, dans la persuasion qu'elle guérissait comme celle de saint Pierre^ Lui, cependant, s'avançait, monté sur un &ne, à Texemple du Sauveur entrant dans Jérusalem. Dès qu'il passait dans une rue, les applaudissements éclataient, on versait ou Ton faisait brûler des parfums. Le soir, toute la ville fut illuminée : il y eut des festins dans les maisons, des repas de corps sur les places ^.

Avec la modération d'une &me supérieure à toutes les fortunes, et que les succès n'exaltaient pas plus que les revers ou les périls ne l'avaient abattue, Athanase reprit tranquillement l'administration de son Église, sans aucun acte qui pût soit irriter les païens, soit inquiéter un gouvernement ombrageux. Mais il ne pouvait empêcher celui-ci d'être jaloux de l'immense popularité dont les manifestations avaient accueilli dans Alexandrie le retour de l'évêque légitime. Julien crut pouvoir, après coup, exclure Athanase de l'amnistie. Il s'appuya, pour le faire, sur deux prétextes. L'un était que le cas d'Athanase, successivement banni par plusieurs sentences, et qui s'était soustrait par la fuite aux peines prononcées contre lui, se distinguait de celui des autres évèques : il eût fallu, pour effacer les condamnations qui pesaient sur lui, un édit spécial. L'autre, d'une portée plus générale,

Page 1