‹ Julien l'Apostat (volume 4)Chapitre 264 sur 298 · Saint Grégoire de Nazianze, Oratio IV · texte numérisé non relu

Saint Grégoire de Nazianze, Oratio IV

virent avec souffrance ces changements progressifs, aboutissant à la profanation des étendards. Hais, pour ceux mêmes d'entre eux dont la foi était la plus dé* licate, il n'y avait là aucune raison de quitter le service. Aux siècles précédents, officiers et soldats avaient, sans distinction de croyances, combattu sous des drapeaux ainsi décorés. Tant qu'on ne leur demanda aucun acte positif d'idolâtrie, les militaires chrétiens demeurèrent sans répugnance, à toute époque, dans les troupes romaines. Pour les en faire sortir, il avait fallu, soit les mesures d'intolérance qui amenèrent en divers temps le martyre de plusieurs d'entre eux, soit une épuration de l'armée comme celle qu'entreprirent, à la fin du troisième siècle. Galère et Dioclétien ^ C'est ce dernier exemple que suivit Julien. Comme ces deux persécuteurs, il déclara, par une loi, Tincompatibilité de la profession militaire et du christianisme. On ne put garder son grade ou sa situation dans l'armée qu'à la condition d'avoir pris part à un sacrifice et abjuré de fait la qualité de chrétien ^.

Ici encore, les chutes furent nombreuses ^. Parmi les militaires chrétiens, il y en avedt beaucoup qui ne l'étaient guère que de nom. Ceux-ci professaient, avant tout, la religion du souverain. Sous Constantin et Constance, ils avaient jugé commode ou avantageux de croire ce que croyaient ces empereurs : ils n'éprouvèrent pas une grande répugnance à suivre la consigne nouvelle

1. Voir la Persécution de Dioclétien, 2* éd., p. Itl et suiv.

2. ...*IovXtocv6c aTpcotv xoXç OTpaTcuo|jivotc' yô\uù npoOTÎOei, ii airofftpa- TEveaeai. Socrale, III, 22. Cf. Théodoret, III, 4.

3. Saint Epbrem, Hymne lU contre Julien; Zeitschrifl fUr katholische Théologie, 187S, p. 349.

JULIEN l'apostat. — II. 21

que leur proposait Julien. De ceux-là, soit par lui-même, soit par les magistrats qui se firent les interprètes de ses désirs^, Julien eut facilement raison. « Attachés aux honneurs, simples d'esprit, n'ayant d'autre loi que la volonté du prince ^, esclaves, aujourd'hui comme hier, du temps et des circonstances^, » ils se laissèrent aisément persuader, et, selon le motdelibanius, « coururent aux autels, se disputant à qui offrirait Tencens^. » Il faut dire, pour être complet, que nul appât ne fut négligé. Julien ne craignit pas d'acheter ces consciences grossières. Ce n'est pas un adversaire comme Grégoire de Nazianze qui l'affirme, c'est libanius, avec la pensée d'en faire gloire à son prince. « Julien, dit-il, pensait que ni le nombre des soldats, ni la force des glaives, ni la solidité des boucliers ne valent, tant que les dieux ne combattent pas avec l'armée ; aussi, là où ne suffirent point les paroles, il employa l'or et l'argent comme moyens de persuasion^. »

Sur plus d'un, cependant, ces amorces honteuses restèrent sans efiPet. il y en eut, dit un contemporain, qui repoussèrent les efforts de Julien, et se montrèrent « aussi inébranlables qu'un ferme rempart vainement battu par une frêle machine de guerre ^. » Ces fidèles chrétiens ne se trouvèrent pas seulement dans les rangs « des petits, de ceux qui font nombre, et dont on ne sait pas le

1. T6 i&àv 5i iauToû, tô 6è 5ià tûv êv T^ei. Saint Grégoire de NaziaDze, Oratio IV, 64.

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