Socrate, III
veurs achetées lâchement, sans que Ton puisse dire qui l'emporta en nombre, ceux qui se tinrent debout ou ceux qui succombèrent. Ce que Ton sait, c'est que Topinion publique jugea sévèrement ces derniers. Un contemporain, Asterius d'Amasée, le dit en termes énergiques. Il montre les renégats « portant un stigmate au front, et errant dans les villes comme des objets d'horreur. On les désignait du doigt, comme des traîtres qui avaient renié le Christ pour un peu d'argent. Le nom de prévaricateur s'imposait sur eux, comme des chevaux sont marqués au fer rouge * . »
On connaît avec plus de détails Teffet de l'ordonnance de Julien sur l'armée, et l'accueil qu'elle reçut tant des officiers que des soldats chrétiens.
Des militaires de tout ordre Julien devait croire qu'il aurait facilement raison. Il était l'élu des soldats. L'armée avait été associée à tout ce qu'il y avait de pur dans sa gloire et dans ses services. Une partie de l'armée lui tenait par un autre lien, celui de la complicité dans la révolution militaire à laquelle il devait le souverain pouvoir. Ces sentiments, communs au chef et à ses troupes, fortifiés encore par la discipline, semblaient promettre un succès rapide à toute tentative de l'empereur pour « paganiser » les soldats. Déjà, semble-t-il, l'œuvre était plus qu'à moitié faite, au moment où Julien s'établit à Constantinople et commença la restauration officielle de l'hellénisme.
Depuis le prontinciamento de Paris, au printemps
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de 360, jusqu'à Tentrée des troupes à Gonstantinople, en décembre 361 , Julien avait, par degrés, s'enhardissant à mesure que se dessinait la victoire, introduit dans l'armée le culte des dieux. Tout d'abord, il avait usé déménagements, et procédé avec une extrême prudence. Dans les harangues qu'il adresse à ses soldats, il n'emploie que ce style neutre, familier à la fois aux chrétiens et aux païens, dans lequel chacun reconnaît aisément ses propres opinions. Au* moment de quitter la Gaule pour se lancer dans son aventureuse entreprise contre Constance, il sacrifie en secret à Bellone, mais devant ses troupes il parle de Dieu, et non des dieux ^ Il est encore, dit Ammien, « incertain de la foi des soldats 2. » Il semble même les croire en majorité chrétiens, et avoir peur d'une manifestation de leurs sentiments ^. C'est longtemps après son départ de Gaule, pendant son séjour en lUyrie, dans l'automne de 361, qu'il sacrifie publiquement en présence de l'armée, et se conduit devant elle en prince païen *. Cependant le labarum de Constantin flotte encore en tète des légions, le chrisme orne comme autrefois la hampe et le voile de leurs enseignes. Seulement après la mort de Constance et l'entrée àConstantinople, quand il a été reconnu par tous, et est devenu souverain incontesté, Julien supprime le labarum, et remplace par des emblèmes païens les croix qui brillaient sur les drapeaux ^.
Sans doute les chrétiens, nombreux dans l'armée.