‹ Julien l'Apostat (volume 4)Chapitre 282 sur 298 · Suétone, De Claris rhetoribut · texte numérisé non relu

Suétone, De Claris rhetoribut

subit Toutrage qui amena la chute des décemvirs. Les villes de province possédaient aussi leurs écoles : nous savons par Horace, par Martial, par Prudence, comme par une peinture de Pompéi, que le magister avait quelquefois la main assez dure. Quant aux grammairiens, ou professeurs de renseignement secondaire, on a sur eux, grAce à Suétone et à Quintilien, d'assez nombreux détails : on sait même combien les plus en vogue pouvaient gagner par an, et Ton voit que pour certains d'entre eux renseignement des lettres était, au temps de TËmpire romain, un métier fort lucratif. Nous sommes assez bien renseignés aussi sur le programme des études, et nous pouvons, sans un trop grand effort dïmagination, nous donner le plaisir de suivre en classe les élèves ^ Ajoutons que Tinternat était alors chose inconnue, et que c'étaient des externes qui partaient le matin de la maison paternelle pour aller s*asseoir dans la salle où professait le grammairien.

Quant à la rhétorique^, le complément ou, mieux encore, le couronnement de l'éducation romaine, elle était devenue l'étude nécessaire des jeunes gens qui se destinaient aux luttes de la vie publique ou à celles du barreau. Le grammairien les avait initiés à toute la culture classique : connaissance approfondie des deux langues que parlaient alors les nations civilisées, imitation des grands modèles littéraires, lecture des historiens et des poètes, et leur avait appris à développer leurs idées par

1. Voy. Emile Jallien, les Professeurs de littérature dans V ancienne Rome. Cf. mes Études dhistoire et d'archéologie, p. 91 et suiv.

2. Bar renseignement de la rhétorique, Toir le chapitre intitulé : £iniger ilber Rhetoren und Rhetorenschulen, dans Sie?ers, D<is Leben des Libanius, p. 16-42.

des compositions écrites. Si Ton ajoute que le grammairien leur avait enseigné en même temps la musique et la géométrie, on conviendra que, malgré les lacunes que ce programme laisse apercevoir à des yeux modernes, il méritait, comme celui de notre baccalauréat, la qualification d* « encyclopédique » que lui donne Quintilien. La tête ainsi bourrée de connaissances, les étudiants passaient au cours du rhéteur. Celui-ci leur apprenait & mettre toute cette science en pratique, à parler leur pensée, à soutenir des thèses, à débattre des causes imaginaires. Par Suétone, qui a fait la biographie de quelques rhéteurs célèbres; par Quintilien, qui nous a laissé la théorie de leur enseignement; par Sénèque, qui a recueilli des modèles des déclamations auxquelles s'exerçaient leurs élèves, nous connaissons assez bien ces « parloltes » où, sous Foeil et avec les avis d'un maître expérimenté, les jeunes Romains de bonne famille apprenaient à manier « Tarme de l'éloquence ^, » et d^où ils sortaient préparés à tous les combats de la parole publique, capables de haranguer une assemblée populaire, de plaider un procès, d'opiner dans un tribunal, de discuter dans un sénat. Pour tout dire, il convient d^ajouter que beaucoup d'eux, rompus à toutes les souplesses de l'éloquence, emportaient de cet enseignement supérieur l'art de soutenir avec un égal talent, mais aussi avec une égale indifférence, le pour et le contre, et de mettre leur scepticisme au service de leur ambition.

L'État romain ne parut prendre un intérêt direct au haut enseignement qu'à l'heure où, les grandes luttes

t. Apulée, Florides, 20.

politiques ayant cessé, la parole publique, jadis arme de guerre, ne fut plus qu^un ornement, à peine une épée de parade. C'est sous les premiers Flaviens, puis sous les Antonins, que Ton commence à voir des professeurs dotés aux frais du trésor public. « Vespasien, le premier, accorda aux rbéteurs, sur les fonds de TÉtat, un salaire annuel de 100.000 sesterces (25.000 francs) ^. » Hadrien, Antonin, MarcAurèle établirent aussi des cbaires de rhétorique et de philosophie dans les provinces. A leur exemple, les villes fondèrent et dotèrent des chaires de toute sorte, grammaire, droit, médecine. Les empereurs aidèrent ce mouvement, en accordant aux professeurs l'exemption de toute charge publique, impôls, tutelle, service militaire, logement des soldats. Alors s'établirent, sans contrôle de l'État, mais favorisés par lui, ces groupements de maîtres de toute sorte qui, en beaucoup de cités, formaient Tcquivalent d'une ou de plusieurs de nos Facultés, en quelques autres ressemblaient déjà aux grandes Universités de notre temps, ou mieux encore à celles du moyen Age. Les détails que Libanius et saint Grégoire de Nazianze donnent sur TAthènes du quatrième siècle, avec ses étudiants divisés par nations, leurs habi> tudes turbulentes, leurs fêtes, leurs plaisanteries, leur goût de l'argumentation et de la dispute, les rivalités des professeurs, les coutumes et les nuEurs des élèves, font songer au Paris universitaire de Robert Sorbon ou de saint Louis, à la Montagne Sainte-Geneviève du treizième siècle encore plus qu'au moderne Quartier Latin. Si nous avons moins de détails sur les autres Universités de l'Empire romain, sur Antioche ou Alexandrie, sur

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