Pigrios motœ. » Ibid
cette ville au lieu de la traverser, fermèrent ses portes, armèrent ses tours, protestèrent de leur fidélité à Constance. Cette révolte militaire contre Tautorité usurpée de Julien ne se présentait pas seule : elle s'appuyait sur une révolte populaire. Le peuple d'Âquilée fit cause commune avec les soldats; car, dit Ammien, « il aimait encore Constance ^ » Ce fait était d'une extrême gravité. L'étincelle partie d'Aquilée pouvait embraser toute ritalie. Il eût suffi d'un moment pour révéler aux populations surprises le peu de solidité des conquêtes improvisées par Julien ou ses lieutenants, rendre courage aux partisans de Constance, plus nombreux qu'on n'aurait cru, boucher à Julien toute voie de retour, renfermer en Pannonie, entre l'Italie soulevée derrière la barrière des Alpes Juliennes et la Thrace en armes devant celle du Rhodope et de l'Hémus. Julien sentit le péril ^. Il comprit la nécessité de reprendre tout de suite, et coûte que coûte, Aquilée. Mais il n'avait pas de troupes sous la main. Seul jusqu'ici, le corps de Nevitta avait rejoint. Celui de Jovius et de Jovinus était encore •en route, la cavalerie en avant, Tinfanterie demeurée
1. « Jovante indigena plèbe tumuUus horrorem, cui Conslanlii nomeoerat tom eUam amicum. » Ibid,
2. «...Hocqne faciaore ita audaci, ad favendum Constanlini partibus ut «DpersUtis, Italîcos incolas excitabat. » Ibid, — « Formidabat enim (Ja- Ijanus) ne clausorum militum apad Aqaileiam repentino adsultu obseratis angttstiia Alpium Jaliarum provincias et adminicula perderet. » Ibid., 12. Saint Grégoire de Nazianze montre aussi Julien, à ce moment, presque •enfermé entre l'armée de Constance, qui marchait vers lui, et les légions d' Aquilée qui lui fermaient le retour : 'Eti irpoicAv xal &Y^oo<j(jievo;, ùa .cvdfiiCsv, Oicô ToO YCVvaioTdiTou ^aiX^oi; orpatiS 7cepiXa(i.6âveTai irpoOnoTe^Lvovoig xal t9jv çu-f^v, ùiç 6f}Xov yix^^ '% '^Âiiv Caxt^w, Oralio IV, 48. Seul Libanius affirme qu'à aucun moment la victoire de Julien ne fut douteuse (Ad Julianum consulem; Reiske, t. I, p. 45).
JULIEN l'apostat. — II. 5
en arrière. Julien apprit que la cavalerie de Jovinus^ après avoir franchi les Alpes Juliennes» venait enfin d'entrer en Norique. Aussitôt il commanda à ce général de rebrousser chemin avec ses escadrons, et de se replier sur Aquilée, avec ordre de retenir au passage sous les murs de cette ville l'infanterie de Jovius, soldats de la garde impériale et légionnaires, qui y passerait nécessairement ^ . Dans le courant de novembre commença ainsi, pour le compte de Julien, le siège de la redoutable place d'Aquilée, qui se glorifiait d'avoir été plusieurs fois attaquée sans qu'on ait pu jamais ni la prendre d'assaut, ni la contraindre à capituler^.
A ce moment critique de sa fortune, Julien retrouva toute sa puissance de dissimulation. Malgré les anxiétés qui le torturaient, il se posa à Naïsse en souverain incontesté. Il distribuait les faveurs, nommait aux fonctions, comme si l'Empire eût appartenu à lui seul. On le voit accorder des grâces aux sujets de Rome résidant sur les bords de l'Adriatique, sur les plages de la mer Tyrrhénienne ou du Pont-Euxin : il concède aux Dalmates une dimunition dans le nombre des chevaux qu'ils devaient fournir aux armées : il allège les impôts qui frappaient l'Épire ^. En même temps il cherche à s'atta-
1. « Jorinum magistram eqaitum venleatem per Alpes, Noricosque ingressum, ad id quod exanerat quoquo modo corrigendam redire citius iinperavit. Et ne qaiddeesset, milites omnesqui comitatnm sequebanturaut signa retinere jussit per idem oppidum tranaeuntes, pro viribus laturos auxiliam. » Ammien Marcellin, XXI, 12.
2. a Hanc ciYilatem circumsesMm quidem aliquoties, numquam tamen excisam aut deditam. » Ibid,, 12.
3. Mamertin, Gratiarum acUo, p. 166. Mamertin semble dire que Julien conféra ces bienfaits pendant qu'il naviguait sur le Danube, d Islrum adhuc naTigans. » Gela est invraisemblable, quand on se rappelle ce que disent Ammien MarccUiu et Grégoire de Nazianze de la rapi-
cher les hommes distingués que le hasard a mis sur son passage. Il avait rencontré à Sirmium rhîstorien Aurelius Victor ^ : il le mande à Naisse, le fait consulaire de la Seconde Pannonie, et ordonne de lui élever une statue d'airain ^. Cela était habile, et de nature à donner le change à Topinion publique. Mais bientôt Julien gâta cette altitude à la fois hardie et politique par de nouvelles intempérances de langage, que sa situation encore si peu assurée rend inexplicables. Il se préoccupait, avec raison, de gagner l'adhésion des Italiens, pour lesquels il redoutait l'exemple d'Aquilée. Dans ce but, il adressa un message au sénat. C'est ici que le sangfroid l'abandonna encore une fois. Ce que Julien envoie à la haute assemblée n'est pas un écrit purement politique, contenant un essai de justification de son entreprise et une démonstration de la légitimité des droits que lui ont conférés à Paris les soldats révoltés. On a vu, par un exemple récent, combien il lui était maintenant difficile de se contenir en écrivant, et comment, dès qu'il avait la plume à la main, il se laissait entraîner aux pires personnalités. Le message adressé au sénat romain fut connue une seconde édition de la lettre confiée naguère au questeur Léonas^. Julien en fit une invective violente, pleine d'outrages et de calomnies contre Constance^. Rien ne pouvait être plus antipathique aux illustres représentants de l'aristocratie romaine. À ces
dite et presque de la clandestinité de cette navigation ; voir plus liaut, p. 53.
1. Le De Cxsaritnu parait avoir été écrit en 360 ou 861; voir Sierers, Dos Leben des Libanius, p. 85, note 2.