‹ Julien l'Apostat (volume 4)Chapitre 79 sur 298 · Socrate, Hist, eccl.j UI · texte numérisé non relu

Socrate, Hist, eccl.j UI

composée de fonctionnaires civils et militaires, et char* gée de juger les suspects. Ce premier usage du pouvoir absolu pouvait passer pour un acte révolutionnaire. Même dans les annales si chargées de Thistoire romaine, on lui trouvera difficilement un précédent. Le tribunal extraordinaire institué par Julien n'avait pas pour mission de punir un complot vrai ou imaginaire contre Tempe* reur régnant. Il devait jeter un regard en arrière sur le règne du précédent empereur, et juger les serviteurs de confiance de celui-ci, moins encore pour les méfaits, d'ordre général que pour les actes qui avaient été de nature à nuire à Julien et qui appelaient ses vengeances. C'était le contraire du mot célèbre : « Le roi de France ne venge pas les injures du duc d'Orléans. » Ici, Tâuguste commence son règne par venger les injures du César^

Le président du tribunal fut Secundus Sallustius^ qui venait d'être nommé préfet du prétoire d'Orient ^ En lui-même, le choix était bon. Salluste se montrera l'un des plus honnêtes fonctionnaires de Julien. C'était un homme absolument sûr, dit Ammien ^, On le verra, quoique païen ardent, blâmer les violences exercées contre les chrétiens, et faire sur ce sujet des remontrances à l'empereur ^. Investi par sa charge d'une compétence ré-

1. Il ne faut pas confondre ce Salluste arec le magistrat du même nom,, ami intime de Julien, auquel avait été adressée la pièce intitulée Consolation à Salluste, et qui fut nommé préfet du prétoire des Gaules. Voir plus haut, p. 48, et tomef^ p. 449-452. CflTiliemont, HUt, des Empereurs, t. IV, p. 507, 696-697.

2. a Sumroam quœstionum agitandarum ut fido commtsit. » Ammiei^ Marcellin, XXII, 3.

3. Saint Grégoire de Nazianze, Oratio IV, 91; Sozomène, Hist. eccLy V, 10.

gulière en matière criminelle, il donnait à la nouvelle juridiction une apparence de légalité. Hais soit que ses occupations Ten tinssent souvent éloigné, soit qu'il ait vite répugné à la besogne qu'on attendait des juges, il laissa le plus souvent la direction des débats à un homme d'un tout autre caractère, le maître de la cavalerie Arbetio.

Celui-ci était un des anciens officiers de Constance. Tout récemment encore, il commandait Favant-garde envoyée pour s'opposer à l'entrée de Julien en Thrace. De concert avec le chambellan Ëusèbe, il avait contribué jadis à attirer le César Gallus dans le piège où Tinfortuné devait périr *. C'est lui aussi qui, par ses intrigues, faillit perdre un des meilleurs généraux de ce temps, Ursicin, et contraignit le malheureux Silvain à la révolte ^. Constance n'eut pas de flatteur plus empressé et plus dangereux qu'Arbetio. Sa nomination à la viceprésidence d'un tribunal où il eût dû paraître plutôt comme accusé que comme juge causa une grande surprise. Elle ne donna point, dit Ammien, une idée avantageuse de l'intelligence politique de Julien ^. Mais Arbetio était de ces gens qui se retournent avec une promptitude extraordinaire, et passent d'un parti à Tautre sans honte comme sans embarras. Ils s'imposent à la fois pax leur audace et par leur souplesse. Un pouvoir nouveau et encore mal affermi les accepte, sentant qu'il peut leur demander tous les services.

Auprès de lui siégeait un autre des anciens officiers de

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