‹ Julien l'Apostat (volume 5)Chapitre 17 sur 31 · III. — Le séjour à Macellum · texte numérisé non relu

III. — Le séjour à Macellum

Julien avait apparemment douze ou treize ans quand un ordre de l’empereur modifia brusquement les circonstances extérieures de son éducation. La mort d'Eusèbe de Nicomédie est de 342. Il est probable que Constance, qui n’avait rien redouté de Julien et l’avait laissé suivre librement ses études à Constantinople tant qu'Eusèbe avait vécu, s’inquiéta en cessant d’avoir pour l'avenir un aussi sûr répondant de la conduite du jeune homme. Rappelant tout à coup Gallus, qui étudiait à Éphèse, et dont les dix-sept ans lui donnaient peut-être encore plus d'ombrage, il réunit les deux frères et les interna, vers 343 ou 344, dans le domaine impérial de Macellum, en Cappadoce.

Julien a gardé un mauvais souvenir des sept ou huit années qu’il passa dans ce lieu. Il représente lui et son frère « détenus dans une propriété étrangère, ou plutôt gardés à vue comme dans une prison chez les Perses. » Il se plaint de l'isolement dans lequel se passait leur vie, « sans aucune communication avec les gens du dehors ou avec ceux qui leur étaient depuis longtemps connus. » Il déclare qu’on ne laissait approcher d’eux aucun compagnon de leur âge et qu’on les réduisait à la seule soclété de leurs esclaves. Il affirme, enfin, que tous deux vécurent pendant cette longue période de temps « sevrés de toute étude sérieuse. » Ces paroles, qui sont tirées d’un de-ses écrits les plus remplis d'amertume, la lettre aux Athéniens, renfermentapparemment beaucoup d'exagération, et leur exactitude a besoin d’être contrôlée.

Sans doute Julien et Gallus, transportés soudain, l’un d’une capitale comme Constantinople, l’autre d’une ville

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aussi brillante et aussi animée qu'Éphèse, dans un chàteau isolé de l’âpre et montagneuse Cappadoce, durent souffrir du contraste. Les Cappadociens avaient mauvaise réputation. On leur prètait des instincts bas et serviles (1). De fait, la Cappadoce était l’un des grands marchés d'esclaves du monde romain (2). Ses habitants restèrent longtemps de demi-barbares. À en croire Mommsen, ils s’essayaient à parler le grec d'Athènes ou de Constantinople à peu près comme les Poméraniens du temps du grand Frédéric s’efforcaient de parler la langue de Versailles (3). C'était le même accent guttural et la même lourdeur d'imitation (4). Peut-être ce jugement n'est-il plus tout à fait vrai pour le 1v° siècle : la province qui produisit alors Basile, Grégoire de Nysse, Grégoire de Nazianze, parait avoir été capable de s’assimiler la culture grecque. Mais un délicat comme Julien devait être sensible aux moindres dissonances. Il ne put s'acclimater sans peine dans un milieu si peu semblable à celui où il avait été élevé. Ajoutons que la transition ne fut pas ménagée. La présence de l'ami qui l’eût aidé à supporter ce grand changement lui avait été d'abord enlevée. Il paraît avoir été emmené en Cappadoce sans son précepteur Mardonius. A cette séparation se rapporte probablement une phrase de la Consolation à Salluste, où Julien parle de « la douleur qu'il éprouva en laissant pour la première fois à la maison le guide de son enfance (4). »

(1) Saint Isidore de Péluse, Ép., I, 281.

(2) Wallon, Hist. de l'esclavage dans l'antiquité, t. IT, p. 47.

(3) Mommsen, Rôm. Geschichte, t. V, p. 306.

(4) Cf. Philostrate, Vitae soph., 11, 13; Vita Apollonii, I, 7; saint Basile, Ep. 48.

(4) Julien, Consolation à Salluste, 2.

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Mais la séparation ne fut pas de longue durée. Si sevré qu'il prétende avoir été de ses chères études, Julien laisse lui-mème entendre qu’il les reprit bientôt avec Mardonius(1).Le pédagogue rejoignit donc son élève à Macellum.

Ce domaine impérial ne ressemblait guère à une prison. Ses jardins et ses édifices s’étendaient au pied du mont Argée (l’Arghi Dagh), dans un site qui, aux anciens, moins émus que nous des beautés romantiques de la nature, pouvait paraitre sauvage, mais qui était plein de grandeur et de poésie. « Là s'élevait un magnifique palais, avec des bains, des parterres, des fontaines toujours jaillissantes (2). » Dans ce cadre digne de leur naissance, les deux jeunes gens menèrent grand train de maison (3). Sozomène parle de « la mumificence royale » qui asssura leur entretien. Julien lui-même nous apprend qu’ « un grand nombre de domestiques » étaient attachés à leur service (4). D’après Sozomène, des professeurs de littérature furent chargés de continuer leur éducation (5). Si ceux-ci venaient de la ville la plus voisine, Césarée de Cappadoce, peut-être ne rappelaient-ils qu'imparfaitement les brillants rhéteurs de Constantinople ou d'Éphèse (6). Mais Julien avait repris ses études avec Mardonius.

Celui-ci, jugeant la préparation littéraire terminée,

(1) Comparez Misopogon, 16 et 21.

(2) Sozomène, Hist. Eccl., V, 2.

(3) Atairnc pèv xai Bepanelas Év ti Tüv Bactuuüv ywplwv Héoüvto Bactauxñc. Saint Grégoire de Nazianze, Oratio IV, 22.

(4) Julien, Ép. au sénat et au peuple d'Athènes, 4.

(5) Sozomène, V, 2.

(6) Saint Grégoire de Nazianze, Oratio XLIIT, 13, célèbre les écoles de

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lançait maintenant son élève à pleines voiles dans la philosophie. « Après ma première éducation, raconte Julien, je fus dirigé, jeune homme, vers l'étude de Platon et d’Aristote (1). » C’est bien Mardonius qui lui servit de guide. « Vous n’êtes pas sans avoir entendu quelquefois, — écrit-il d’un ton railleur aux habitants d’Antioche, — certains noms dont se rit la comédie, un Platon, un Socrate, un Aristote, un Théophraste. Ce vieillard s’y était laissé naïvement prendre, et, me trouvant jeune, ami des lettres, me persuada que, en me faisant sans réserve leur disciple, je deviendrais meilleur (2). » On aperçoit ici, à la louange de Mardonius, la préoccupation morale qui paraît ne l'avoir jamais quitté. Il avait naguère fait intervenir Homère pour combattre chez son élève des goûts qu'il jugeait dangereux : maintenant c’est à la philosophie qu’il demande les moyens de le rendre meilleur. Mardonius lisait avec lui les Lois de Platon et attirait son attention sur des passages tels que celui-ci, que cite Julien comme résumant les enseignements de son maitre : « Honorable est l’homme qui ne commet aucune injustice! Mais celui qui détourne les autres d’un acte injuste mérite deux fois autant et plus d’honneurs que le premier. L'un n’est juste que pour un seul, et l’autre l’est pour un grand nombre, en révélant l'injustice des autres aux magistrats. Quant à celui qui s’unit aux magistrats pour châtier de tout son pouvoir les méchants, c’est un grand homme, un

Césarée qu'il appelle « la métropole littéraire aussi bien qu’administrative de la province. »

(1) Julien, Misopogon, 21.

(2) Ibid., 16.

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homme accompli, qui mérite la palme de la vertu. Et cet honneur qu'on doit rendre à la justice, je l’applique également à la tempérance, à la prudence, à toutes les vertus qu’on peut non seulement posséder par soi-même, mais encore communiquer aux autres (1). » « Voilà, continue Julien, ce que m'enseignait mon précepteur, croyant que je resterais simple citoyen (2). » Cet enseignement, on en conviendra, ne manque pas de virilité. Mais si, comme tout le fait croire, il fut donné à Julien dans les longs entretiens de Macellum, on reconnaitra aussi que, visant surtout la vie publique, il ne suppose pas, chez l’instituteur, la pensée que Julien fût destiné à rester toujours interné en Cappadoce.

Le séjour dans cette province ne fut donc point perdu pour Julien. Lui-même attribue son perfectionnement moral à l'étude de la philosophie poursuivie pendant cette période : il remercie les dieux de lui en avoir ménagé le bienfait (3). Mais il tait soigneusement une autre étude, à laquelle il se livra à la même époque. S'il reçut, pendant son séjour à Nicomédie et à Constantinople, les éléments de la doctrine chrétienne, ce ne fut point alors qu'il acquit d’elle une connaissance étendue. Cette connaissance, cependant, parait dans un des écrits de Julien (4). Non qu'il sy montre théologien : il semble bien, au contraire, que la moelle même du christianisme ne fut jamais absorbée par lui, et que ni son intelligence

(1) Platon, Des lois, V, 3.

(2) Julien, Misopogon, 16.

(3) Julien, Ép. au sénat et au peuple d'Athènes, 4.

(4) Les trois livres Contre les chréliens conservés en quelques parties dans les dix livres qui subsistent de l'ouvrage de saint Cyrille d’Alexandrie contre Julien.

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ni son cœur ne s’en laissèrent complètement pénétrer. Mais il devint familier avec les livres saints. La Bible et l'Évangile furent pour Julien l’objet d’une sérieuse étude. De l'Ancien Testament, il connaît au moins la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres, le Deutéronome, les Rois, Isaïe; du Nouveau, les Évangiles de saint Matthieu, saint Luc, saint Jean, les épitres de saint Paul, les Actes des apôtres (1). Il semble bien les avoir étudiés pendant son séjour à Macellum. On ne peut guère trouver dans sa vie une autre époque où il ait pu le faire. Avant Macellum, 1l était trop jeune ; après, sa carrière fut trop agitée. On le voit, pendant son séjour en Cappadoce, en rapports avec de nombreux ecclésastiques (2). L'un d’eux possédait une très riche bibliothèque composée d'ouvrages de rhétorique et de philosophie, et comprenant aussi beaucoup de livres sur la religion chrétienne. On sait, par une lettre de Julien, que ce prêtre lui prêta ses manuscrits : Julien en copia quelques-uns, et Les lut presque tous. La même lettre montre qu'il avait gardé un vif souvenir de ceux qui avaient trait au christianisme (3).

On se demande avec curiosité dans quel esprit 1l les lut. Quand on voit le parti que Julien tira de l’Ancien et du Nouveau Testament dans sa polémique contre les chrétiens, il est aisé de se rendre compte de l'espèce de répulsion instinctive que les Livres saints durent lui inspirer de tout temps, alors même qu'ils étaient encore à ses yeux des Livres saints. Rien ne montre qu'il en ait,

(1) Citations de ces diverses parties de l’Écriture dans son ouvrage Contre les chrétiens.

(2) Sozomène, Hist. eccl., V, 2.

(3) Julien, Æp. 9.

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à aucune époque, subi le charme. Il n'aura, en les touchant plus tard, aucun de ces gestes caressants qui se rencontrent si souvent chez ceux mêmes qui ont apostasié les croyances de leur jeunesse. La tendresse empreinte de mélancolie, qui revient quelquefois à Renan devant la figure de Jésus, est étrangère à Julien. Probablement, à l’époque où il était encore de nom parmi les fidèles, la personne du fondateur du christianisme ne touchait point son cœur. Il l'avait adoré sans émotion, comme 1l le quitta sans regret. Sa connaissance des Livres saints fut donc, selon l’heureuse expression d’un de ses biographes (1), une connaissance verbale, s’arrêtant à l'écorce, n’atteignant pas le fond. Quand :il les disséquera, plus tard, sa main ne tremblera pas, comme s’il opérait sur des cadavres aimés. Peut-être cette sécheresse est-elle imputable à ceux qui furent les instruments de sa seconde éducation religieuse. Les théologiens de l’arianisme ne sont pas tendres. Ce sont avant tout des disputeurs. Les Écritures leur fournissent des textes, plutôt qu'elles ne leur livrent une adorable et vivante réalHité. On ne peut douter que les prêtres autorisés par Constance à fréquenter Macellum aient été des ariens. Cela est au moins certain pour celui dont la bibliothèque fut à Julien d’un si grand secours. C'était un aventurier ecclésiastique, nommé Georges. Né en Cilicie, d’une famille obscure, car son père parait avoir été un affranch1, il avait débuté comme fournisseur de viande de porc aux armées, puis était entré dans le clergé. Il était attaché à quelque église de la Cappadoce, quandil connut Julien. Arien déclaré et, selon l'expression de

(1) Wordsworth, dans Dict. of christ. biogr., t. II, p. 492.

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saint Grégoire de Nazianze, l'homme de main du parti, il sera élevé, en 356, au siège épiscopal d'Alexandrie, pendant l’un des exils d’Athanase, et intronisé de force par les soldats. Après sa mort tragique en 361, Julien, devenu empereur, commandera au préfet d'Égypte de s'emparer de sa bibliothèque : il exprimera en même temps le désir de faire disparaître «les nombreux volumes sur la doctrine impie des Galiléens » qu’il connaissait pour les avoir empruntés à Georges, et peut-être lus sous sa direction, quand tous deux habitaient la Cappadoce.

Sur l'éducation donnée à Julien et à son frère dans le château de Macellum, Grégoire de Nazianze et, probablement d’après lui, Sozomène ont écrit de curieuses pages. On nous dit d’abord que Julien et Gallus y recurent les lecons « de maïtres des lettres humaines et de docteurs des Écritures sacrées (1). » Mais Grégoire ajoute un détail, qui montre jusqu'où fut poussée pour eux l'étude de ces Écritures. « Ils en furent assez instruits dit-il, pour être inscrits dans le clergé et lire au peuple les livres ecclésiastiques (2). » Cela veut dire apparemment qu’ils furent élevés au grade de lecteur. Bien que le fait semble, à première vue, assez surprenant, il est difficile de le mettre en doute. Un renseignement de ce genre ne s’invente pas. L'ordre des lecteurs était alors conféré à de tout jeunes gens, et formait l’un des degrés inférieurs de la hiérarchie cléricale. Probablement l’évêque de Cé-

(1) Saint Grégoire de Nazianze, Oratio IV, 23; Sozomène, Hist. eccl., Me 2,

(2) Té pév ye xAñpw pépovtes Éaurobs EyxatéAséav, dote xoi Tac Belac Üravayivooxerv T& Aaw fBi6kouc. Saint Grégoire de Nazianze, Oratio IV, 23. Cf. Sozomène, V, 2.

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sarée (1), qui était la ville la plus proche de Macellum, fit à Julien la remise du livre des Évangiles, cérémonie principale de l’ordination du lecteur (2), et Julien, debout à l’ambon, lut à certains jours dans l’église quelques versets du livre sacré (3). Comme dans les églises de quelque importance les lecteurs étaient ordinairement fort nombreux, le service ne devait pas être très pénible, et il est probable que le tour de chacun ne revenait pas souvent. Rien n'indique que Julien se soit acquitté de cet office à contre-cœur. Sozomène loue la piété qu'il montrait à cette époque. Peut-être était-elle encore sincère, bien qu'apparemment elle fût sèche et sans profondeur. Julien n’ignorait pas d'ailleurs que la meilleure manière de faire sa cour à Constance était de se prêter de bonne grâce à ces démonstrations religieuses. L’enrôlement dans les rangs inférieurs du clergé n’entrainait aucun engagement de nature à faire obstacle, dans l’avenir, aux ambitions dont le jeune prince pouvait encore se flatter : d'autre part, rien n'était plus capable de rassurer l'empereur contre ces ambitions mêmes, et de défendre Julien et Gallus des périls qui les menacalent. |

Au reste, tout dans leur conduite marquaiït une véritable ferveur, et pour Gallus au moins on peut assurer qu’elle n’était pas feinte. La solitude relative qu'il trouvait à Macellum avait laissé à son caractère quelque chose

(1) Dianée, qui occupa ce siège de 340 à 362. Sur Dianée et ses faiblesses envers l’arianisme, voir Tillemont, Mémoires,t. 1X, p. 58.

(2) Canons d'Hippolyte; voir Peters, art. Lector, dans Kraus, Real- Encykl. der christ. Alterthümer, t. IT, p. 280.

(3) Duchesne, Origines du culte chrétien, p. 106; cf. art. Lectionary, dans Smith, Dict. of christian antiquilies, t. IT, p. 953 et suiv.

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« d’âpre et de sauvage (1) : » l'amour des lettres ou de la philosophie ne corrigeait pas chez lui les duretés imputables à son « éducation montagnarde (2); » ce que présentait de fruste ce milieu cappadocien où s’écoulèrent plusieurs années de sa vie demeura en lui comme une seconde nature. Mais, tout d’une pièce, étranger aux nuances changeantes dont se revêtait à chaque instant l'esprit de son frère, Gallus, au milieu de défauts qui allaient grandissant, garda intacte la foi naïve de sa jeunesse. On le verra plus tard essayer de retenir Julien au moment où celui-ci accomplissait sa funeste évolution religieuse. Comme Gallus était de six ans son aïiné, on peut croire que ce fut lui qui guida son frère aux visites d’églises etaux pèlerinages vers les tombeaux des martyrs qu'ils accomplissaient fréquemment ensemble. C’est peutêtre pour effacer le souvenir de ces courses de sa jeunesse que Julien qualifiera si souvent le christianisme d’adoration des morts, de religion des tombeaux, et se montrera si animé contre les sanctuaires des martyrs(3). Mais, au temps où nous sommes, 1l rivalisait avec Gallus d’honneurs pour ceux-ci. Déjà cependant quelques différences semblaient apparaitre dans la piété des deux frères. L'œ1l malicieux des serviteurs ou des gens du peuplie, à qui rien n'échappe des moindres particularités des princes, ne manquait pas d’en faire la remarque. On rapporte que, dans les controverses que, pour s'exercer à la parole, ils avaient ensemble, Julien prenait toujours contre son frère la défense de la religion païenne, sous

(1) Julien, Ép. au sénat et au peuple d'Athènes, 4. (2) 1bid.

(3) Saint Grégoire de Nazianze, Oratio IV, 24-25; Sozomène, V, 2.

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prétexte que, sa cause étant moins bonne, il y avait plus

de profit à plaider pour elle (1). On raconte encore que Gallus et Julien commencèrent à frais communs la construction d’une basilique sur la tombe d'un martyr célèbre de Césarée, saint Mamas. Il se trouva que les pans de muraille élevés par les maçons de Julien tombaient toujours, tandis que la partie entreprise par Gallus s’achevait sans encombre. La superstition populaire en conclut, dit-on, que la religion de l’un était plus solide et plus sincère que celle de l’autre. Peut-être la rudesse même de l’inculte Gallus paraissait-elle une garantie de cette sincérité, tandis que l'application de Julien aux lettres antiques donnait au vulgaire ignorant des doutes sur sa foi. Mais peut-être aussi ces réflexions ne furent-elles faites qu'après coup, bien des années plus tard. On croirait même, si Sozomène était seul à la raconter, que l’anecdote tout entière n’est qu’une légende symbolique, ingénieusement inventée par l'imagination du peuple; mais saint Grégoire de Nazianze, un contemporain, un habitant de la province, en avait fait avant lui le récit, qu'il tient, dit-il, de témoins oculaires (2).

Parmi les serviteurs qui entouraient Julien et Gallus, et leur formaient un vrai train de princes, on trouve plusieurs eunuques détachés de la cour de Constance et investis de la confiance de celui-c1(3). Un mot d'ordre leur avait été donné. Ils devaient effacer autant que possible, dans l'esprit des jeunes hôtes de Macellum, tout souvenir amer de la catastrophe qui avait assombri leur

(1) Saint Grégoire de Nazianze, Oralio IV, 30. (2) Saint Grégoire de Nazianze, ébid., 25-27. (3) Eunape, Vifae sophist., Edesius.

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enfance. « L'empereur, répétaient-ils, avait alors agi par surprise. La mort de Jules Constance et des autres membres de la famille était due à la violence des soldats; seule devait en être responsable la pression exercée par leurs hordes remuantes et indisciplinées (1). » Peut-être ces insinuations eurent-elles pour objet de préparer les deux frères à une prochaine entrevue avec Constance. Celui-c1 fit en 347 un voyage en Asie Mineure. On signale son passage à Ancyre, en Galatie (2), et à Hiérapolis, en Syrie (3). Pour aller de l’une à l’autre province, il traversa nécessairement la Cappadoce. C’est alors qu'il s'arrêta à Macellum. « Je l'avais vu une seule fois, en Cappadoce, » écrira un jour Julien, racontant aux Athéniens l’histoire de sa jeunesse (4). Il1ne donne aucun détail sur cette entrevue. Julien alors avait seize ans et Gallus

vingt-deux.

(1) Julien, Ép. au sénat et au peuple d'Athènes, 4. (2) Goyau, Chronologie de l'Empire romain, p. 446. (3) Ibid.

(4) Julien, Ép. au sénat et au peuple d'Athènes, G.

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