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Libanius, Monodia super Julianum

bruit du clairon et au fracas des batailles, ensuite parce qu'ayant, dans la fleur de sa jeunesse, affronté les armes des peuples les plus sauvages, reçu les supplications de rois et de princes, qu'on aurait cru plus facile encore de vaincre que de contraindre à demander grâce, il brülait maintenant d'ajouter à tous les titres qu'il avait déjà conquis celui de Parthique !. » Une pensée moins personnelle et plus patriotique se joignait à ce désir de gloire. Julien se disait que « depuis soixante ans une race indomptable avait rempli l'Orient de meurtres et de pillage, et plus d’une fois détruit des armées romaines ?. » Fort deses succès passés, ilse croyait en état de lui infliger un châtiment qui ia réduirait pour longtemps, peut-être pour toujours, à l'impuissance. Trop brave pour redouter et trop léger pour prévoir le péril, le sort de Valérien en Mésopotamie ne l’inquiétait pas plus que ne l'avait effrayé en Germanie le souvenir de Varus.

Le sentiment en somme peu favorable que la future expédition excitait dans le public, et particulièrement parmi les habitants d’Antioche, plus exposés que d’autres, en cas de défaite, à un retour offensif de l’ennemi, ne pouvait que l’affermir dans son dessein, en excitant son

1. « Urebatur autem bellandi gemino desiderio : primo, quod impatiens olii lituos somniabat et prœlia; dein, quod in ætatis flore primævo objectus efferarum gentium armis, recalentibus etiam tum regum precibus et regalium, qui vinci magis posse, quam supplices manus tendere credebantur, ornamentis illustrium gloriarum inserere Parthici cognomentum ardebat. » Ammien Marcellin, XXII, 12.— Le titre de Parthicus, Parthicus maximus, avait été porté par Trajan (Cagnat, Cours d'épigraphie latine, p. 182), Verus (ibid., p. 187), Septime Sévère (ibid, p. 189), Carus (Vopiscus, Vila Cari, 8).

2. «.… Sciens et audiens gentem asperrimam per sexaginta ferme annos inussisse Orienticædum et direptionum monumenta sævissima, ad internecionemn exercitibus nostris sæpe deietis. » Ibid.

obstination naturelle. Aux yeux de Julien, tous les hésitants, tous ceux qui, dans une affaire aussi grave, pesaient avec soin le pour et le contre, étaient des adversaires de sa personne et desa politique, qui craignaient de le voir acquérir, par des succès nouveaux, une force irrésistible. Sans doute les chrétiens redoutaient (et peut-être avec raison) que s’il revenait de Perse en triomphateur, il ne se tournât aussitôt contre eux pour leur faire une guerre à mort, comme, dit-on, il l'avait annoncé!. Ils priaient Dieu de détourner le danger : leurs femmes allaient dans ce but en pèlerinage aux tombeaux des martyrs?. Mais, en dehors de la population chrétienne, beaucoup de ses sujets orientaux appréhendaient l'issue du conflit. Parmi ceux qui « s’efforcaient de retarder son départ, » il y avait les timides, « émus par la pensée que le déplacement d’un seul homme suffirait à déchainer les plus terribles tempêtes #. » Mais 1l y avait aussi les sages, qu'effrayait sa tendance auxillusions, et qui répétaient devant ses amis, avec l'espoir que ces propos lui seraient rapportés : « Il ne faut jamais tenter la fortune, mais se défier, au contraire, de l’excès de prospérité, comme de ces luxuriantes récoltes qui se renversent et s’écrasent

1. Saint Grégoire de Nazianze, Oratio V, 9, 25; saint Jean Chrysostome, In Sanctum Babylam contra Julianum et Gentiles, 22; Théodoret, IFE, 16. — Orose prétend que Julien avait commandé de construire à Jérusalem un ampbhithéâtre, pour y exposer aux bêtes, à son retour de Perse, les évêques et les moines (VII, 30); mais il faut évidemment voir dans ce détail une déformation légendaire de la tradition.

2. J'entends ainsi l'allusion du Misopogon aux « vieilles qui rôdent autour des tombeaux », toîç mepi tobc tüvouc xa)tvDoumévors yoadtotc. Herllein, p. 443.

3. « Studium omne in differendo procinctu ponentes. » Ammien Marcellin, XXII, 12.

4. «.. Unius corporis permutatione tot cieri turbas intempeslivas indignum et perniciosum esse strepebant. » Zbid.

sous le poids d’épis trop lourds !. » Julien confondait tous ces modérés avec les opposants de parti pris, « les détracteurs obstinés et lâches?. » Plus leurs sentiments se répandaient dans le peuple et pénétraient jusqu’au palais, plus il se raidissait contre toute concession. Il prenait un orgueilleux plaisir à opposer « une résolution immuable à ces aboïements de Pygmées”. » Sa volonté s’exaltait jusqu'au défi‘. Dans ces dispositions, la réponse aux ouvertures de Sapor n'était pas douteuse. IL les rejeta sans examen. Déchirant la letire que lui tendait le messager du monarque persan? : « Vous me verrez bientôt en personne, dit-1l,sans qu'il soit besoin d’ambassadeurst. »

Cependant, si assuré qu’il parût de vaincre, Julien se crut obligé de consulter les oracles avant de se mettre en route. Il sollicita la réponse de ceux qui étaient encore en activité dans le monde grec, et fit interroger non seulement la source fatidique de Daphné, rouverte par ses soins, mais encore les grands oracles de Delphes, de Délos et de Dodone, avec d’autres moins célèbres. Tous, dit-on, donnèrent une réponse favorable, et promirent

1. « Dictitabant his præsentibus, quos audita referre ad imperatorem posse rebantur, eum, ni sedalius ageret, immodica rerum secundarum prosperitate, velut luxuriantes ubertate nimia fruges, bonis suis protinus occasurum. » {bid.

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