Julien, Ep. 27; Hertlein, p
. Théodoret, £. c.
me füt très facile de vous priver de cette liberté. — Tu me parles, seigneur, répondit le père, en faveur d’un scélérat qui s’est rendu digne de la haine de Dieu et qui a préféré le mensonge à la vérité. — Laissons là, je te prie, dit Julien, les injures et les invectives; » puis se tournant vers le jeune païen : « Puisque, malgré ma prière, ton père ne veut plus s'occuper de toi, c’est moi qui en prendrai soin!. » Julien s'était montré tout ensemble habile et modéré; cependant ce dialogue était une mauvaise préface pour le discours de propagande qu'il adressa ensuite aux sénateurs de Bérée. « Tous, raconte-t-il, ont applaudi à mes paroles, mais peu ont été convaincus, et c’étaient précisément ceux qu'avant de parler je savais déjà bien pensants. Sous prétexte de franchise, les autres se sont laissé aller à dépouiller et à perdre tout respect?. »
Julien fut désolé de cet insuccès. « J'en atteste les dieux, écrit-il à Libanius, ce qui l'emporte chez les hommes, c'est de rougir du bien, de la grandeur d'âme, de la piété, et de se glorifier, au contraire, des choses les plus honteuses, le sacrilège, la mollesse de l’esprit et du corps ÿ.» On remarquera qu’en trouvant chrétiens les principaux habitants de Bérée, Julien leur adresse les mêmes reproches et leur impute les mêmes vices qu'aux habitants d’Antioche. Cette phrase de sa lettre semble, en deux mots, une réplique du Wisopogon.
La seconde étape de Julien fut Batné. Il trace de cette ville un joli portrait. Située dans une plaine semée de jeu-
1. Théodoret, L. c. à 2. Julien, Ep. 27 ; Hertlein, p. 516. JULIEN L'APOSTAT. — I. 13
nes cyprès (Julien, auquel, comme à beaucoup d'anciens, manqua le sens du pittoresque, remarque avec éloge qu’on n’y voit pas de vieux arbres), Batné lui rappela le faubourg enchanteur de Daphné, avant l’incendie!. « La résidence royale n’a rien de magnifique : c’est une maison construite de terre et de boïs, sans aucun ornement. Le jardin, plus modeste que celui d'Alcinoüs, est comparable au jardin de Laerte; il renferme un tout petit bois de cyprès : le long de la clôture sont beaucoup d'arbres de même essence, bien venus et bien rangés : au milieu, des carrés, plantés de légumes et de toute espèce d'arbres fruitiers ?. » Non moins que l'aspect du lieu, l'accueil des habitants fut pour réjouir le cœur de Julien. «Le nom de Batné est barbare, dit-il, mais le pays est grec. » Julien, qui à Bostra s’était trouvé si désagréablement en contact avec des chrétiens, ne rencontra à Batné que des hellènes. « De toute la contrée montaient les vapeurs de l’encens, et partout on voyait de pompeux sacrifices ?. » |
Les démonstrations de zèle paraissaient si grandes, que Julien en ressentit quelque embarras. Ilse demanda si tout était sincère dans une dévotion si étalée. « Tout en me causant, dit-il, un vif plaisir, cet empressement me parut un peu trop chaud, et comme une exagération du culte dû aux dieux. Car il convient que les cérémonies pieuses.et sacrées soient accomplies hors de la foule, en silence, par ceux-là seuls qui sont venus dans ce but, non par ceux qu'y attire un autre motif. » Mais Julien