Libanius, Epitaphios Juliani
en moissons et en troupeaux qui pourraient servir à l’approvisionnement de l’armée. Où, cependant, celle-ci se dirigerait-elle ensuite, en s’éloignant de Ctésiphon? Telle était la question que chacun se posait avec angoisse. Les généraux opinaient tous pour la retraite!. Si l’on en croit saint Grégoire de Nazianze, Julien était fort anxieux. Selon l'expression de l’orateur, « il ne savait de quel côté se tourner ?. »
Comme si la Providence n’eût pu se décider à l’abandonner, une occasion de terminer heureusement et glorieusement la guerre lui fut encore offerte. Ammien, dont le texte offre, à cet endroit, une grande lacune, n’en parle pas; mais Libanius la rapporte. Sapor parait avoir redouté Julien autant que les généraux de Julien redoutaient Sapor. S'il avait évité, jusqu’à ce jour, de se trouver personnellement aux prises avec l’empereur romain, ce n’était peut-être pas, comme le croit saint Grégoire de Nazianze, pour l’attirer toujours plus avant, et le défaire quand toute retraite lui serait devenue impossible #: on croira aussi facilement que le roi de Perse craignait lui-même d’être vaincu par un aussi redoutable adversaire, et hésitait à remettre le sort de son royaume au hasard d'une bataille. Ce qui est sûr, cest que Sapor envoya des députés offrir la paix à Julien, pendant qu’il était encore campé devant Ctésiphon. Ils s’adressèrent à celui qui semblait désigné pour être médiateur, le prince Hormisdas. Aussitôt Hormisdas, plem de joie, fit part à Julien des ouvertures qu'il
2. OÙùx Éywv 6nn toérnru. Saint Grégoire de Nazianze, Oratio V, 10. 3. Voir la note de Valois, dans son édition d'Ammien Marcellin, P. 410. 4 Saint Grégoire de Nazianze, Oratio V, 10.
avait reçues. Mais Julien refusa de voir les députés : il commanda au prince de les renvoyer secrètement, en faisant croire que c’étaient seulement des amis particuliers qui étaient venus le visiter. Dans son orgueilleuse obstination, il ne voulut pas d'une paix dont Alexandre n'aurait pas voulu; mais en même temps il connaissait assez ses officiers et ses soldats pour savoir que s'ils avaient appris le désir des Perses d'ouvrir des négociations, ils n'auraient plus pensé qu’à la paix et au retour, et auraient refusé de combattre 1.
1. Libanius, Epitaphios Juliani; Reiske, t. I, p. 608. — Cf. Socrate, III, 21; mais Socrate se trompe en disant qu. Julien avait assiégé Ctésiphon et l'avait réduite à la dernière extrémité, quand cette ambassade lui fut envoyée. Socrate ne croit pas non plus que les offres de paix soient restées secrètes, car il dit que les Romains blâmèrent Julien d’avoir, par amour de la guerre, refusé un traité avantageux.