Libanius, De Vita; Reiske,t. 1, p
2, Je note ici, pour mémoire, l'opinion qui fait descendre le Philopatris beaucoup plus bas, au dixième siècle, au temps deNicéphore Phocas. Voir une communication de M. Salomon Reinach, Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions, 6 juillet 1901, p. 558. «
3. Sur le luxe qu'offraient quelquefois les appartements des étages supérieurs, voir mes Etudes d'histoire et d'archéologie, p. 193.
fermées, — il a rencontré une réunion d'hommes au visage pâle, aux yeux baïssés vers la terre, qui, le voyant entrer, lui ont demandé, avec une expression devenue subitement joyeuse, s'il n’apportait pas quelque mauvaise nouvelle. « Ils paraiïssaient, en effet, n’en attendre que de tristes. » Le païen leur ayant répondu « qu’on se réjouissait au contraire, et que bientôt on aurait lieu de se réjouir encore davantage, — Non, s’écrièrent-ils, la ville est grosse de malheurs! » Ils annoncèrent alors, comme imminents, des troubles, une défaite de l’armée. « Cessez, misérables, s’écria le païen, cessez ce vain langage, n’aiguisez pas vos dents contre des hommes au cœur de lion, qui ne respirent que les lances, les javelots et les casques à triple aigrette! Tous ces malheurs retomberont sur vos têtes, à vous qui ne voulez qu’affaiblir la patrie... » Pendant que le païen racontait cette scène à un ami, arrive en courant un citoyen qui annonce la défaite des Perses et la prise de Suse. L'auteur du dialogue est lui-même un païen ardent, et il est permis de croire qu’il calomnie le patriotisme des chrétiens. Mais il met nettement en contraste le pessimisme de ceux-ci, au cours de l'expédition de Perse, et la persistance des illusions optimistes chez beaucoup de païens. Un autre dialogue, peut-être imaginairé aussi, bien que rapporté par un historien, accuse plus nettement encore ce contraste. Théodoret raconte qu’un chrétien d’Antioche, qui exerçait modestement la profession de pédagogue, c’est-à-dire de précepteur, mais que la distinction de son esprit avait mis en rapports avec Libanius, rencontra un jour le célèbre sophiste. « Que fait maintenant le fils du charpentier ? » demande en raillant celui-ci. « Le maitre du monde, que tu
appelles ironiquement le fils du charpentier, fabrique un cercueil, » répond le chrétien f.
Plus que ces dialogues, la correspondance de Libanius lui-même laisse voir les illusions que créaient en lui et en ses amis la sympathie pour Julien et le désir du succès, les erreurs où les entretenaient la rareté, puis l'absence des nouvelles, et aussi les inquiétudes dont, malgré leurs préventions favorables, ils ne pouvaient se défendre. L'annonce des premières victoires est reçue par Libanius avec allégresse ; mais tout de suite son imagination les grossit, et, lors du premier contact de l’armée de Julien avec les soldats du roi de Perse, il se figure que six mille de ceux-ei ont été tués ?. Cependant les communications directes ont cessé; Libanius, qui vient d'écrire à l'empereur, ne sait si sa lettre l'atteindra « au milieu du pays immense des Perses; » mais il a eu encore des nouvelles du dernier succès par les prisonniers d'Anathan, qui, on s'en souvient, ayant eu la vie sauve, avaient été transportés à Chalcis, près d’Antioche#. En l’absence de renseignements plus précis, les rumeurs optimistes ne cessent de courir dans les milieux officiels; le comte d'Orient, Aradius Rufinus #, qui se tenait le plus près possible de la frontière dans l'espoir de recueillir quelques bruits du théâtre de la guerre, a fait parvenir aux habitants d’Antioche la nouvelle inexacte que l’armée de secours commandée par Sébastien et