‹ julien l'apostatChapitre 174 sur 229 · Perplexius disputans. » Ammien Marcellin, XXV · texte numérisé non relu

Perplexius disputans. » Ammien Marcellin, XXV

Écrivant sous l'impression de sa tendresse et de sa douleur, Libanius a comparé la mort de Julien à celle de Socrate. « La scène, dit-il, était semblable à la scène dela prison de Socrate. Les assistants paraissaient les disciples qui avaient entouré Socrate. La blessure remplaçait le poison, égales étaient les paroles, égale fut l’impassibilité de Socrate et de Julien!. » Sans rechercher ce que peut avoir d’outré ou d’inexact une telle assimilation, on ne peut s'empêcher de remarquer que la mort de Julien fut celle d’un philosophe plus que d’un païen. Si le nom des dieux est encore prononcé dans ses dernières paroles, c’est par une expression vague, conventionnelle, où rien ne rappelle les ardeurs polythéistes qui remplirent et faussèrent son court règne. Sa pensée, à cette heure solennelle, semble détachée de l’œuvre néfaste à laquelle il consacra tant d'efforts. Dans son discours d'adieu, il ne s’applaudit pas d’avoir relevé les autels. Il n'exprime pas le regret de laisser inachevée la restauration de l'hellénisme. Il ne s'inquiète pas de lui assurer un lendemain. Il n’adresse, sur ce sujet, aucune recommandation aux amis et aux serviteurs qui l'entourent. Il n’essaie pas de désigner un successeur imbu de ses idées, et de s'opposer à l’éventualité probable d’un empereur chrétien. Replié sur luimème, inquiet seulement de justifier sa vie politique et de méditer sur ses destinées d’outre-tombe, il se tait sur ce qui lui inspira naguère le plus d’actes et de paroles. Ce silence étrange, inattendu, succédant à une activité désordonnée, cette soudaine indifférence après tant de passion, semblent l’indice d’une désillusion suprême.

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