Ibid. — Voir t. II, p
peuple et les magistrats se précipitaient à sa suite. On l’accueillait avec des cris et des applaudissements, comme un acteur qui parait sur la scène. Cela choquait ses sentiments religieux. Il voyait, dans cette coutume, soit une flatterie malséante, soit peut-être quelque ironie : en tout cas, elle dénotait une population peu accoutumée à fréquenter les sanctuaires païens, et qui y venait plutôt pour regarder un spectacle ou pour faire sa cour à l’empereur que pour prier. Julien, dans ces circonstances, prenait quelquefois la parole, et réprimandait les assistants. Il nous a laissé un spécimen des harangues qu'il prononcçait alors. « Vous venez rarement, dit-il, dans les temples des dieux, et quand vous y accourez à cause de moi, vous remplissez de désordre les lieux saints. Il conviendrait à des hommes sages d'adresser en silence leurs demandes aux dieux. N'avez-vous pas entendu le précepte d'Homère : « Silence parmi vous? » Ne vous souvenez-vous pas comment Ulysse ferma la bouche à Éryclée, tout étonnée de la grandeur de son action : « Réjouis-toi intérieurement, vieille, et ne hurle pas ton bonheur? » Les Troyens ne prient ni Priam, ni ses femmes, ni ses filles, ni ses fils, pas même Hector, bien que le poète dise qu'ils s'adressent à celui-ci comme à un dieu : dans son poème il n’a montré les priant ni les femmes ni les hommes. C’est vers Minerve que toutes celles-ci lèvent leurs mains, en poussant des cris lugubres : mode barbare, et convenable à des, femmes, mais non point impie envers les dieux, comme ce que vous faites à propos de nous. Car vous louez les hommes au