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PREMIÈRE PARTIE. — SOURCES PAIENNES

Comme j'ai eu souvent l’occasion de le faire remarquer, les écrits de Julien sont pleins de renseignements sur son caractère et sur sa vie. Il est peu d’entre eux où il ne se peigne soit volontairement, soit à son insu. Une lecture attentive et, comme on dit, entre les lignes met souvent en présence d’une figure vivante et laisse deviner une âme. Il en est ainsi même des morceaux de pure rhétorique, comme les deux Éloges de Constance, ou d’une satire historique, comme le pamphlet sur les Césars, ou des essais de théologie païenne, comme les Discours sur le Roi Soleil et sur la Mère des dieux, ou de la polémique contre Héraclius

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et contre les mauvais cyniques, à plus forte raison des fragments de la polémique contre les chrétiens. Mais, de plus, quelques écrits, et non des moins importants, ont proprement le caractère autobiographique.

Ce sont, dans l’ordre des dates : l’Éloge de l’impératrice Eusébie (356), dans lequel Julien rappelle les bienfaits dont celle-ci l’a comblé; la Consolation à Salluste (358), où un épisode pénible du séjour de Julien en Gaule est malheureusement noyé dans les flots d’une insipide rhétorique; l’Épitre aux Athéniens (364), seul reste d’une série de lettres aux villes, dans lesquelles Julien racontait, en manière d’apologie, son éducation, sa jeunesse, les événements qui précédèrent et amenèrent l’usurpation par lui du titre d’Auguste; l'Épitre à Thémistius (361), où Julien trace l'idéal du souverain qu’il se propose d’être; le Misopogon (363), qui rappelle d’abord des épisodes de sa vie à Paris, puis raconte les divers incidents de son séjour à Antioche; le Fragment d’une lettre pastorale (363), qui contient une partie de son plan de réorganisation et de réforme du paganisme #.

A ces écrits déjà révélateurs vient se joindre ce qui, ordinairement, fait le mieux connaître un homme, à savoir sa correspondance. Mais ici l’on éprouve un vif désappointement. La correspondance de Julien ne peut se comparer, pour l'étendue, à celle d’autres écrivains célèbres du quatrième siècle, comme Libanius, dont on possède près de seize cents lettres; Symmaque, qui en a laissé près de neuf cent cinquante; ou même saint Basile, dont on en connaît plus de trois cents. En y comprenant la lettre sur l’évêque renégat Pégase, découverte en 1875, et en rangeant sous la rubrique « lettres » beaucoup de pièces qui n’en sont pas, comme plusieurs édits ou rescrits, l'édition donnée en 1876

1. Ce dernier écrit a été l’objet d’un long commentaire d’Asmus, Eine Encyklika Julians des Abtrünnigen und ihre Verlaufer, formant deux articles du Zeitschrift für Kirchengeschichte, 1895.

par Hertlein compte 80 numéros. Si l’on y joint les six nouvelles lettres découvertes en 4885 par M. Papadopoulos Kerameus, dans un manuscrit de la Correspondance de Julien conservé à Chalcé', on possède en tout quatre-vingt-six lettres ou pièces analogues attribuées à cet empereur. Encore de ces quatre-vingt-six pièces en est-il environ vingt-cinq qui ont été contestées?, et l’on peut admettre que pour dix-huit ou dix-neuf d’entre elles le reproche a lieu d’être fondé : non probablement que des faussaires se soient donné souvent la tâche ingrate de composer des lettres sous le nom de l’empereur Julien, mais vraisemblablement parce que des épiîtres ayant un autre auteur ont été attribuées à Julien par d’anciens éditeurs de sa Correspondance. Ce qui reste d’authentique est donc peu nombreux : et encore cette authenticité est-elle, pour certaines pièces, une authenticité de second ordre, car si tel ou tel édit ou rescrit inséré dans la correspondance est manifestement l’œuvre personnelle de Julien, d’autres paraissent avoir été rédigés par des secrétaires ÿ, et avoir été revêtus de son approbation sans porter la marque de son style.

Il reste donc un très faible débris de l’œuvre épistolaire de Julien. Celle-ci fut certainement considérable. Quand on regarde l’activité incessante et presque fébrile de Julien, on se rend compte qu’il écrivit ou dicta beaucoup de lettres. Un des témoins de sa vie nous dit qu’il y fatiguait ses secrétaires.

1. Publiées dans ‘O ëv Koyoravrivouré)et "Envuxds ouho)oyixds oûAdoyoc, t. XVI, 1885, supplément, p. 22 et suiv.; dans le Rheinisches Museum, t. XLII, 1887, p. 15 et suiv.; dans la Revista di Filologia, 1889, p. 291 et suiv.

2. Voir Schwarz, De vita et scriptis Juliani imperatoris, Bonn, 1888; Cumont, Sur l'authenticité de quelques lettres de Julien, Gand, 1889; Schwarz, dans le Philologus, t. LI, 1892; Bidez et Cumont, Recherches sur la tradition manuscrite des lettres de l’empereur Julien, dans Mémoires couronnés et autres Mémoires publiés par l'Académie royale de Belgique, t. LVIT, 1898.

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